Littérature: Passages à vide

David Homel, Portrait d’un homme sur les décombres, traduit par Jean-Marie Jot, Leméac, 268 pages

Le nouveau roman du montréalais David Homel, Portrait d’un homme sur les décombres, rend compte de la pensée affairée d’un journaliste qui a bien vécu, connu une carrière passionnante, mais qui, vieillissant, surnage dans une relation amoureuse platonique avec des enfants dont les faits et gestes deviennent préoccupants.

Si décombres il y a, ils sont en lui. Existentialiste inquiet, humaniste désabusé, Phil ne sait plus où donner du cœur. Il fréquente son ami Bruno qui lui remonte le moral, ou pas, selon le jour. Il parle à d’autres femmes mais cet éternel indécis posera surtout le geste pertinent au bon moment. Il amènera sa fille en reportage à l’étranger et les deux en sortiront, probablement peut-on penser, de meilleurs compagnons.

L’homme en ruines sait, en fait, se servir de quelques réflexions, espoirs et actions qui feront, peut-être qui sait, de lui et de son entourage un petit monde meilleur. Phil essaie. On ne sait trop quoi parfois. Lui-même l’ignore sans doute, mais il tente quelque chose et une autre et encore une autre. C’est un homme conscient et lucide, tout autant que sensible et blessé.

Il y a là une quête admirable, une noble aventure pour éviter le naufrage, que la plume et la pensée de David Homel rendent avec grâce et humour. Le dialogue intérieur du personnage passe du coq à l’âne, souvent dans le même paragraphe, mais reste au diapason d’un homme en tous points paradoxal. C’est un style qu’on reconnaît à l’auteur et qui demeure fascinant par sa facture unique et captivante.

« De certaines personnes, Phil pouvait accepter n’importe quelle remarque, et Bruno était l’une d’entre elles. Celui-ci avait raison lorsqu’il supposait que quiconque écrivant sur un tel sujet le faisait entièrement ou du moins partiellement dans un esprit d’introspection. Mais l’absence de mémoire ne signifiait pas que rien ne s’était passé. Ce n’était qu’une position d’ordre philosophique. Bien qu’il ne fût pas un défenseur fervent du tant décrié syndrome du faux souvenir, Phil ne pouvait prétendre que quelque chose qui aurait pu arriver n’avait jamais eu lieu. »

Les quelques phrases qui précèdent démontrent très bien l’état d’esprit de ce personnage principal si ambigu. Ses questionnements constants, son insécurité, sa vulnérabilité le rendent attachant. Il est cet homme qui se pose des question. Ici, maintenant. Sa vie est le miroir d’un malaise intérieur contemporain que l’on connaît bien.

Cet être qui s’avère une minute, si fier et orgueilleux, et l’autre, mou et friable, on l’a croisé dans la rue. On voudrait être son ami.

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