Mois : juillet 2019

En toutes lettres, vive le contenu!

Les gens aiment toujours lire!

En moyenne, ici, des textes faisant plus de 700 mots. Après cinq mois d’existence, En toutes lettres a proposé près de 40 000 mots dans une centaine d’articles lus par 5 000 visiteurs uniques. Ces lecteurs ont consultés, au total, plus de 11 000 fois les textes.

Près de 200 abonnés reçoivent désormais les avis de parution du site. Et dix fois plus de lecteurs ont été mis en contact avec le site via les réseaux sociaux.

Les lecteurs sont majoritairement d’ici mais, aussi, d’ailleurs dans la Francophonie. En toutes lettres est maintenant relayé sur le nouveau site français jaimelelivre.com dont nous saluons les artisans.

Et En toutes lettres ne fait que commencer. Dans les semaines et mois à venir, des changements seront apportés pour diversifier les sujets et en faciliter la lecture.

Un seul mot et cinq lettres pour exprimer toute notre gratitude: MERCI!

Littérature: Fiction

Le premier roman du poète et directeur littéraire au Noroît, Patrick Lafontaine, s’intitule simplement Roman. Comme dans « fiction » ou encore dans le prénom d’un personnage du livre. Il n’y a rien de simple puisque tout se dédouble à l’infini. Cet objet littéraire fort particulier, publié aux Éditions Pleine lune, raconte un périple apparemment hyperréaliste, mais aussi intérieur que poétique. Dépaysement garanti. Captivant.

Littérature: Bouger ou mourir, telle est la question

Le premier recueil de nouvelles du poète Mattia Scarpulla suit le chemin déjà débroussaillé par cette écriture singulière qui se promène entre l’Italie et le Québec. Au propre et au figuré puisque les contrées ne renvoient parfois qu’à l’imaginaire. Ses histoires ont la bougeotte comme ses personnages quelque fois perdus entre l’insouciance adolescente et un âge adulte peu attirant. L’auteur possède un esprit et un style vivifiants.

Littérature: Cassie Bérard se joue du chat et de la souris

Le troisième roman de Cassie Bérard, La valeur de l’inconnue, décline la démarche singulière de l’autrice vers des modes narratifs à la fois étranges et exultants. Lire Cassie Bérard relève d’un plaisir intellectuel et littéraire immense. La valeur de l’inconnue parle de notre monde binaire, mais infini, porté par des personnages contradictoires, qui souffrent. C’est un roman dense, philosophique. Une narration extrême. Les yeux félins et la plume précise de Cassie Bérard nous guident dans un jeu dont on ne comprend les règles qu’à la fin, encore que… La romancière se joue, dans le fond, et du chat et de la souris. Entretien fascinant sur les paradoxes de l’écriture et de la lecture dans un univers quantique.

Littérature: Peindre sa vie

Ma vie en peintures est le premier roman de l’Argentine Maria Gainza. Critique d’art, la néo-écrivaine pose un regard éminemment personnel sur la peinture pendant qu’elle peint sa vie de façon originale et drôle. Un récit savoureux pour les yeux et le cœur.

L’art est fécond. L’art inspire. Aux yeux de la romancière Maria Gainza, la peinture lui a donné une profession, mais plus encore, une grille d’analyse, un canevas sur lequel projeter sa propre expérience. Dans Ma vie en peintures, la narratrice se raconte, de l’enfance à l’âge adulte, à travers des tableaux et des peintres illustrant ses propres émois, ses propres questionnements, sa raison d’être..

C’est un livre écrit sur le mode de la confidence, mais l’autrice ne cherche jamais à se cacher ou à se justifier. Bien au contraire. La peinture l’aide à expliquer sa pensée, ses relations avec ses proches, ses vérités et mensonges, ses passions. 

Maria Gainza effectue ce parcours de vie accompagnée de tableaux qu’elle a vus en personne, surtout dans les musées de Buenos Aires. Des œuvres d’artistes souvent connus, mais pas nécessairement une représentation de leur travail le plus universellement salué. 

Sept reproductions de tableaux, dont des œuvres de Courbet, Toulouse-Lautrec et Rousseau, s’intercalent dans son récit de vie. Elle aborde également le travail des Rothko, Monet, Le Greco, entre autres. La jeune femme lit aussi beaucoup: Duras, Keats, Plath, Dante.

Rien d’élitiste pourtant, ni chez elle ni dans son appréciation très crue, parfois intrusive, de la vie des artistes. La narratrice avoue aussi ses penchants pour la culture populaire: le groupe The Ramones et la série télé américaine Charlie’s Angels, par exemple. Elle sait rire de sa vie avec humilité et raconter l’histoire des tableaux qui l’ont marquée avec sagacité.

« Qui sait, peut-être t’es-tu convaincue, étant donné ta progressive et alarmante tendance à vivre chaque jour avec moins que la veille, que tu n’as pas besoin de grands avions ni de grands chefs-d’oeuvre dans ta vie. Cézanne disait: ‘La grandeur finit par lasser. Il y a des montagnes qui, lorsqu’on se trouve devant elles, nous donnent envie de crier: Bordel de merde! Mais, au quotidien, une simple colline vous suffit amplement.’ Ta ville est une plaine grise mais de temps à autre les nuages se dispersent et quelque chose émerge au milieu du néant. Certains jours où le ciel est limpide, comme aujourd’hui, tu réussis à le voir de ta fenêtre. C’est une petite colline surmontée d’une auréole nuageuse. »

Ma vie en peintures est un cours inédit d’histoire de l’art. Sans prétention, toujours bien argumenté. Cette fiction autobiographique s’avère un premier livre rafraîchissant eu égard aux autofictions souvent narcissiques qui nous inondent.  Tout est dans l’angle, le regard, la posture.

Le deuxième roman de Maria Gainza, La luz negra (La lumière noire), où elle s’attaque aux faussaires en art visuel, a été publié en espagnol en 2018 lorsque paraissait son premier en français. Ma vie en peintures était d’abord paru en 2014 sous le titre Mi nervio optico (Mon nerf optique).

Osons souhaiter que la traduction de La luz negra nécessitera moins de quatre années. 

« Le problème de Rothko est que l’angoisse le faisait parler. Il oubliait que les éléments les plus puissants d’une oeuvre sont souvent ses silences, et que, comme on dit ici, le style est une façon d’insister sur autre chose. Il est possible que regarder un Rothko relève d’une expérience spirituelle mais d’une sorte qui n’admet as la parole. Comme aller voir des glaciers ou traverser un désert. Rarement l’inadéquation du langage se fait plus patente. Devant Rothko, on cherche des phrases bien tournées mais on ne trouve que des balbutiements. Ce qu’on aurait envie de dire en réalité, c’est « putain de merde ». »

Maria Gainza, Ma vie en peintures, traduit par Gersende Camenen, Gallimard, coll. Du monde entier, 177 pages.

Littérature: En mémoire de Jean Royer (1938-2019)

Jean Royer, photo: Louise Leblanc

VEILLE POUR LE VEILLEUR

Le poète, essayiste, éditeur, chroniqueur et journaliste Jean Royer, qui vient de nous quitter, laisse derrière lui des idéaux poétiques qu’il a défendus toute sa vie dans ses recueils et essais, anthologies et même ses critiques. Voici quelques extraits de cette oeuvre luxuriante dédiée à la transmission du trésor poétique québécois.

Avant l’autre nuit, Le Noroît, 2015

« Chaque poème

Donné

Multiplie

La question d’être

Ce que tu comprends

Tu le perds

Et tu es

Hors de toi « 

La voix antérieure, Paysages et poétiques, Le Noroît, 2014

« Aujourd’hui la guerre envahit nos pensées. Mais la poésie nous garde au cœur de la parole, là où la paix est encore possible. »

Le poème debout, l’Hexagone, 2014

« Le veilleur

à Robert Melançon

Le Veilleur habite la vérité de l’arbre

la frondaison du clair-obscur

Il interroge à la cime des mots

les feux de l’existence

le désir d’être là, de faction

mémoire de vivant

il guette une parole d’aube

jusqu’au point de rencontre

de son orbe avec le monde

Le Veilleur invente notre espérance. »

Poèmes de l’écoute, Écrits des Forges, 2011

« La poésie

Elle est mère, elle est père, elle est monde et toi, elle est ton souffle de vie en forme de question, elle t’accompagne jusqu’au bout du chemin, elle est l’enfant, elle est l’autre, elle est ce que tu donnes ce que tu prends, elle est gratuite, la parole que tu bois, le langage qui te renouvelle, la couleur du ciel et le secret des mers, la respiration des fleuves et le cri des villes, elle habite les trous noirs du temps et l’infini silence qui unit les vivants et les morts, elle est la vie autour de toi, elle nie toute barbarie, elle aime si tu l’aimes, elle est en toi si tu l’entends, elle est là si tu la vois, elle danse, elle parle, elle pense, elle chante, elle est là, elle est. »

L’amour même, Le Noroît, 2007

« L’amour cet inconnu 
Se fraie un chemin 
Depuis l’enfance des étoiles 
Et le ciel comme une main 
Réchauffe le cœur 
Des amants aveugles. 
L’amour porte le secret 
Des corps jusqu’à l’âme 
L’éternel présent 
Quand la pierre se délite 
Au fil de l’eau »

Jour d’atelier, Le Noroît, 1984

« Questionne, pour voir.

La neige, c’est ton visage.

L’eau, c’est ton corps de poésie.

Réponds à la nuit.

Et la mer ton désir.

Quelle musique t’habite ?

Regarde devant toi.

La lumière te précède

Le poème te traverse. »