Théâtre: Les sorcières de Ormstown

Sébastien Gauthier, photo: Julie Perreault

La nouvelle création estivale du Petit Théâtre du Nord a été écrite par quatre femmes de générations différentes: Gabrielle Chapdelaine, Rébecca Déraspe, Mélanie Maynard et Maryse Warda. Présentée du 20 juin au 23 août, la pièce La maison est une comédie dramatique se situant dans un lieu qui a vu la situation des femmes évoluer en près de 100 ans. Le metteur en scène Sébastien Gauthier nous en parle.

La maison, présentée par le Petit Théâtre du Nord, a abrité plusieurs générations de femmes. Sorcières aux yeux des certains, victimes pour les autres, femmes fortes sûrement, des battantes. Dans le texte écrit par Rébecca Déraspe, Gabrielle Chapdelaine, Mélanie Maynard et Maryse Warda, les femmes gardent maison dans le sens qu’elles font en sorte que la vie se poursuive.

Mais la maison les garde aussi. Hanté ou pas, c’est un lieu qui survit aux peines et aux bouleversements, heureux ou pas. Un véritable personnage se tenant bien droit en campagne à Ormstown, tout près de la frontière américaine.

« C’est un lieu qui résiste au temps, dit le metteur en scène Sébastien Gauthier. La maison a été construite pour qu’une famille y soit heureuse, mais ce n’est pas toujours ce qui arrive. Ce qu’on sème durant une vie, les mensonges qu’on croyait bénéfiques au départ, les départs, les retours, les ragots amplifiés, tout se retrouve dans cette maison. »

Au fil des ans, la maison sera habitée par plusieurs personnages, des femmes surtout, et un homme, Claude, dernier occupant qui veut la vendre. Un homme pas clair clair, entre bon et méchant, comme ceux et celles qui ont aussi connu, sous ce toi,t des rêves et des déboires, auparavant.

« On a deux femmes qui veulent y mettre le feu, il y a une nouvelle mère abandonnée par son mari et une femme aux prises avec son adolescente en l’absence du père. Ces écritures ont été peaufinées et tissées ensemble. Mélanie Maynard a travaillé les scènes entre ces trois tableaux. »

Époques différentes

Rassembler des styles aussi différents aura été un défi pour les artisans de la pièce, même si le Petit Théâtre du Nord, qui a célébré son vingtième anniversaire l’an dernier, en est à sa quatrième expérience à plusieurs mains.

À la lecture du texte, les coutures ne paraissent pas trop puisque le style propre à chacune des autrices correspond à une époque différente. Sébastien Gauthier a voulu garder intacte la signature de chacune.

« Le point de départ c’était d’avoir des plumes de femmes de générations différentes. On a décidé, après quelques rencontres, de donner une époque, un décor, une maison, et un objet, une radio Vitrola, aux autrices pour faciliter le travail. Chacune a écrit un texte de 20-25 minutes. Mélanie Maynard a trouvé un lien entre les trois, soit l’existence de cet homme plutôt archétypal. »

La maison comporte son lot d’étrange, voire de tragique. Mais les ressorts comiques restent aussi très nombreux.

« C’est ce qui est fascinant. On est à cheval sur un paquet de choses, en dehors des clichés, avec des personnages dont le passé reste un peu flou. On joue sur le fait que le spectateur comprenne le personnage central tout en le laissant faire sa propre opinion à ce sujet. Pour jouer le texte, il faut aller dans des zones un peu éclatées. »

Mise en scène

La mise en scène a donc privilégié la fluidité malgré les changements d’époque. « On croise les univers en s’aidant avec les éclairages et les costumes. Je n’aime pas les transition au noir au théâtre, dit Sébastien Gauthier. Ludovic Bonnier nous a créé un bel environnement sonore qui vient constamment rappeler le drame du début de la pièce. »

Pour les interprètes, – Antoine Durand, Geneviève Alarie, Annick Bergeron, Luc Bourgeois et Kim Despatis – le fait de changer de personnage et de ton, selon les autrices, est une aventureuse stimulante, affirme le metteur en scène.

« On offre toujours quelque chose de différent à nos spectateurs. C’est le but qu’on s’est donné au Petit Théâtre du Nord, se déstabiliser dans la création, ce qu’on ne trouve pas ailleurs l’été. Notre public est habitué à ce qu’on fait, mais sans être racoleur, on ne veut pas le perdre non plus. L’objectif c’est de l’amener toujours plus loin.  »

Extrait de la pièce

« Toute le village s’est mis à me traiter de sorcière
« Irène la sorcière sorcière la Irène »
Pis quand je dis que c’est Monsieur le Curé
Qui a forcé mon mari à partir avec son corps pis son amour dedans
On me regarde comme si je venais d’avaler un crucifix en me tapant la tête contre le matelas
Tous les jours je retrouve quelque chose de mort
Sur le parvis de ma maison
Aujourd’hui
C’était un cochon »

La maison est la dernière pièce que le Petit Théâtre du Nord jouera à Blainville. L’été prochain, la vocation de la compagnie se poursuivra dans sa nouvelle « maison », une ancienne église, Notre-Dame-de-Fatima, à Boisbriand

La pièce La maison est présentée au Petit Théâtre du Nord situé au 1000, chemin du Plan-Bouchard, Blainville.

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