THÉÂTRE: Héritage, la valeur « argent »

Héritage, photo: Caroline Laberge

La dramaturge et traductrice littéraire Mishka Lavigne s’est vu confier la traduction de la pièce qui ouvre la saison chez Duceppe, Héritage (A Raisin in the Sun) de l’Américaine Lorraine Hansberry. Très en demande, l’autrice a remporté le Prix Québec-Ontario 2017 pour sa pièce Cinéma. Un autre texte pour la scène, Havre, a été publié cette année aux Éditions de L’Interligne. Entretien avec une artiste montante.

Au-delà du geste symbolique posé par la nouvelle direction de Duceppe d’entreprendre la saison avec Héritage, une pièce afro-américaine des années 50, jouée ici par des acteurs afro-québécois et mise en scène par Mike Payette, la traductrice Mishka Lavigne croit que cette oeuvre majeure de Lorraine Hansberry « résonne fort » encore aujourd’hui en raison de son sujet: l’argent.

Au moment où la salle Fred-Barry présente J’abandonne une partie de moi que j’adapte, à propos du bonheur et du travail, avant Le marteau et la faucille bientôt à l’Usine C, au sujet du capitalisme financier, ainsi que Le meilleur des mondes au TDP, plusieurs spectacles de la rentrée remettent en question les valeurs « argent » et « succès » comme mesures du bonheur ou de la croissance économique comme mode de vie.

A Raisin in the Sun, production originale (1959), Wikimedia Commons

« Héritage est une pièce qui tourne beaucoup autour des questions financières, à savoir est-ce que l’argent rend heureux?, souligne Mishka Lavigne. La famille dans la pièce se demande quoi faire avec tout l’argent qui lui vient soudainement d’une police d’assurance-vie. Ils se demandent aussi ce qu’une famille noire a le « droit » de faire avec cet argent dans une ville comme Chicago dans les années 50. »

Mishka Lavigne, photo: Jonathan Lorange

« Côté linguistique, ça donne un Québec des années 50, dit-elle. Cette pièce a eu l’importance de La mort d’un commis voyageur de Miller pour la culture afro-américaine. Le texte fait très « parlé » avec quelques envolées poétiques. J’ai transposé cet univers-là dans une langue d’ici, même si ça se déroule dans le South Side de Chicago avec des personnages qui ont des préoccupations qui leurs sont propres. »

Mishka Lavigne félicite Duceppe d’avoir choisi cette oeuvre importante de la dramaturgie américaine. D’autant plus que A Raisin in the Sun a été peu traduite. En français, une version a été présentée dans les années 70 en France.

« C’est tellement un beau projet qui va passer à l’histoire avec neuf acteurs noirs et un blanc – Patrick Émmanuel Abellard, Lyndz Dantiste, Myriam De Verger, Malik Gervais-Aubourg, Tristan D. Lalla, Tracy Marcelin, Mireille Métellus, Éric Paulhus, Frédéric Pierre et Jason Selman – sur la plus grande scène de Montréal. David Laurin et Jean-Simon Traversy m’ont proposé cette traduction l’automne dernier. J’avais travaillé avec Mike Payette et le Black Theatre Workshop sur la traduction d’Angélique de Lorena Gale. »

Lorraine Hansberry

La pièce a été créée en 1959 à New-York. C’était la première œuvre d’une dramaturge afro-américaine à être produite sur Broadway et la première d’un auteur noir à remporter le New York Drama Critics Circle Award de la meilleure pièce. Lorraine Hansberry était la plus jeune Américaine et seulement la cinquième femme à récolter ce prix.

Extrait de la pièce: « Mon gars – je descends de cinq générations d’esclaves – mais personne dans ma famille a déjà accepté l’argent de quelqu’un qui lui disait qu’il était pas digne de vivre sur terre. On n’a jamais été assez pauvres pour faire ça. »

Havre

Sans faire de comparaison hasardeuse, Mishka Lavigne est également une jeune dramaturge en pleine ascension. Elle écrit autant en français qu’en anglais. Sa nouvelle pièce dans la langue du grand Will, Albumen, vient d’être nommée pour trois Prix Rideau à Ottawa

Son très beau texte Havre a été présenté au Jamais Lu en 2016. Mais la pièce a déjà une vie internationale ayant été jouée en Suisse, ainsi que lue en anglais à Chicago et en allemand en Allemagne où elle a remporté un prix. Publié aux Éditions de l’Interligne, Havre parle des trop pleins et des trop vides de nos vies, d’héritage – tiens tiens! – de transmission et de deuil.

« Dans mon processus d’écriture, je me base sur une série d’images et d’idées a à partir desquelles je cherche des points de convergence. Je dis que ce sont des pièces à tresses dans le sens qu’il y a divers fils qu’on attache à la fin. Aussi, j’écris beaucoup avec des images, des détails, des impressions. Ce sont des moments qui arrivent à tout le monde quand on est dépassé par les événements. »

Dans Havre, poursuit-elle, je voulais parler des deuils, privé et public, l’identité par rapport à l’adoption, la guerre en Yougoslavie. En 1995, c’était le conflit de mon enfance à la télé. J’avais 12 ans et ça m’a beaucoup frappée. Plusieurs réfugiés sont arrivés à mon école à cette époque. « 

Extrait de la pièce : « Si je ne me souviens plus de mes souvenirs, est-ce que ce sont encore des souvenirs? Est-ce qu’on devrait plutôt dire des oublis?« 

Héritage est présenté chez Duceppe jusqu’au 5 octobre.

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