THÉÂTRE: Cultiver son jardin

J’t’aime encore avec Marie-Joanne Boucher. Photos: Ariel Tarr

La Petite Licorne présente une pièce qui fait grand bien. Le texte de la romancière Roxane Bouchard, J’t’aime encore est admirablement interprété par la comédienne Marie-Joanne Boucher et astucieusement mis en scène par François Bernier. Ce solo cherche au-delà des apparences et des plaisirs instantanés un sens à la vie de couple.

J’t’aime encore a tourné au Québec depuis 2016 avant d’atterrir à La Petite Licorne, démontrant une fois de plus l’importance du long rodage d’une pièce. Ce qui est malheureusement impossible, pour des raisons financières, dans le cas de la plupart des spectacles que l’on voit à Montréal.

Ceci étant dit, c’est le premier texte pour le théâtre de la romancière Roxane Bouchard (Nous étions le sel de la mer, Whisky et paraboles) et ce ne sera vraisemblablement pas le dernier. L’autrice a pondu un solo ludique autour de l’histoire d’un couple et d’une famille où les nombreux doutes viennent semer… le doute!

Le spectacle commence par une mise en lecture, nous annonce la suave Marie-Joanne Boucher, contrairement à ce qui est annoncé au programme. Elle nous donnera donc une conférence sur la permaculture tout en sortant plusieurs fois de son texte, toutefois, pour critiquer l’autrice qui, selon elle, n’y connaît absolument rien.

Parce que, voyez-vous, le nouveau dada de son musicien de mari est la création d’un permajardin boueux avec larves, souligne-t-elle, derrière leur maison de campagne. Ce qui n’était qu’un aparté se multipliera jusqu’à prendre toute la place dans la pièce. On y reconnaît le jeu sur les codes théâtraux qu’affectionne le metteur en scène et l’un des créateurs du NoShow, François Bernier.

La comédienne dans la quarantaine s’ennuie du théâtre au point de se rendre dans un « happening » théâtral chez l’une de ses amies d’étude où elle fera la rencontre d’un beau jeune acteur faisant penser à Tom Cruise. Les petites frustrations et les questionnements sur son couple l’amèneront à considérer de sauter la clôture…

Le reste est l’affaire de Marie-Joanne Boucher, une comédienne que l’on a peu vu au théâtre ces dernières années, mais possédant une fort attachante, voire touchante, personnalité. Bien construit, le texte lui permet d’exploiter toutes les couleurs de sa large palette.

Mis à part le fait que l’on revient un peu trop souvent au texte sur la permaculture lu par la comédienne, la mise en scène de François Bernier joue merveilleusement sur les contacts entre la scène et la salle. Dans le geste et la parole, tout est bien dosé et convaincant.

Cette comédie remet en question les problématiques de la performance et de la notoriété chez les acteurs au parcours, disons, moins spectaculaire. Le texte explore également le besoin trop humain de séduction et la tentation de l’infidélité avant de suggérer que la construction de l’amour et d’une famille sont probablement plus satisfaisants que de s’en remettre constamment à la facilité et à l’instant présent.

Rien de bien sorcier là-dedans. Le message nous éloigne, pour une fois, du langage vide et actuel du type « gérer ses émotions » et « investir dans son vécu » ou encore « revenir sur le marché », « savoir se vendre » et « éponger son déficit émotionnel ».

On y préférera sans hésiter « cultiver son jardin », ne serait-ce que pour toucher à une terre arable et respirer un peu d’air frais.

J’t’aime encore est présenté à La Petite Licorne jusqu’au 11 octobre.

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