Robert Lalonde, délinquant sur la route du paradis

L’état avec Robert Lalonde et Louise Laprade. Photos: La rubrique

Artiste intense, Robert Lalonde joue et écrit. On peut le lire chez Boréal dans un récit très personnel sur la création artistique, Fais ta guerre, fais ta joie, et le voir sur scène à Fred-Barry, dans L’état un texte politique de Norman Canac-Marquis offert en pleine campagne électorale. Dans les deux cas, l’artiste délinquant – qui a perdu sa maison et tout ce qu’elle contenait dans un incendie – trouve les moyens de se retrousser les manches pour cheminer vers le paradis.

Robert Lalonde apprend toujours. Il sait qu’il y a eu un avant, comme son père, et qu’il y aura un après, comme ses élèves en création littéraire. Il a compris que l’on peut survivre au feu si on reste allumé et qu’on arrive à reconstruire si on travaille.

« À partir du moment où la vie nous impose des limites, on a la flamme. J’ai eu quelques anges sur mon chemin qui m’ont indiqué que j’étais un petit peu trop centré sur moi-même, confie-t-il. Même avec nos histoires diverses, le sort des êtres humains est assez parent. Avec les réseaux sociaux on a tendance à vivre dans une bulle narcissique. Tout ce qui nous arrive compte comme si n’arrivait pas aux autres. On essaie de se former une légende personnelle. Ça m’apparaît dangereux. »

Après avoir connu le péril de l’incendie de sa maison, il s’est cru perdu lui aussi. Mais il a compris qu’il en a peut-être toujours été ainsi pour lui, dans sa vie, son métier.

« Dans le passé, j »ai erré longtemps moi-même en essayant de faire ce qu’on me disait, mais il fallait que je trouve ma façon. J’ai dû assumer ma délinquance. Personnellement, il se trouve que je suis plus à l’aise avec le vertige que la banalité ou les platitudes. »

Fais ta guerre, fais ta joie, c’est la preuve que le combat de la vie n’est jamais gagné, mais qu’il vaut la peine. Esquiver les mines antipersonnelles, se battre contres les autres ou soi-même et reconnaître, à la tombée du jour, que l’on perpétue quelque chose de plus grand que nous.

« L’artiste que je suis devenu est très en lien avec mon père et la façon qu’il travaillait. J’étais à Paris quand l’idée m’est venu. Je sortais du Louvres et j’éprouvais une certaine lassitude après tous ces chefs d’oeuvre. Dans l’encoignure d’une boutique pour me protéger de la pluie, j’ai vu un petit tableau, peut-être une croûte, et, bizarrement il m’a fait une plus grande impression que tout ce que je venais de voir. J’ai pensé à mon père qui disait faire une travail de peintraillon. »

Le créateur à l’affût du moindre tressaillement a donc réfléchi à ce que veut dire être un artiste, violoneux ou violoniste, écrivain de tiroir ou à grand tirage.

« C’est quoi lutter? C’est quoi dépasser le sentiment d’échec? C’est quoi continuer dans une démarche artistique? De fil en aiguille, cela m’a amené à cette affaire-là. ».

Transmission

Cette chose-là, donc, tisse un lien solide et beau entre le passe-temps du père et l’art du fils. Entre les couleurs et les mots. À l’aide de vives descriptions, le récit rend compte habilement de ce qu’évoque la peinture pour un écrivain. Cette histoire de transmission poursuit la démarche de son livre précédent Le petit soldat au sujet d’une correspondance imaginaire entre Tchekhov et un jeune écrivain.

« C’est une marotte chez moi. C’est peut-être parce que dans le pays dans lequel on vit, le sens de l’histoire, ce qu’on a reçu comme héritage et ce qu’on va en faire, s’est perdu. La vie se déroule tout le temps dans l’immédiateté. La perspective nous manque et nous fait oublier les lois humaines fondamentales dans notre façon de vivre par rapport à ce qui est arrivé avant nous, des choses déposées. »

L’auteur est entré dans l’art visuel comme si de rien n’était. C’est un univers duquel il était familier. Il en résulte une aventure dense et intime.

« Grâce à mon père, j’ai connu beaucoup de gens en arts visuels. Je m’en suis toujours tenu près. Mon écriture est assez proche de l’acte de peindre. Je ne fais que rarement un « dessin » qui ressemble à ce que je pensais faire au début. Ça évolue avec le travail. C’est la même chose au théâtre où l’on ne garde qu’environ 10 % de ce qui se passe en répétitions. »

Travail. Le concept semble avoir perdu de son intérêt. Comme professeur de création littéraire, il a souvent vu des étudiants pressés d’en arriver à des résultats avant même d’avoir commencé.

« C’est une question d’engagement. Quand je voyais que mes étudiants commençaient à angoisser pour un travail, je me disais qu’on était en business. Ils avaient l’impression de devenir cinglés, mais ils entraient en création et chacun sait qu’il n’y a pas de confort là-dedans. Il y a du vertige, mais pas de confort. Une chance que j’ai mon métier d’acteur pour me montrer que ça prend du temps pour trouver quelque chose. »

L’état de L’État

Robetr Lalonde n’a pas la langue dans sa poche, mais toute vérité est-elle bonne à dire si on risque de tout perdre, demande Normand Canac-Marquis dans sa pièce L’État, en reprise ces jours-ci. Le spectacle traite des relations entre politiciens et médias et d’un conflit entre deux époux, un rédacteur en chef (Robert Lalonde) et une éditorialiste (Louise Laprade)

« La position de l’auteur c’est de dire que la vérité est toujours bonne à dire. Le couple dans la pièce diverge totalement d’opinion à ce sujet. Il y a quelque chose qui me fait penser aux rapports qu’entretenaient Gérald Godin et Pauline Julien, deux personnes fortes, continuellement en confrontation tout en restant très proches. »

La pièce parle de la politique politicienne, mais de la politique du couple aussi. D’amour véritable et de compromis souhaitables.

« On peut durer au-delà des impasses, croit l’acteur. La pièce est très forte à cet égard. On l’a créé à Jonquière et on attendait les gens dire gens que ça se passait comme ça dans leur couple. Je connais beaucoup de gens seuls ou dont le couple semble dans une impasse finale. Ils préfèrent aller en thérapie plutôt que de changer les choses. Le couple c’est exigeant. « 

Le message de son récit Fais ta guerre, fais ta joie vaut donc pour le couple. La notion d’effort, ici, dans ce qu’il existe de plus intime.

« Dans la création et dans la vie, je crois que les d’efforts sont nécessaires. Mais dans le monde du travail, les gens sont désormais épiés, surveillés. Il y a un lien de rompu entre les humains. On ne se fait plus confiance. De là l’importance du théâtre, d’être en communauté avec d’autres. Vibrer ensemble pendant une heure ou deux. »

Redémarrer, oublier, effacer, reconstruire risquent d’être des actions au centre de son prochain livre, soumet-il. Est-ce que vieillir veut nécessairement dire s’installer?

« Le titre provisoire est: La reconstruction du paradis. On reste dans la nostalgie ou on va ailleurs. En voyant l’endroit où je vis maintenant, je pense que le feu c’est presque une miséricorde. »

Après les représentations de L’État, Robert Lalonde ira parler de son plus récent livre à Trois-Rivières, Rimouski, Sherbrooke et Québec avant de revenir à Montréal pour le Salon du livre.

Robert Lalonde

Fais ta guerre, fais ta joie

Boréal

131 pages

Extrait

« Pour vous, la peinture, l’écriture, l’art sont encore et toujours flammes dans l’herbe, diamants dans la fleur, brillantes gemmes enguirlandés de joncs sur la grève, mystérieux déplacement dans l’air des oiseaux. Ils sont cette inutile passion qui est à vous sans que vous la possédiez, ce trésor qu’un jour vous avez avalé et qui brûle en permanence dans la galaxie compliquée de votre cœur. »

L’État est présenté à la salle Fred-Barry du 24 septembre au 14 octobre

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