LITTÉRATURE: Les androïdes rêvent de moutons électriques

Christian Lapointe lit un texte de l’autrice française Pascale Petit, Le parfum du jour est fraise, dans le cadre d’une performance immersive sous le dôme de la Société des arts technologiques. Un spectacle subjuguant, volontairement rébarbatif par moments, et drolatique à d’autres. Un ovni littéraire qui donne raison à l’auteur de science-fiction Philip K. Dick: oui, les androïdes rêvent de moutons électriques.

En clôture du Festival international de littérature, la voix de Christian Lapointe lisant le texte Le parfum du jour est fraise, de la Française Pascale Petit, fait penser à celle d’un androïde. Plus ou moins machine, plus ou moins humain. Une voix distorsionnée pour ajouter aux effets surréels d’un texte qui crée un jeu où les spectateurs sont les cobayes.

Le génie du texte est de nous faire croire à notre liberté de parole et de pensée, alors qu’il s’agit d’un étau régulateur et manipulateur qui se referme sur les auditeurs. Tablant sur un discours allant de la psycopop à la publicité en passant par des imprécations religieuses ou pseudo-philosophiques, le texte se moque de nos perceptions.

On peut y déceler une certaine logique par endroit, mais il nous glisse, plus loin, entre les oreilles comme verbiage répétitif et insensé. Entre le trop-plein et le vide absolu. Pour cette raison, il peut déranger, voire enrager. Mais sa construction en spirale fait apparaître également son côté ludique, même comique.

Le magicien qu’est Christian Lapointe fait le reste. Ses intonations et son débit nous font slalomer habilement entre la réalité et le surréel. Les projections à 360 degrés et les effets sonores ajoutent une couche fantasmagorique à l’ensemble.

Nous avons affaire à une entité androïde tel que décrite dans le roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? de Philip K. Dick. Transposé au cinéma, le livre a inspiré l’un des chefs d’oeuvre de science-fiction, Blade Runner, du réalisateur Ridley Scott. Dans le film, le terme « réplicant » est utilisé, quelque chose qui se rapproche davantage d’un clone humain.

Robot ou clone, dans tous les cas, les spectateurs sont les moutons, encouragés à entrer dans le jeu, à suivre les règles et à ne pas dépasser les limites. Le texte-machination incite à la soumission ou encore à la fabrication de notre consentement (terme cher à Noam Chomsky pour décrire les médias de masse).

Pascale Petit nous démontre comment le moindre mot, la plus petite phrase peuvent être utilisés dans une logique de manipulation du lecteur/spectateur. Avec le mantra « Vous allez avoir à construire un village. La moitié droite est la moitié droite du village, la moitié gauche la moitié gauche du village, l’entrée est en face de vous, la sortie est à l’opposé », l’autrice crée un vacuum linguistique qui nous aspire et nous étourdit. Fascinant.

C’est un message très fort à l’époque ou la banalisation des mots et du langage permettent aux usurpateurs et aux omnipotents de toutes sortes de nous faire manger de la vache enragée et de nous inciter à tondre des moutons électriques.

Rêvez, rêvez, qu’ils disaient, on s’occupe de tout, on s’occupe de vous!

Le spectacle Le parfum du jour est fraise, incluant l’enregistrement de la lecture par Christian Lapointe, est présenté à la SAT du 8 au 12 octobre.

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  1 comment for “LITTÉRATURE: Les androïdes rêvent de moutons électriques

  1. 2 octobre 2019 à 8 h 45 min

    loved the video:)

    Aimé par 1 personne

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