THÉÂTRE: Femmes de feu

Ximena Ferrer et Julie Vincent, photo: Caroline Hayeur

Julie Vincent et sa compagnie Singulier pluriel voyagent partout dans les Amériques à la recherche de la fibre des rêves, de rencontres inspirantes et d’histoires universelles. Au festival Phénomena, cela nous donnera Valparaiso, un texte de Dominick Parenteau-Lebeuf – publié jeudi aux Éditions Lansman – qu’elle met en scène, et interprète avec Ximena Ferrer, sa codirectrice de Singulier pluriel. Sur scène également: Camila Forteza, Lesly Velasquez et Guillaume Champoux.

Le feu. Il n’y a pas d’autres mots pour expliquer le parcours d’une micro-compagnie de théâtre qui réussit à créer huit pièces en près de 20 ans et tourner en Amérique latine avec très peu de moyens. À la barre de Singulier pluriel depuis l’an 2000, Julie Vincent a nommé en 2016 son incandescente actrice uruguayenne de la pièce La Mondiola, Ximena Ferrer, à la codirection de cette aventure très singulière et multi-plurielle.

« On travaille, avec Ximena, dans la tradition du théâtre argentin. On voit le théâtre comme une fête. Notre but n’est surtout pas de devenir des technocrates de l’art. Le financement est difficile, mais on fonctionne au projet et on trouve des solutions chemin faisant. Travailler avec Ximena Ferrer m’a beaucoup appris. En Amérique du sud, on ne comptabilise pas, on crée. »

Cette année, elles joignent le festival d’une autre femme ignée, D. Kimm. Elles présentent à Phénomena, du 10 au 23 octobre, Valparaiso, une texte de Dominick Parenteau-Lebeuf.

« D. Kimm et moi, on s’est reconnues, confie Julie Vincent. C’est une femme de feu. Elle aime la poésie, c’est une globetrotteuse et une aventurière. Elle est capable de reconnaître le talent de l’autre et de prendre des risques. »

En marge de ses voyages intercontinentaux, Julie Vincent a trouvé dans la rue Fullum une chapelle ayant appartenu aux soeurs de la Providence. L’une d’entre elles, Bernarda Morin, a d’ailleurs vécu au Chili à la fin du 19e siècle et la pièce de Dominick Parenteau-Lebeuf (La demoiselle en blanc) s’est inspirée de ce destin peu ordinaire.

« Dominick a créé une matrilinéarité à partir de l’histories de certains patriotes québécois exilés à Buenos Aires, explique la metteure en scène. Elle a donc imaginé l’exil d’une Québécoise à Valparaiso. Elle a écrit son histoire à partir de ça et de voyages qu’on a fait pour retrouver les traces de la soeur Bernarda Morin. On a découvert qu’il y avait une place à son nom à Santiago au Chili. »

Julie Vincent, photo: Camila Forteza

À Valparaiso, les artistes ont aussi rencontré des religieuses âgées qui connaissaient l’histoire d’Émilie Gamelin, fondatrice des soeurs de la Providence.

Le récit de la pièce suit le périple d’une patriote exilée au Chili et cette histoire trouve un écho contemporain dans le voyage d’une mère chilienne au Québec avec sa fille androgyne hantée par ses ancêtres.

« Dominick a travaillé avec Stéphane Lépine sa courtepointe narrative. Elle ne souhaitait pas en faire un roman policier avec un dévoilement à la fin. Cela se déroule plutôt comme dans un rêve. Ce n’est pas une chronologie traditionnelle, alors on donne aux spectateurs les outils pour qu’ils reconstruisent avec nous la fresque. « 

Poésie

Les poètes latino-américains ont aussi inspiré la dramaturge.

« La façon dont Dominick cite les poètes dans la pièce me fait penser à des formules magiques, des incantations qui transforment la jeune androgyne, interprétée par Lesly Velasquez (Fiel). C’est un texte qu’il faut marcher. On joue dans l’allée centrale de la chapelle. On a pu recréer une rue et une foire. Valparaiso est une ville très festive. » « 

Singulier pluriel propose un théâtre social près des gens, avec les gens. Le décor de Valparaiso fera apparaître une immense tapisserie fabriquée par des artistes argentins installés à Valparaiso au Chili et qui recyclent des tonnes de vêtements chaque année.

Julie Vincent a également travaillé avec des brodeuses de Santiago qui racontaient dans des courtepointes, à l’époque de la dictature de Pinochet, les événements tragiques de la vie au Chili.

« Elles créent aussi à propos de sujets comme les corps atypiques et la violence faite aux femmes. Elles brodent avec leurs émotions après avoir découvert que la douleur pouvait être un moteur de création. Ce sont, pour nous, des artistes très inspirantes. »

Les jeunes inspirent tout autant la metteuse en scène et comédienne. Julie Vincent se dit préoccupé par le sort de la nouvelle génération, elle qui enseigne à l’École nationale de cirque depuis 10 ans.

« La planète offre peu aux jeunes en ce moment. On ne peut pas ne pas allumer là-dessus. Ce sont les jeunes qui nous apprennent le mieux à lire notre époque. »

Valparaiso est présenté à la Chapelle de l’Espace Fullum, 1431 rue Fullum, du 10 au 14 octobre  et du 19 au 23 octobre.

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