THÉÂTRE: Valparaiso, les rêves en exil

Valparaiso, photos: Olivier Hardy

Présentée dans le cadre du festival Phénomena, la pièce Valparaiso de Singulier pluriel nous fait voyager dans le temps et l’espace. Entre le Chili et Montréal, entre le rêve et la réalité. C’est un exploit de mise en scène, d’interprétation et de scénographie, présenté dans le superbe écrin de la Chapelle Fullum, et ce, même si le récit nous perd à quelques reprises en chemin.

Une Chilienne arrive à Montréal avec sa fille, troublée et troublante, pour participer à une foire alimentaire. Elle y présente sa mayonnaise Sorprendente (surprenante), une denrée qui ne peut s’oublier!

Basé sur la dichotomie mémoire-oubli, le récit se transporte à plusieurs époques avec plusieurs d’allers-retour entre le Québec et le Chili. Les divers fils narratifs comprennent donc le voyage de Virginia et de Valentina à Montréal, l’exil de Patriotes québécois en Amérique latine après la défaite de 1838 et le voyage d’une sœur de la Providence, Bernarda Morin qui a vraiment existé, vers la même destination à peu près à la même époque.

Entre ces temporalités, la pièce convoque également les fantômes de Pablo Neruda, Roberto Bolaño, Gaston Miron, Réjean Ducharme, Gabriela Mistral, Émilie Gamelin, Montcalm… Sans oublier les digressions historiques sur les faits et gestes des Patriotes, de Salvador Allende, du FLQ, Pinochet et tutti quanti.

Ces fils sont parfois emberlificotés de telle façon qui’il devient difficile de reconnaître à chaque moment qui est qui et qui fait quoi à quel moment. Heureusement, la pièce de Dominique Parenteau-Lebeuf ne repose pas uniquement sur ces aspects documentaires. Dans une belle langue, l’autrice attache ses personnages au courant de rêves d’espoirs et de liberté.

Les extraits de poésie, en ce sens, arrivent à point nommé dans le récit. Les divagations de la jeune Valentina, qui cherche à connaître ses ancêtres, renvoient également à une fibre davantage onirique. Ce sont là les meilleurs moments du spectacle.

La mise en scène de Julie Vincent déborde d’inventivité au sein d’une scénographie impressionnante. Ombres chinoises, vidéo, accessoires nombreux – notamment de superbes fresques et tapisseries en tissu fabriquées par des artisanes sud-américaines – masques, apartés au public… Tout confère à donner de l’envol à ce texte qui embrasse parfois trop et n’étreint pas tout à fait.

Bien dirigés, les interprètes – Julie Vincent, Ximena Ferrer, Lesly Velasquez, Guillaume Champoux et Camila Forteza – démontrent une polyvalence de tous les instants dans différents personnages et registres. La distribution est complétée par des personnes âgées qui demeurent dans le complexe où se déroule le spectacle. La musique de Michel Smith accompagne le tout avec pertinence.

Valparaiso rend hommage aux révolutionnaires et aux libérateurs de peuples, aux éternels migrants que nous sommes tous, aux marginaux et aux exploités de toutes sortes, aux femmes, surtout, qui mènent trop souvent la lutte, cachées à l’arrière-plan. Leurs rêves permettent de traverser le temps et les continents.

Cette pièce sociale mi-documentaire mi-onirique mérite le plus grand respect. C’est une sorte de « super-production » sans les moyens, portée par le travail colossal d’artistes passionnés et touchants. Chapeau!

Valparaiso est présenté à la Chapelle de l’Espace Fullum, 1431, rue Fullum, jusqu’au 23 octobre.

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