THÉÂTRE: Les Migraaaants noyés dans la Mer des Cynismes

Les interprètes de Migraaaants: Sébastien Dodge, Lesly Velázquez , Luiza Cocora. Sasha Samar et Mohsen El Gharbi, photo: Juan David Padilla

Elles, ils périssent encore en mer. Par centaines, par milliers. Peu importe le climat, leur vie n’est que changements. Le dramaturge roumain Matéi Visniec en a tiré une pièce lucide et percutante, Migraaaants. La metteuse en scène montréalaise Margarita Herrera Dominguez l’a adaptée avec Florence Bobier pour les interprètes Sébastien Dodge, Lesly Velázquez, Luiza Cocora. Sasha Samar et Mohsen El Gharbi. En grande première nord-américaine!

Ne cherchez pas sur la carte, mais la Mer des Cynismes existe. La crise des migrants n’est pas terminée parce que nos regards se sont portés vers d’autres enjeux. La Méditerranée continue de cracher des cadavres tous les jours. Depuis toujours, hommes, femmes et enfants fuient parce qu’ils n’ont pas d’autre choix.

Margarita Herrera, fournie par l’artiste

Margarita Herrera Dominguez et Lesly Velázquez sont nées aux Mexique mais pratiquent leur art au Québec depuis quelques années. Elles avaient le choix de déménager, mais leur parcours a été parsemé d’embûches. Elles savent qu’arriver quelque part ne met pas un terme aux misères grandes et petites. Nulle terre d’accueil n’est paradis pour autant.

« Je suis venue toute seule au Québec, raconte la comédienne Lesly Velázquez. On vient ici pour des raisons sociales ou politiques, individuelles ou familiales. C’est un choix, mais ça représente un défi tout de même. »

Les deux artistes se sont rencontrées en 2013 pour un projet de doctorat à l’Université de Montréal. Margarita Herrera a réalisé sa première mise en scène en 2015 (Voix) et Lesly Velázquez a commencé à jouer en 2012 avec le Théâtre de la pire espèce.

« On s’apprécie beaucoup, on a plusieurs idées en commun et on se complète bien », souligne Lesly Velázquez qui a fait sa formation en théâtre à Veracruz.

La metteuse en scène Margarita Herrera a profité d’une bourse d’étude mexicaine pour venir à Montréal dont elle est tombée amoureuse. » J’ai aimé l’empathie des gens. Comme mère monoparentale, j’ai senti qu’il y avait moins de préjugés ici qu’au Mexique. J’ai pu profiter aussi du programme DémArt du Conseil des arts de Montréal. »

Migraaaants, photo: Juan David Padilla

Migrants et migration

Les personnages de Migraaants n’ont eu aucune chances. La pièce touche à plusieurs problématiques entourant les réfugiés en abordant le sujet avec toute l’horreur de la violence, l’omniprésence du machisme, la vérité crue et la politique hypocrite que cela suggère. Les migrants surnagent dans une mer de cynisme et de cruauté.

« La pièce parle d’un sujet envahissant qu’on voit partout aux nouvelles. Elle est pertinente parce que Visniec a effectué beaucoup de recherches. En Amérique latine, on a tous des voisins ou des amis qui sont partis au Nord et qui sont disparus », explique Lesly Velázquez.

« On a enlevé de la pièce, poursuit Margarita Hererra, les références directes à ce qui se passe en Europe et on a gardé ce qui est plus général et universel chez les migrants. »

Comprenant 17 tableaux, le texte de Matéi Visniec a été raccourci et adapté, mais l’esprit de cet auteur lucide et ironique reste intact, assure Margarita Herrera. « Plusieurs scènes parlaient de l’Islam, ce qui touchait moins à la réalité québécoise et on en a jumelé d’autres. »

Hors stéréotypes

De plus, la metteuse en scène a refusé d’endosser les stéréotypes qui veulent que les interprètes néo-québécois ne jouent que des migrants dans la pièce.

« Les préjugés, je les vis au quotidien. Le spectacle m’apparaissait parfait pour parler de diversité sur scène. Lesly n’y joue pas que des migrantes avec accent. Contrairement au texte, les deux politiciens sont joués par un homme et une femme et le couple est homosexuel. On évite les stéréotypes. C’était important pour moi. »

Les deux créatrices ont surtout cherché à parler d’humanisme au-delà de ce qui bouge de saleté et de mensonge dans le récit. L’humour noir, absurde de Visniec a été mis à profit.

« La réalité dépasse toujours la fiction, croit Lesly Velázquez. C’est incroyable ce que vivent les migrants et, surtout, les migrantes. Par exemple, on se sert souvent d’eux et d’elles pour faire de la contrebande. C’est odieux. »

Les migrants bougent par nécessité. L’argent, le pouvoir, le luxe du Nord se nourrit tous les jours de la pauvreté pour ne pas dire de l’esclavage du Sud.

« C’est l’Occident qui a conquis les pays du Sud et après, on ose leur refuser l’accès parce qu’ils dérangent le confort, s’insurge Margarita Herrera. On ne peut pas l’affirmer, mais je crois que les pouvoirs au Nord financent les réseaux de passeurs, de drogue ou d’organes qui existent. C’est toute une machine le néo-libéralisme. »

Migraaaants, photo: Juan David Padilla

Migraaaants est  présenté au Théâtre Prospero du 12 au 30 novembre 

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