THÉÂTRE: Rébecca Déraspe fait la leçon

Rébecca Déraspe, photo: Lucas Harrison Rupnik

Le Théâtre I.N.K. présente la pièce de Rébecca Déraspe, Faire la leçon aux Écuries, une plongée dans le corps, au propre et au figuré, professoral. De l’autre côté du miroir et de la salle de cours, les enseignants saignent. Ces humains responsables des cerveaux du futur se montrent sans fard, en plein désarroi. Théâtre de mouvement, Faire la leçon est un vibrant plaidoyer en faveur des profs.

Rébecca Déraspe fait du sport. En tant que méga-occupée, elle le doit bien si elle veut faire la leçon. La dramaturge, qu’on peut voir sur Savoir Média où elle explique le sens de mots causant polémique, se rendra le mois prochain à Paris. Et au printemps 2020, elle sera partout à la fois avec trois pièces différentes. Dit autrement, l’autrice a désormais une bonne idée de ce qu’est la vie de prof, le sujet de Faire la leçon.

Au début de ce projet du Théâtre I.N.K., la metteure en scène Annie Ranger a demandé à la dramaturge d’écrire un texte sur la marche comme sas de décompression, comme espace de réflexion. La salle de prof est, par la suite, apparue comme le symbole de cet endroit où il fait bon respirer, penser et planifier.

« Je suis partie d’une ambiance assez anxiogène parce que ce sont des professeurs pris dans un devoir de réserve à l’école. Ce qui me touche beaucoup, quand je pense aux profs, c’est qu’ils arrivent devant une classe de 20 ou 30 élèves et échangent avec eux malgré leur vie parfois compliquée, leurs problèmes, leurs obligations personnelles et financières. »

Avec Solo Fugère, Xavier Malo, Marilyn Perreault et Klervi Thienpont, Faire la leçon est une pièce tout public avec un fort ascendant adolescent qui ne raconte pas une histoire à proprement parler. La pièce se veut un instantané de la vie de prof, vu un peu à l’écart, entre l’école et l’intime. On connaîtra leurs peurs et leur espoirs dans un système qui exige d’elles et eux la perfection.

« Comme dans tout ce que j’écris, c’est l’humanité de ces profs qui m’intéresse. Comment faire avec le quotidien, avec le monde quand on vit autre chose dont on ne peut pas nécessairement parler? »

Safe space

Dans ce « safe space » scolaire, on connaîtra une enseignante robotisée qui se plie aux règles bureaucratiques imposées par le ministère, un enseignant homosexuel jamais sorti du placard, une alcoolique désabusée, un enseignant qui est aussi père aux prises avec une élève confuse… Mais ces personnages changeront devant nous.

Dans leur antre, les enseignants peuvent échanger librement et ce lieu devient vite une marmite volcanique où le rôle et le fonctionnement du système d’éducation peuvent être remis en question.

« L’an passé, raconte la dramaturge, cela m’a beaucoup choquée de voir que ma fille à sa première année d’école, n’avait pas de prof attitré en septembre. Ça arrive souvent, paraît-il, mais je trouve ça inacceptable. Ça s’explique de mille et une façons, mais c’est la bureaucratie qui fait en sorte que ça arrive, ce qui cause de l’anxiété aux enfants. »

La pièce n’a rien d’une étude sociologique, mais Rébecca Déraspe est un autrice fervente de transparence. Elle aime creuser un sujet pour faire apparaître l’or qui s’y trouve. C’est inhérent à beaucoup de ses textes, d’ailleurs: Gamètes (Prix de la critique en 2017), Nino et Je suis William.

« Je crois qu’on doit élever nos enfants dans la transparence. Le système d’éducation n’est pas tellement pas là-dedans. J’ai l’impression qu’on s’en fout un peu comme société, alors que ce devrait être très important avec l’environnement. »

La vie des enseignants n’est pas simple, ni facilitée par les instances ou les circonstances ainsi que certains parents qui croient que l’école est responsable de tout dans l’éducation de leurs enfants.

En plus des enseignants, le texte accorde aussi une voix aux enfants. Il sera donc question d’environnement. « On ne peut rien faire si on ne place pas l’environnement en premier lieu dans nos préoccupations », croit Rébecca Déraspe.

Annie Ranger, photo: Julie Beauchemin

Faire la leçon est un projet qui a été réalisé en étroite collaboration avec la metteure en scène Annie Ranger. Celle-ci a, évidemment, mis l’accent sur la partie physique du spectacle.

« Il y a un slam fait par un jeune, note Rébecca Déraspe. C’est un garçon qu’Annie a enregistré. J’ai entendu quelques extraits et il était très bon. On s’est beaucoup partagé les choses, Annie et moi. J’aime essayer de nouvelles formes d’écriture comme autrice. C’est un vrai défi d’écrire pour du théâtre de mouvement. Ce sont deux médiums qui se répondent et cohabitent. « 

Évaporés

Chose certaine, la dramaturge se penchera à nouveau sur la question de l’éducation et de l’école à l’avenir. Entretemps, on peut la voir dans une série de capsules, réalisées par Savoir Média, au sujet de mots qui provoquent une polémique, comme « autrice ». Elle animera à la même antenne au printemps une série intitulée 50 ans d’avancées des femmes.

En mars 2020, son texte Ceux qui se sont évaporés sera mis en scène par Sylvain Bélanger au CTDA. Elle s’est intéressée cette fois à un phénomène japonais de disparitions volontaires et au livre Disparaître de soi, une tentation contemporaine de David Le Breton.

« Ce livre m’a fait capoter. Ce qu’il explique c’est qu’on est pris dans la mise en scène de nous-mêmes. On est pris à être ce qu’on est, même si on cherche, à chaque jour, de s’en échapper. Il y a mille façons de disparaître de son identité, entre quelque jours et le reste de ses jours. C’est l’idée de fuir sans mettre fin à sa vie. »

Rébecca Déraspe, elle, met fin à l’écriture d’une nouvelle pièce qui sera présentée à Reims en 2020. Également, elle a écrit une adaptation poétique de la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette, présentée aussi au printemps au Trident à Québec. Le travail ne manque donc pas.

« Je ne peux pas me plaindre », conclut-elle.

Faire la leçon est présenté au Théâtre aux Écuries du 12 au 29 novembre. Des prises de parole auront lieu avant les représentations à partir du 15 novembre. Enfin, les 19 et 21 novembre, le spectacle sera suivi d’une table ronde.

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