THÉÂTRE: Profs au bord de la crise de nerfs

Faire la leçon, photos: Eugene Holtz

La pièce du Théâtre I.N.K. d’Annie Ranger et de Marilyn Perreault, Faire la leçon, est révélateur d’un des éléments de ce qui ne va pas en éducation au Québec, la fragilité extrême des enseignants. On peut en rire et s’en inquiéter dans ce spectacle sympathique et singulier.

Faire la leçon c’est d’abord la langue de l’autrice Rébecca Déraspe: aiguisée et poétique, sensible et lucide. La dramaturge décrit une salle de profs du secondaire où ses occupants peuvent se laisser aller à être eux-mêmes. Ils y sont libres, mais surtout préoccupés, anxieux, parfois au bord de la crise de nerfs.

Les quatre enseignants travaillent dans une école multiethnique où il faut faire attention à ce qu’on dit, à ce qu’on pense. Elles et ils parcourent chaque jour un terrain miné par les nombreuses attentes que le gouvernement placent en eux et elles, voire par des parents invisibles, mais toujours prêts à s’indigner.

Pourtant, ces deux femmes et ces deux hommes ont aussi des rêves ainsi que des problèmes personnels et professionnels. Ils ne sont pas très différents des enfants dont ils ont la charge et sur qui repose rien de moins que la sauvegarde de la planète.

Ainsi, l’école devient un ventre qui gargouille, un espace où l’on écoute aux portes, un lieu de rumeurs et d’inquiétude. La metteuse en scène Annie Ranger fait bouger ses « marionnettes humaines » tel des êtres tentant désespérément de sortir des moules imposés par un système d’éducation aliénant. En mouvement, ils et elles soulignent qu’ils et elles pourraient jouer beaucoup plus qu’un rôle d’ouvrier d’usine fabriquant les petits robots de demain.

Les personnages sont bien joués par Marilyn Perreault, Klervi Thienpont, Xavier Malo et Solo Fugère. Avec énergie et expressivité, elles et ils transmettent cet espèce de malaise délétère constant qui teinte la vie d’enseignant de nos jours.

Plusieurs répliques sont très drôles, d’autres philosophiques, et d’autres encore plus poétiques quand les personnages y vont de monologues qui renvoient à leur intimité de parole et de pensée. Bémol, cependant, la pièce touche à beaucoup de sujets délicats et importants, comme le racisme, les relations affectueuses prof-élève, le suicide et l’environnement, sans vraiment les approfondir.

Ce qui reste de ce spectacle hybride c’est qu’il aborde véritablement des enjeux majeurs pour l’avenir d’une société, voire de la planète entière. Chacun des sous-thèmes explorés ici pourrait suggérer l’écriture d’une pièce complète.

En voyant la question sous l’angle de la détresse des enseignants, c’est un premier pas incontournable afin de remettre en question comment entamer la relance de l’école vers l’ouverture et l’espoir. Plutôt que la laisser s’enfoncer dans des formules magiques bureaucratiques qui ne font que bloquer la créativité des enseignant, encourager l’indifférence des parents et l’ignorance de leur enfants.

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