THÉÂTRE: Les fourmis à l’école de la vie

Philippe Cyr et David Paquet, photo Jonathan Malenfant

Après leur excellente pièce Le brasier à la salle Jean-Claude Germain, le dramaturge David Paquet et le metteur en scène Philippe Cyr refont la paire pour un public adolescent à la salle Fred-Barry avec Le poids des fourmis. Ils y visitent l’un des lieux les plus chauds de la rentrée théâtrale: l’école.

La collaboration précédente entre David Paquet et Philippe Cyr, pour l’excellente pièce adulte, Le brasier, a été jouée pendant trois ans. Les deux complices aimeraient bien voir Le poids des fourmis connaître le même sort. La pièce présentée à Fred-Barry vise un public ado, mais offre de quoi nourrir leurs parents aussi.

« L’expérience du Brasier avec Philippe a été, non seulement, agréable, dit David Paquet, mais artistiquement stimulante. Ce que j’aime de travailler avec lui, c’est qu’il est un fin lecteur. Il s’inspire du texte pour créer des images. Comme auteur, c’est très le fun de compter sur quelqu’un qui signe à côté de toi et non par-dessus. »

« Dans une création de texte, cet aspect-là est important. C’est une collaboration différente, j’ai embarqué dans le projet presque au début cette fois. C’est un dialogue plus serré. Le réalisme magique de David c’est un cadeau pour la mise en scène. La théâtralité n’est pas dure à trouver dans les scènes de la pièce. »

Leur regard se porte cette fois sur une école où souffle un vent de révolte étudiante. Les répliques tombent drues, parfois cinglantes, mais la chose n’est jamais traitée avec un ton moralisateur ou condescendance, sinon avec un humour de tous les instants.

« On ne s’attaque pas à tous les problèmes du monde pour le rendre encore plus noir et sombre. Ça prend de l’humour pour contrebalancer et trouver un point de tension intéressant entre l’espoir et al lucidité », souligne l’auteur David Paquet.

Les deux artistes sont d’accord pour dire que le théâtre peut jouer un rôle en tant que vecteur social. Le spectacle parle, en fait, des inquiétudes nombreuses des jeunes face à leur avenir, l’environnement, l’argent, le pouvoir, la violence. Des élections sont d’ailleurs organisées chez les élèves pour choisir un ou une présidente de classe.

« Juste représenter les problèmes du monde peut allumer l’étincelle ou l’envie de tendre la main vers l’autre, croit Philippe Cyr. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la représentation, le fait de s’asseoir dans une salle et de regarder, de reconnaître. La représentation possède un pouvoir en soi. »

« C’est vivifiant », ajoute David Paquet. J’espère que la pièce peut avoir la tendresse d’un effet domino. Quand je l’ai écrite, je ne connaissais pas Greta Thunberg et une amie m’a montré une vidéo d’elle. Je me suis dit, « c’est tout à fait ça ». Il y a des manifs partout en ce moment. Ça gronde. Les fourmis sont un peu tannées. »

Le dramaturge use d’images fort belles dans le texte comme celle des otaries qui se tiennent par la patte quand elles dorment afin de ne jamais se réveiller seules.

« La métaphore des fourmis aussi est parfaite, c’est le pouvoir du peuple. On est plus lourds, c’est juste qu’on n’est pas ensemble. Le système nous dit que ça ne sert rien et qu’on est impuissants, mais attendez voir. »

Interprètes

Au centre de cette école où les enseignants (joués par Gaétan Nadeau et Nathalie Claude, entre autres, puisque ces vétérans jouent une vingtaine de personnages) rivalisent d’étrangeté, les élèves sont peut-être encore plus étonnants. Jeanne et Olivier (joués par Élisabeth Smith et Gabriel Szabo) ont des approchent différentes face au désarroi des jeunes. Jeanne le rebelle veut réforme le système et Olivier, le rêveur, est incapable de se mettre en action.

« Ils se contaminent et s’influencent, estime le metteur en scène Philippe Cyr. Ils s’échangent leur façon de penser. Ça modifie leur parcours et c’est tant mieux. »

La jeunesse qui allume le feu, le brasier, la révolution. Les deux complices soulignent qu’il ne s’agit toutefois pas d’un pamphlet contre les artisans du monde de l’éducation.

« C’est important de dire que ce n’est pas une transposition la pièce, dit le metteur en scène. David n’a pas dépeint l’école québécoise. Ce n’est pas l’objectif. L’école est un prétexte pour parler de la société. Ça parle d’une opposition de valeurs qui est celle qu’on vit présentement. »

Spécialiste des répliques acides, David Paquet affirme que la pièce lui a permis de créer « un microcosme électoral et sociétal. Il s’agit d’une lecture plus générale que le quotidien de l’école ».

L’auteur ajoute que le texte a changé en cours de route lors des rencontres avec le metteur en scène et les concepteurs (dont Odile Gamache à la scéno et Cédric Delorme-Bouchard à al lumière). Il dit écrire « en pensant à eux ». Le texte est un bon exemple d’ailleurs du besoin d’échanges entre humains en lieu et place des silos que nous sommes devenus.

« C’est une façon de briser les vases clos entretenus notamment par les réseaux sociaux qui sont des réseaux de pensées qui se réconfortent entre eux, précise Philippe Cyr. Comment faire pour briser ça? Le monde apparaît terrifiant aux jeunes. »

Le « système »

Le directeur de l’école désillusionné face au système reprendra vie quelque peu au contact d’Olivier et Jeanne. Personne ne reste campé sur ses positions de départ dans Le poids des fourmis, titre qui renvoie au fait que la masse de toutes les fourmis de la terre serait plus grande que celle de tous les humains.

« Les fourmis c’est un appel au rassemblement, à la mobilisation, décrit David Paquet. En travaillant ensemble, on aura toujours un poids plus grand que si chacun reste de son bord. Il y a aussi une invitation à préserver notre optimisme face à ce qui nous attend. Il ne faut pas oublier de trouver la maison belle, sinon on ne voudra pas la sauver du feu. »

Le poids des fourmis est présenté du 19 novembre au 7 décembre à la salle Fred-Barry.

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