DANSE: À bas Big Brother!

Frontera, photo: Yannick Grandmont

Dana Gingras et Animals of Distinction présentent Frontera, un spectacle sur les frontières qui nous maintiennent prisonniers dans nos corps et dans nos têtes. Migrants que nous sommes tous, de l’intérieur comme de l’extérieur. La chorégraphe montréalaise fait équipe avec le groupe Fly Pan Am qui jouera en direct et les Britanniques de United Visual Artists à la scénographie.

Dana Gingras défonce les préjugés, les limites, les frontières. Entre les disciplines artistiques, étant à la fois chorégraphe, cinéaste et performeuse. Entre les idéologies politiques et les pays, elle qui a tant bougé dans sa vie. Sur la scène du Théâtre Maisonneuve, elle lance Frontera, un vibrant appel à l’ouverture et à la liberté. Une présentation de Danse Danse.

Dana Gingras, photo: Gilles Berquet

« Je me suis toujours intéressée au mot « étranger », dit-elle en entrevue, et à ce que ça veut dire être « étranger », être à l’extérieur. La politique, qui est très présente dans nos vies en ce moment, est également un enjeu pour moi. Où est passée notre liberté? Pour citer la dramaturge Ruth Little, avec qui je travaille, on bouge algorithmiquement de nos jours plutôt que rythmiquement. »

Il y a les limites entre le connu et l’inconnu, le visible et l’invisible. Ce qu’on trace comme lignes/obstacles/préjugés à ne pas franchir dans notre vie. Et ces murs que d’autres veulent imposer. Penserait-on ici à un certain président?

« L’idée de repousser ce qui est inconnu à l’extérieur m’a inspiré, le fait de diaboliser l’inconnu en se basant sur un faux concept de sécurité. Construire un mur entre les États-Unis et le Mexique n’empêchera pas les gens de passer la frontière. Ils vont trouver d’autres moyens. C’est le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin et nous savons maintenant que les murs ne fonctionnent pas. »

Teeter-totter, Photo Ronald Rael

Derrière les murs se cachent l’ignorance, la peur, la xénophobie, le racisme. Dana Gingars, qui a grandi en Argentine, vécu en Angleterre, à Vancouver et, aujourd’hui, à Montréal, se réjouit de voir des artistes construire des balançoires dont le point d’équilibre est justement la frontière américano-mexicaine. « C’est comme si on créait une troisième nation transfrontalière », dit-elle.

Frontera

Dans sa pièce précédente, monumental, Dana Gingras explorait l’anxiété urbaine moderne qui comprime littéralement l’espace dans lequel les gens peuvent exister.

« Il y avait un aspect répressif et fasciste dans monumental. Dans Frontera, les danseurs ont plus de liberté. Nous avons travaillé avec l’idée de parkour [discipline athlétique où les participants franchissent des obstacles en courant et en sautant]. C’est quelque chose de très subversif en soi. Ils pratiquent ce sport dans des endroits souvent interdits. J’aime cette idée de bouger de façon différente à la normale et de contourner les obstacles. »

Le processus de création de Frontera a été plus long, souligne-t-elle, en raison des improvisations et de l’apport des dix danseuses.seurs du spectacle. Mais le vocabulaire chorégraphique de Dana Gingras reste le même, que ce soit au cinéma, son récent projet Chute libre présenté à la SAT, ou en danse.

« J’ai toujours été inspirée par la gravité, la façon qu’ont les corps de tomber, de se relever et de se propulser. La « violence » dans la pièce évoque la résistance. L’utilisation de l’énergie pour résister à l’oppression en quelque sorte. Nous sommes constamment surveillés de nos jours sur internet ou par les caméras de surveillance. Nos « likes » sont vendus. Nous sommes devenus un produit et notre liberté est attaquée. »

Musique, scénographie

Libre dans l’esprit et le corps, la chorégraphe a fait appel, après Godspeed You! Black Emperor, à la musique de Fly Pan Am pour Frontera. Sachant que le groupe se réunissait pour créer un nouvel album, Dana Gingras a tout de suite pensé à Jean-Sébastien Truchy, Félix Morel, Roger Tellier-Craig et Jonathan Parant pour jouer en direct sur scène.

De son côté, le réputé collectif de créateurs visuels United Visual Artists de Matt Clark a créé une scénographie tout en éclairages évocateurs.

« Je voulais une scénographie qui soit poreuse, sans accessoires sur scène. Ce sont des structures visuelles qu’on utilise, qui peuvent apparaître et disparaître. Cela nous offre beaucoup plus de possibilités que si nous avions quelque chose de solide sur le plateau. »

Dans cet espace libre, le non tangible peut ainsi rejoindre les spectateurs, leur permettant de se projeter dans l’oeuvre qui n’a pas le nom, mais tout de même une facture « monumentale ».

« Dans cet espace, avec les images, le son et les modulations d’intensité, le corps traduit quelque chose qui ne se s’exprime pas en mots. On sent ou on ressent ce qui se passe. Depuis 1993 et The Holy Body Tattoo, tout ce qui m’a toujours intéressée c’est l’idée du progrès. Il faut se poser des questions aujourd’hui sur ce qui se passe qu’on ne voit pas, mais qui nous affecte. Surtout dans une culture de plus en plus dématérialisée. »

Avant une tournée internationale, Frontera est présenté au Théâtre Maisonneuve du 4 au 7 décembre.

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