Théâtre: Mayday Médée

À la Licorne, Marilyn Castonguay éblouit dans le rôle d’une mère éplorée sous la direction attentive de Denis Bernard. Le metteur en scène a raison de souligner l’importance de la pièce du Britannique Dennis Kelly, Les filles et les garçons, qui nous arrive dans un contexte où la terrifiante et inacceptable violence des hommes doit être analysée profondément afin d’être éradiquée.

Les filles et les garçons c’est le mythe de Médée revu et corrigé par un dramaturge contemporain. Au fil des siècles, la figure de Médée aura surtout servi à des auteurs masculins pour décrire ce qu’ils concevaient relever de « l’hystérie féminine ». Pertinent signe des temps, Dennis Kelly fait de Médée un homme.

Qui plus est, il n’y a pas de signe de folie ici. Le père de famille est tout ce qu’il y a de plus passionnément amoureux de sa femme, la narratrice. C’est un homme moderne, entrepreneur accompli et protecteur de ses enfants Danny et Leanne.

Tous les éléments de la production sont réussis. Ça commence avec la remarquable traduction en québécois de Fanny Britt. Son travail permet au metteur en scène Denis Bernard d’installer l’unique personnage dans le cadre d’un spectacle d’humour. La narratrice/humoriste est une femme brillante qui pose un regard lucide sur sa vie.

Cette démarche permet à l’arc dramatique de bien se tendre sans pour autant nous maintenir la tête sous l’eau pendant 110 minutes. Les graines de la tragédie, que l’on soupçonne, sont d’ailleurs parcimonieusement et habilement plantées dès le début du spectacle et tout au long du récit.

Ce n’est donc pas un suspense. D’ailleurs, la femme s’adresse aux spectateurs à plusieurs reprises en leur lançant des « vous voyez ce que je veux dire » sans équivoque. Elle souligne aussi que des années ont coulé depuis l’explosion de la violence. Et quand vient le temps de raconter ce qui s’est réellement passé, cela n’enlève rien à la tristesse que l’on ressent.

Dans ce premier poignant solo en carrière, Marilyn Castonguay passe de l’humour noir à la voix brisée et aux larmes discrètes avec maestria. Soutenue en cela par un metteur en scène qui a déjà arpenté ce chemin auparavant.

Mais il ne s’agit pas d’un mélo non plus. La réflexion est bien présente dans le texte du britannique Dennis Kelly et assume une place prépondérante dans la résolution du drame. Le dramaturge jongle ainsi avec plusieurs théories, expliquant ou non, la violence masculine.

Il n’y a plus grand chose des Grecs d’hier – ou même de Corneille et d’Anouilh – dans ce Médée d’aujourd’hui. La folie, même passagère, relève de l’explication facile, voire de la négation du problème. La colère, la jalousie, le pouvoir, le contrôle… mais encore.

Les filles et les garçons suggèrent que la société n’a pas encore commencé à se pencher véritablement et honnêtement sur l’omniprésence et l’omnipuissance, disons-le, de ce « mal » masculin. Il est millénaire. Profondément enfoui dans le tissu social, souvent caché, sans qu’on s’en rende compte, dans les paroles et les actions de tous et toutes depuis toujours.

Peut-être sommes-nous enfin prêt.e.s à envisager de faire cet essentiel examen de conscience, individuel et collectif, et d’instaurer, éventuellement, cette nécessaire révolution. Mayday!

Les filles et les garçons est présenté à La Licorne jusqu’au 22 février.

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