FTA: Des carnets de voyages, des balados et des questionnements à la pelle

Martin Faucher, photo Maude Chauvin

Nathalie de Han

L’annulation du 14e Festival TransAmériques, qui annonçait cette année une programmation époustouflante, a ajouté au silence que cette infecte pandémie a semé dans la ville. Envers et pour tous, le directeur artistique Martin Faucher et son équipe se sont efforcés d’offrir aux fidèles du FTA, une édition réflexive, à consulter en ligne et en sécurité, jusqu’à la fin des dates du festival – le 3 juin.

Ces dernières semaines, les aficionados du FTA ont remarqué que son directeur artistique Martin Faucher était très actif sur les réseaux sociaux et dans les médias. Débordant d’informations, il a choisi de publier sur le site du FTA un sympathique « blogue de quarantaine » intitulé La vie est là, dans lequel il révèle autrement les vingt-deux spectacles initialement programmés. Au travers d’agréables carnets, illustrés de magnifiques photos et sur un mode intimiste, il remonte, par petites touches impressionnistes, le fil du désir de la présentation des spectacles qui devaient nous éblouir ce printemps.

D’un coup, nous sommes confinés chez Martin Faucher, dans le secret de son appartement de la rue Marianne, à feuilleter avec lui ce beau programme, devenu tristement inutile. Nous suivons ses tribulations jusqu’à Hambourg lorsqu’il découvre le Requiem pour L. d’Alain Platel, pour revenir flâner au coin de la rue Berri, à Montréal, avec l’impétueux et bondissant chorégraphe Emmanuel Roque. Le dernier carnet, qui évoque le travail de la statuesque artiste punk nora chipaumire a été mis en ligne le 20 mai.

À compter du 27 mai, les entichés de balado s’intéresseront au travail de l’auteur-compositeur, musicien Antoine Bédard, aka Montag dans le monde de la musique électronique contemplative. Le DJ et complice de longue date du FTA signe la réalisation d’une série de balados. Les quatre rencontres Habiter la vie étaient initialement programmées sous la rubrique « Terrains de jeu » et devaient avoir lieu au quartier général du FTA.

Martin Faucher élabore : « Sans festivaliers ni tables rondes, ces balados ont semblé d’autant plus nécessaires; les contenus ont donc été remodelés en des conversations philosophiques accessibles, pour être pilotées par des sages issus du Québec contemporain».

Pleins feux sur la série de balados Habiter la vie

Dans le contexte actuel, il fallait absolument commencer par l’optimisme de l’autrice et enseignante en théorie politique Dalie Giroux. Vers la fin de quels systèmes avançons-nous ? Comment habiter, avec un zeste de dérision, une civilisation en perdition?

Dans une vision résolument décoloniale, Dalie Giroux propose Nos Ruines. La Grande Tortue ou la voûte céleste peuvent-elles toujours nous apprendre quelque chose en 2020? Échappent-elles encore à̀ l’horizon? Avec l’aînée et anthropologue abénakise Nicole O’Bomsawin et l’imam soufi Cheikh OMar Koné, Aurélie Lanctôt regardera vers Le ciel, thème du deuxième épisode.

Avec l’accalmie passagère du trafic automobile, nous les avons tous plus remarqués. L’ensemble des volatiles semblent bénéficier d’une saison exceptionnelle. De plus en plus d’individus s’intéressent à eux et Olivier Barden, un ornithologue mondialement reconnu, a accepté d’éclairer de pauvres festivaliers en mal de connaissances sur Les oiseaux, titre du troisième balado.

Enfin, le FTA a donné à l’écrivain, dramaturge, grand marcheur et observateur coutumier de la métropole, Daniel Canty le soin de refermer la série avec le quatrième et dernier balado, La somme des pas perdus.

La pandémie – l’occasion d’une réflexion obligée

Martin Faucher a le sentiment d’avoir été foulé au pied du mur par la force des choses, comme tous les organismes culturels de la métropole. Mais d’avoir réagi.

« Ça a commencé par une idée et l’énergie qu’elle a dégagée nous a suffisamment dynamisés pour que j’ai ensuite eu envie de poursuivre et de creuser les notions de festival et de direction artistique. »

« Il faut saisir le temps qu’offre cette parenthèse forcée pour questionner la position du FTA, analyser profondément le festival et notre pratique festivalière; c’est là que nous trouverons l’énergie de continuer, ajoute le Montréalais. Cette pandémie mondiale est une occasion unique de faire avancer des choses de connivence avec le public. »

Martin Faucher se sent parfois incompris. « Pourtant, les institutions théâtrales, la diversité esthétique, j’y crois… Mais la générosité et l’espace qui stimulent la réflexion ont besoin d’outils et c’est pour ça qu’il faut les murs ! ».

Le directeur artistique s’arrête. Pour arriver à produire P.O.R.N., de Christian Lapointe + Nadia Ross (FTA-2020 – Annulé), pour créer une partie ou l’ensemble du travail que Marie Brassard a mené avec sa compagnie Infrarouge, depuis le FTA – 2001, pour mener à bien l’inoubliable et titanesque Tragédies romaines de IVO VAN HOVE (FTA -2010) … « Ça prend des murs et des outils contemporains », articule Martin Faucher, une indéniable charge de désespoir dans la voix.

Tragédies romaines, photo: Jan Versweyveld

Prudence

La prudence est de mise et la vie humaine demeure bien évidemment la valeur absolue. Les artistes font partie intégrante d’une réalité économique et spirituelle mais comment tirer parti de l’expérience actuelle pour envisager l’avenir?

« Il faut être attentif à chaque détail, le FTA est plus vulnérable qu’à ses débuts, souffle Martin Faucher. Je suis triste mais pas désespéré, même si une énorme question se pose, évidemment. Comment se porteront les arts de la scène en septembre, en novembre, en décembre? Le festival, qui devait souligner cette saison le trente-cinquième anniversaire de la fondation du Festival de Théâtre des Amériques(1985), pourrait-il poursuivre un jour ou reprendre son parcours? « 

« Il y a péril en la demeure. Et la majorité des œuvres qui devaient prendre l’affiche de l’édition 2020 du FTA convoquaient l’idée de la mort et de la fin de certains systèmes », répète Martin Faucher, rétrospectivement frappé par autant de clairvoyance artistique

Habiter la vie sera disponible à compter du 27 mai au fta.ca et sur les plateformes d’écoute Balado Québec, iTunes Podcasts, Google Play, Soundcloud, Spotify.

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