Théâtre : La fissure ou tenter de sortir de sa coquille

Photo: La Licorne

Amélie Dallaire nous présente La fissure. Cette dernière pièce de la saison à la Petite licorne a été lue l’an dernier au festival Jamais lu. Sa première oeuvre, Queue cerise, remonte à 2016. La fissure explore les replis subconscients de l’âme humaine au sein d’une relation de couple difficile, qu’elle joue avec Mathieu Quesnel. Un huis-clos fort étrange sur l’incommunicabilité dont la dramaturge-metteuse en cène-comédienne nous parle avec passion.

Question: Est-ce que le texte a changé depuis sa présentation l’an dernier. Est-ce qu’on reste toujours dans un climat un peu surréaliste?

Amélie Dallaire: Oui. On a changé un peu la structure et j’ai enlevé des choses qui m’apparaissaient trop concrètes. On identifie les difficultés de communication que ce couple a, mais je ne voulais pas que ce soit explicite. Je cherchais un certain mystère. J’ai fait la mise en scène avec Solène Paré, comme œil extérieur, et je fais beaucoup d’écriture sur le plateau également. Ça m’ aide à révéler des choses qui ne se voyaient pas lors de l’écriture.

Q: Ça ressemble presque à une situation idéale pour le travail, créer en direct avec toute l’équipe?

AD: En tout cas, je suis en train de découvrir les différents aspects du métier. Je ne suis pas, au départ, une metteure en scène, donc j’avais quelques craintes. Comme je joue dedans aussi, c’est très prenant. Mais j’avais le goût de prendre ce risque-là. Au pire, je me serai trompée, mais ça fera partie de mon cheminement.

Q: Est-ce qu’on peut dire, à la lecture du texte, que le couple est mal en point de nos jours?

AD: Ça dépend de la vision qu’on en a et de nos attentes face à ça. C’est un moule qu’on ne remet pas assez souvent en question à mon avis. C’est une structure pré-existante qu’on a de la difficulté à revoir, revisiter.

Q: Dans la pièce, tout semble matière à quiproquos et malentendus. On ne sait pas trop ce qui se passe comme lecteur et le couple ne semble pas toujours le savoir non plus. Ça frôle la malaise. On n’est pas vraiment dans le réalisme.

AD: Je suis tellement dedans la pièce que c’est devenu quasiment normal pour moi, ce couple. J’ai beaucoup réfléchi à la question du réalisme. La réalité est propre à chacun, en fait. Au théâtre, un spectacle réaliste ça ne veut rien dire à mes yeux. Parfois, c’est absurde la réalité. La réalité au théâtre, ce n’est pas un genre pour moi.

« Je tente de traduire dans la pièce la singularité de l’expérience de ce couple. Ils ne comprennent pas parfois pourquoi ils réagissent d’une certaine façon ou d’une autre. C’est pareil dans toute relation humaine, je crois. »

Q: C’est un peu comme si nous avions accès au subconscient des personnages.

AD: En fait, ils ne sont pas du tout conscients. Ce ne sont pas des gens habiles avec la parole. Ils ne font pas de thérapie de couple, alors ils sont un peu possédés par quelque chose. Ils portent des œillères et ont une mémoire de poisson.

Q: L’incommunicabilité est le thème central de la pièce. Cela crée un climat où l’on arrive pas à se rejoindre vraiment.

AD: C’est difficile de communiquer parce qu’on n’est pas toujours conscients de nos besoins et on ne se connaît pas toujours soi-même. Même si on parle bien, on ne sait pas ou on ne voit pas tout ce qu’il y a à l’intérieur. On n’a tous une vie intérieure riche, mais ce n’est pas tout le monde qui arrive à l’exprimer. Il y a quelque chose d’injuste là-dedans. C’est probablement pour ça que je fais du théâtre. Pour pouvoir mettre en scène la difficulté de parler. Le théâtre, c’est pratique pour ça.

Q: La fissure, dans le fond, est-elle en chacun de nous?

AD: Bonne question. Sûrement. En fait, je ne me souviens pas de la raison exacte du titre. Ce n’est pas concret en tout cas. Une fissure est une ouverture aussi, une porte qui permet l’éveil. Une fissure dans l’opacité.

Q: Comment avez-vous procédé pour la mise en scène?

AD: Je travaille avec Mathieu depuis de nombreuses années. On s’est connus au Conservatoire. On a beaucoup éprouvé ce texte-là. Le ton était déjà là. Solène a agi pour la mise en place, la précision, la trajectoire des corps et les intentions. Elle était essentielle au processus. Je suis très bien entourée. C’est la première fois que j’ai une directrice de production. Toutes ces collaborations, c’est très précieux.

La fissure est présentée à la Petite Licorne du 6 au 24 mai.

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