Catégorie : Théâtre

FTA: 46 chromosomes

Tous des oiseaux est présenté jusqu’à lundi au Théâtre Jean-Duceppe

Tous des oiseaux, photo: Simon Gosselin

La nouvelle pièce de Wajdi Mouawad, Tous des oiseaux, est un grand texte interprété par de merveilleuses.x actrices.teurs dans une mise en scène dépouillée qui ne se risque jamais à venir embrouiller les enjeux complexes représentés. Un spectacle de quatre heures qui passe très vite, fort émouvant par moments et tout autant édifiant le reste du temps.

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Théâtre: Les mutants débarquent au FTA

Avec 23 spectacles, dont 9 premières mondiales et 11 premières nord-américaines, le 13e FTA verra des mutants débarquer sur les scènes montréalaises du théâtre et de la danse dès mercredi. La terre change, ses habitants aussi. C’est devant un futur incertain que les artistes ont créé des pièces et chorégraphies se glissant parfaitement dans le thème de cette année, Sortir de soi. Cette extraction nous amène des personnages étranges, hauts en couleurs, des humains numériques, à tout le moins métamorphosés, des créatures dénaturées ou presque humaines. Voyez plutôt:

Théâtre: La vie de l’objet selon le Théâtre de la Pire Espèce


L’anatomie de l’objet est présentée du 21 au 25 mai aux Écuries
crédit photo: Julie Vallée-Léger

Le Théâtre de la Pire espèce a 20 ans. Un parcours exceptionnel pour une compagnie travaillant avec le petit, mais ayant tourné en grand dans plusieurs pays. Les fondateurs et codirecteurs artistiques Olivier Ducas et Francis Monty ont créé un répertoire impressionnant de pièces utilisant objets, masques, ombres chinoises, projections… Issus respectivement de formation en interprétation et en écriture dramatique, ils sont les auteurs d’une véritable oeuvre où l’imaginaire fait entendre ce qui est muet de nature. Les deux créateurs reviennent avec nous sur leurs années de totale liberté artistique. Leur expérience est forte d’enseignements pour quiconque s’intéresse à la création théâtrale.

Théâtre: Une Licorne équitable en 2019-2020

Huit artistes prenant part aux productions de la saison
2019-202 à La Licorne

On en parle trop ou pas assez, selon le point de vue. Les plus récentes statistiques démontrent que la situation ne s’est guère améliorée depuis trois ans à Montréal en ce qui a trait à l’équité pour les femmes au théâtre. Il faut tout de même rapporter les bonnes nouvelles quand c’est le cas. La Licorne réalisera l’équité entre le nombre de femmes et et d’hommes à l’écriture et à la mise en scène la saison prochaine. Sans compter les reprises, mais incluant les 5 à 7, les 14 nouvelles productions des deux salles de la rue Papineau constitueront une affiche « équitable » en 2019-2020.

Théâtre: (Re)construire aujourd’hui

Pas question de se reposer sur les lauriers d’un 50e anniversaire bien occupé au Centre du Théâtre d’aujourd’hui. Le directeur artistique Sylvain Bélanger a plutôt choisi de se relever les manches en 2019-2020 et de tendre les bras vers la(les) communauté(s) d’un Québec divisé par mille questions plus ou moins existentielles. Le CTDA se demande ce que l’on peut (re)construire et/ou (re)commencer ensemble aujourd’hui. D’ailleurs, des travaux de rénovation repousseront le début de la programmation jusqu’à la mi-novembre.

Sylvain Bélanger, photo: Valérie Remise

Théâtre : La fissure ou tenter de sortir de sa coquille

Photo: La Licorne

Amélie Dallaire nous présente La fissure. Cette dernière pièce de la saison à la Petite licorne a été lue l’an dernier au festival Jamais lu. Sa première oeuvre, Queue cerise, remonte à 2016. La fissure explore les replis subconscients de l’âme humaine au sein d’une relation de couple difficile, qu’elle joue avec Mathieu Quesnel. Un huis-clos fort étrange sur l’incommunicabilité dont la dramaturge-metteuse en cène-comédienne nous parle avec passion.

Scènes de la vie conjugale: l’imparfaite amitié

La pièce Scènes de la vie conjugale est présentée au Quat’Sous jusqu’au 10 mai.

En grand lecteur intelligent qu’il est, James Hyndman a fait de l’oeuvre bergmanienne Scènes de la vie conjugale un spectacle pertinent, bien construit et astucieux sur le (non)amour et le couple, l’amitié, surtout, qui, elle, survit à tout.

Télésérie et film, l’oeuvre Scènes de la vie conjugale d’Ingmar Bergman n’a guère vieilli dans cette adaptation scénique présentée au Quat’Sous. Toute personne ayant connu la vie de couple saura se reconnaître en Marianne et Johan. Dans leurs vérités et mensonges, petites et grandes lâchetés, faux-semblants et vrais désespoirs.

Théâtre : Jamais Lu/never read

Les codirecteurs artistiques du 18e Festival du Jamais lu: Marcelle Dubois, Alexis Diamond, Nahka Bertrand et Pascal Brullemans. Photo: David Ospina

Le 18e Festival du Jamais lu sera le plus multilingue never présenté. La cinquantaine d’autrices et auteurs participant.e.s sont Montréalais∙e∙s, Manitobain∙e∙s, Anishinaabes, Croates, Dénés, Ontarien∙ne∙s, Huron∙ne-wendat, Malécite, francophones et anglophones. Non, le Jamais lu n’a pas attrapé la fièvre identitaire, il tend plutôt des passerelles, des ponts, des liens. Bref, il répartira un vaccin appelé « Franchir les solitudes » du 2 au 11 mais au Théâtre aux Écuries.

« Parce que les artistes ont beaucoup plus en commun qu’en désaccord », de souligner la co-directrice artistique de cette année, Alexis Diamond. La directrice de l’événement, Marcelle Dubois, l’a convaincue de partager les tâches artistiques avec également, Nahka Bertrand et Pascal Brullemans. Le quatuor a accouché d’une programmation internationale puisque le Jamais lu présentera les textes des autrices françaises Aurianne Abécassis (Taïga) et de Sonia Ristic (Yalla!)

La fête des mots s’ouvrira lors d’un garden party mijoté par Alix Dufresne (La déesse des mouches à feu, voté meilleur spectacle de l’année 2017-2018 par l’AQCT) et qui mettra en vedette les voix de Simon Boulerice, Nicole Brossard, quatre jeunes actrices qui ont joué dansLes déesses, Manal Drissi, Frannie Holder, Frances Koncan, Ricardo Lamour, Geneviève Petterson et Gabriel Robichaud.

Les auteurs et autrices d’ici qui seront lus cette année sont Mellissa Larivière,
Dillon Orr et Lionel Lehouiller, Alexis Diamond et Hubert Lemire, Maxime Champagne, Karine Sauvé, Mathilde Eustache. Un défi intéressant a été lancé également à 12 poètes qui ont reçu la commande d’écrire comme si elles.ils allaient mourir le lendemain de leur spectacle: Charlotte Aubin, Virginie Beauregard D., Daria Colonna, Carole David, Marie-Élaine Guay, Benoit Jutras, Daniel Leblanc-Poirier, Jean-Christophe Réhel, Emmanuel Schwartz et Maude Veilleux.

La traduction de la pièce, Mouthpiece, du duo Amy Nostbakken et Norah Sadava (Toronto) sera présentée par Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent. Miranda & Dave recommencent encore, de Rhiannon Collett (Toronto), a été traduit par Éric Noël et sera mis en lecture par Sophie Cadieux. Gabrielle Chapdelaine, de son côté, présentera zaghidiwin / amour, de Frances Koncan (Winnipeg).

Enfin, le spectacle franco-anglo-créole-italien, concocté par Tamara Brown, de la famille du Play Wright Workshop et du Théâtre Centaur, sera un happening de clôture mettant de l’avant les voix de Jessica Beauplat, Michaela DiCesare, Phoenix Inana, Naïma Phillips, Deanna Smith, Elena Stoodley, Danette Mackay, Anton May et Tamara Brown.

Infos et billets: jamaislu.com

Théâtre : Sombres trentenaires

Lignes de fuite de Catherine Chabot, mise en scène de Sylvain Bélanger


crédit: Christian Blais : FH-Studio

La troisième pièce de Catherine Chabot, l’une des dramaturges les plus intéressantes de la nouvelle génération, aborde le champ sociopolitique. Lignes de fuite place trois couples dans un environnement électro-magnétique anxiogène. Sa pièce la plus sombre, confie l’autrice en entrevue.

Après Table rase et Dans le champ amoureux, Catherine Chabot ouvre l’obturateur de sa caméra hyperréaliste pour toucher au social et au politique. L’amitié, voire l’amour entre femmes, de sa première pièce s’y trouvent, les relations hommes-femmes de son deuxième opus aussi, mais, cette fois, elle nous peint un plan plus large de trentenaires au bord de la crise de nerfs vivant un certain pessimisme face à l’avenir.

Catherine Chabot, qui se définit comme une romantique déçue, estime avoir écrit sa pièce la plus « noire, angoissée, inquiétante ».

« Les personnages sont ironiques, cyniques. Dans ma vie, j’emploie ce cynisme comme couche de protection pour ne pas souffrir. Les personnages de la pièce souffrent. Ils sont dans le détachement à outrance, mais leur humanité se laisse découvrir. Plus la soirée avance, plus on a accès à leur vérité. Leur cynisme est un manque de confiance en soi, dans l’autre et dans le monde.»

Catherine Chabot, crédit: Valérie Remise

Dans cette sorte de Déclin de l’empire américain très contemporain, les êtres de langage que sont les personnages se posent la question de « la gauche versus la droite » au Québec. La dramaturge fait dire à l’un d’eux que les Québécois, les Occidentaux en fait, sont tous de… droite!

Divulgâcheur : les points de suspension seront nombreux dans ce texte. Catherine Chabot possède ce débit rapide et exclamatif de son âge. Comme si le temps pressait tout le temps et qu’il fallait faire porter la voix et la pensée toujours plus loin.

« Les postures de gauche ou de droite sont nourries par des affects, des affaires personnelles qui ne se nomment pas, qui se cachent, croit-elle. C’est un costume qu’on porte. Être de gauche c’est impliquant, c’est mettre le pied dans un processus de changement du monde, mais il faut accepter de prendre en considération l’interlocuteur. »

À l’opposé, la droite peut sembler avoir la vie facile. Ses partisans jouent la carte de la peur, de la victimisation dont est responsable « l’élite », et ils se disent menacés par l’immigration « massive ».

« C’est plus facile d’adhérer à ce discours à la négative, ajoute-telle, plutôt que d’aller vers le positif, d’emprunter notre ligne de fuite collective. Redéfinissons-nous comme société ouverte. Ayons un projet! Je le prends de façon poétique, mais dans la pièce, j’essaie toujours d’amener les idées sur le plancher des vaches.»

Benoît Drouin-Germain, crédit Valérie Remise

Le public qui s’intéresse à son écriture depuis le début ne sera pas dépaysé par les archétypes qu’on retrouvera dans la pièce: trois couples d’amoureux qui vont faire, en quelque sorte, table rase de certaines idées reçues.

« Mon processus travail est extrêmement ancré dans le politique. C’est la politique à l’intérieur des relations. C’est ça qu’on veut voir sur scène et que j’ai constaté avec mon conseiller dramaturgique, Guillaume Corbeil. Il m’aide beaucoup. »

Pendant un an, Catherine Chabote a consulté des doctorants en philo et en physique, une urbaniste, un bûcheron, un avocat. Elle voulait se nourrir du Québec d’aujourd’hui. Un ici-maintenant des jeunes trentenaires après le printemps érable et en plein « vertige » du réchauffement climatique. Depuis ses débuts, Catherine Chabot y arrive en sachant bien s’entourer.

«L’équipe d’acteurs est excellente et les concepteurs aussi. On a Zébulon qui fait sa première scénographie. C’est très impressionnant! L’environnement qu’il a créé est très beau. Il s’intéresse à la communication dans un espace donné, entre acteurs, entre la scène et le public. Il y a quelques miroirs sur scène qui fait en sorte que les spectateurs peuvent se voir. »

Léanne Labrèche-Dor, crédit Valérie Remise

Catherine Chabot demeure cette jeune autrice qui réfléchit, qui lit beaucoup d’essais. La beauté de ses textes réside dans la transposition de ses recherches en des dialogues crus et des postures archétypales des uns et des autres. En toute franchise.

« Quand j’ai commencé à écrire, ça ressemblait à un théâtre-forum. J’appelais ça les chroniques de l’ennui! Il a fallu que j’épure pour en extraire le suc. Je voulais aussi parler de souveraineté, mais finalement cela faisait dévier le propos qui porte plutôt sur l’avenir.»

À LIRE dans le magazine 3900 du CTDA, l’excellent texte de Marie-Sophie Banville : On est « toute » de droite: le fil de ta fureur.

« Ma pièce, poursuit Catherine Chabot, parle de la valeur qu’on s’accorde à soi et aux autres. Il y a vraiment la question de « l’enfer c’est les autres ». Aujourd’hui, les comédiens sont presque forcés à devenir des entreprises qui gèrent cette réalité. Cette marchandisation du monde me déprime beaucoup. Le néo-libéralisme a même pris d’assaut le langage.»

Son propre personnage de Gabrielle dans la pièce a étudié en communications, travaille à Radio-Canada, mais a toujours voulu être actrice.

« Il y a quelque chose dans la gauche qui peut être condescendant parfois par rapport à la banlieue et certains mode de vie, par exemple. Je suis allergique aux cliques et à la bien-pensance. J’ai des idées de justice sociale, mais la gauche qui se prend pour une autre, je trouve ça imbuvable. Quand les masques tombent, d’ailleurs, Gabrielle sera un peu ramenée à l’ordre. »

Après la présentation de ses deux premières pièces à Espace libre – Table rase, écrite en collaboration avec Brigitte Poupart, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin qui sera présentée au Théâtre La Chapelle la semaine prochaine en anglais – Catherine Chabot débarque au Théâtre d’aujourd’hui. Le directeur de la salle qui célèbre ses 50 ans, Sylvain Bélanger, met en scène Lignes de fuite.

« J’ai été chanceuse avec les metteurs en scène. Ce sont des directeurs d’acteurs formidables – les deux premiers étant Brigitte Poupart et Frédéric Blanchette – et Sylvain est tout désigné pour le faire. Il travaille le texte comme une partition. Il est d’une précision parfaite pour faire se rencontrer les personnages. J’en suis honorée. Il m’a fait découvrir des choses que je n’avais pas vues dans mon texte! »

Lignes de fuite est présentée au Théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 6 avril.