Catégorie : Entrevue

Théâtre: La vie de l’objet selon le Théâtre de la Pire Espèce


L’anatomie de l’objet est présentée du 21 au 25 mai aux Écuries
crédit photo: Julie Vallée-Léger

Le Théâtre de la Pire espèce a 20 ans. Un parcours exceptionnel pour une compagnie travaillant avec le petit, mais ayant tourné en grand dans plusieurs pays. Les fondateurs et codirecteurs artistiques Olivier Ducas et Francis Monty ont créé un répertoire impressionnant de pièces utilisant objets, masques, ombres chinoises, projections… Issus respectivement de formation en interprétation et en écriture dramatique, ils sont les auteurs d’une véritable oeuvre où l’imaginaire fait entendre ce qui est muet de nature. Les deux créateurs reviennent avec nous sur leurs années de totale liberté artistique. Leur expérience est forte d’enseignements pour quiconque s’intéresse à la création théâtrale.

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Littérature: Gilles Archambault, écrivain véritable

Gilles Archambault, Tu écouteras ta mémoire, Boréal, 133 pages.

Gilles Archambault ne souffrirait pas qu’on dise qu’il a une voix discrète. Dans la vie ou en littérature. Dans le sens d’À voix basse (1983), il écrit depuis 1963 en faisant preuve d’Une suprême discrétion. Pour ce grand amateur de musique, pas que le jazz détrompez-vous, il importerait surtout de reconnaître que sa voix n’émet pas de fausse note. Elle n’a pas besoin de crier pour se faire comprendre. Elle n’a pas à passer à la télévision pour s’exprimer. C’est celle d’un véritable écrivain.

Théâtre : La fissure ou tenter de sortir de sa coquille

Photo: La Licorne

Amélie Dallaire nous présente La fissure. Cette dernière pièce de la saison à la Petite licorne a été lue l’an dernier au festival Jamais lu. Sa première oeuvre, Queue cerise, remonte à 2016. La fissure explore les replis subconscients de l’âme humaine au sein d’une relation de couple difficile, qu’elle joue avec Mathieu Quesnel. Un huis-clos fort étrange sur l’incommunicabilité dont la dramaturge-metteuse en cène-comédienne nous parle avec passion.

Littérature: Cassie Bérard se joue du chat et de la souris

Le troisième roman de Cassie Bérard, La valeur de l’inconnue, décline la démarche singulière de l’autrice vers des modes narratifs à la fois étranges et exultants. Lire Cassie Bérard relève d’un plaisir intellectuel et littéraire immense. La valeur de l’inconnue parle de notre monde binaire, mais infini, porté par des personnages contradictoires, qui souffrent. C’est un roman dense, philosophique. Une narration extrême. Les yeux félins et la plume précise de Cassie Bérard nous guident dans un jeu dont on ne comprend les règles qu’à la fin, encore que… La romancière se joue, dans le fond, et du chat et de la souris. Entretien fascinant sur les paradoxes de l’écriture et de la lecture dans un univers quantique.

Divers: Chute libre, la spirale de la condition humaine

La chorégraphe et cinéaste Dana Gingras a collaboré avec Marie Brassard (texte et narration) pour créer Chute libre, un film immersif présenté à la SAT jusqu’au 27 avril. Cette expérience allie l’intelligence d’une forme maîtrisée par la réalisatrice à la qualité de la réflexion de la dramaturge pour créer un continuum narratif convaincant sur la réalité organique de la condition humaine.

Littérature: Hélène Frédérick, adolescence explosive

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Hélène Frédérick, la nuit sauve, Verticales, 178 pages

Le troisième roman d’Hélène Frédérick, la nuit sauve, se déroule en pleine campagne québécoise. L’autrice, qui vit en France depuis 12 ans, possède une langue et un style qui lui sont propres et qu’elle utilise pour raconter la violence du passage vers l’âge adulte d’une jeunesse attachante, mais inquiète. À la fin de l’année scolaire, ces ados vont foirer dans un champ de blé d’inde pour faire un périlleux pied de nez aux interdits.

Littérature: Amours mexicaines

Françoise Major
Crédits : Justine Latour et Le Cheval d’août

Le deuxième recueil de nouvelles de Françoise Major, Le nombril de la lune, dévoile une large mosaïque d’expériences mexicaines. L’autrice a écrit 27 textes qui rendent compte des splendeurs et des douleurs de la capitale du Mexique. Des histoires violentes, truculentes, étranges, joyeuses. À l’image d’une mégalopole de plus de 20 millions d’habitants que Françoise Major aime profondément.

La très forte envie de parler espagnol. C’est ce qui a amené la diplômée en création littéraire de l’UQAM à passer six ans au Mexique. En touriste, Françoise Major avait auparavant visité la capitale du pays et les États de Oaxaca et de Chiapas.

« J’étais fascinée par le chaos, un chaos qui fonctionne. Je me suis dit que j’aimerais y vivre. J’ai cherché du travail partout en Amérique latine pour parfaire mon espagnol et j’ai trouvé un poste d’assistante de langues à Mexico. »

L’autrice était consciente du fait que la ville avait mauvaise réputation en raison de la violence et de la corruption, mais les rumeurs ne l’ont jamais arrêtée. Françoise Major pense même y retourner.

« Avec le recul, en étant à Montréal, il m’arrive de m’ennuyer tellement que je sens que je suis en peine d’amour. Je n’irais pas n’importe où au Mexique. C’est Mexico qui m’attire. Il y a eu des moments plus difficiles pendant six ans, mais à la fin je voulais rester. »

Elle a retravaillé et terminé son premier recueil de nouvelles là-bas (Dans le noir jamais noir, La mèche, prix Adrienne-choquette 2014), un livre qu’elle avait commencé à Montréal. La Néo-Mexicaine a œuvré ensuite comme traductrice-correctrice dans la capitale. La ville l’a happée avec ses fantômes, ses exagérations, sa vie trépidante, colorée, vibrante.

« Le lien entre mon premier livre et celui-ci, c’est qu’ils traitent tous les deux des petites violences au quotidien. J’étais nourrie par de nouvelles histoires dans de nouveaux lieux. Plus je parlais espagnol, plus j’avais envie de travailler avec cette langue qui ouvrait mes perspectives. De plus, les Mexicains aiment beaucoup se raconter. »


Françoise Major, Le nombril de la lune, Le Cheval d’août, 288 pages

Jungle créative

Exploratrice et chercheuse d’or, Françoise Major s’est ainsi retrouvée devant une jungle créative luxuriante. Elle écoutait, prenait des notes, interviewait les gens sur leur vie. Les pépites ont suivi. « Je ne me suis jamais fait dire non », précise-telle.

Pour démêler les fils réels et imaginaires, l’écrivaine a dû procéder par thèmes et choisir les histoires qui, spontanément, la touchait davantage. Dans ses fables où l’émotion est très présente, l’esprit inventif de l’autrice, s’est superposée aux réalités qu’elle décrit. La ville de Mexico a représenté pour elle une étincelle qui a fait exploser les possibilités narratives. Elle exploite ce filon avec agilité tout en slalomant entre les clichés: violence, narcos, corruption .

« Il y a mille Mexicos. Mais il ne faut pas oublier que la responsabilité des problèmes attribués au Mexique se situe souvent ailleurs. La demande de drogue vient des États-unis qui vendent des armes aux narcos. La position du Canada, de son côté, est de croire à la justice mexicaine, ce qui représente aussi un problème. »

Édition

Son éditrice, Geneviève Thibault et elle ont cherché longtemps le bon ordre pour les 27 histoires. Le thème, l’angle, le ton, le contenu change à chaque nouvelle. On passe, entre autres, d’une critique sociale, au thème récurrent de la mère mexicaine, en passant par une suite amoureuse divisée en cinq parties dans le livre.

Françoise Major s’intéresse aussi à plusieurs genres. Un peu de poésie ici, des haïkus ailleurs. « Je voulais que le livre soit éclaté comme la ville. À chaque sortie à Mexico, on sait qu’on va tomber sur quelque chose de bizarre. Mais je ne voulais pas parler que de violence. Je voulais montrer à quel point Mexico peut être une ville festive et plaisante. »

L’un des textes les plus crus, Numéro 140301751, traite de la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa en 2015, une histoire scandaleuse qui s’est déroulée durant le sextennat de l’ex-président Enrique Peña Nieto.

« Ça a été dur à écrire parce que je ne voulais pas dire n’importe quoi. donc, je suis allée voir les documents visuels. Au Mexique, il n’y a pas de censure sur les photos. Tout est sur internet. Ce n’est pas recommandé de les voir, j’en ai fait des cauchemars. »

Un autre texte cite l’ex Pink Floyd Roger Waters (Rogelio Aguas, comme traduisent les Mexicains) qui a exigé, dans un concert devant 100 000 spectateurs au Zócalo (la place centrale) de Mexico, la démission du président Peña Nieto.

« Te pido perdon, amigo, me estoy volviendo loco », que je réussis à articuler.

Je me laisse tomber sur son lit recouvert d’une horreur bleue où un tigre a été tracé à coups de lignes noires, je m’enfonce dans la douceur fabriquée de la couverture, dans la plainte aiguë du matelas. Un goût âcre se répand dans ma bouche. Je suis atteint de la maladie de la jalousie. »

Suite Deux oiseaux, un chemin 4. Cacatoès ou coq dans Le nombril de la lune

Anti-clichés

L’autrice aime, par ailleurs, brouiller les pistes dans ce livre au rythme maîtrisé. Françoise Major (d)écrit l’inattendu et imagine des rencontres improbables. La touchante amitié entre un enfant et son chien dans Feu follet ou dans la nouvelle, Hoy por ti, mañana por ti (Aujourd’hui pour moi, demain pour toi), la situation où un collégien tisse d’étranges liens avec un assassin.

« C’est une idée de mon copain, qui est Mexicain, c’est-à-dire que doit-on faire en présence d’un criminel? Le plus simple est probablement de l’avoir de son côté. Il y a une humanité quand même dans cette histoire. »

Le titre du recueil, Le nombril de la lune, renvoie au nom Mexico qui est composé de deux mots aztèques signifiant lune, centre ou nombril et lieu. Selon la légende, comme l’explique l’ultime texte, la déesse de la lune Coyolxauhqui aurait été démembrée par ses 400 fils sous la commande de leur soeur jalouse…

Des notes explicatives, un glossaire fort utile et des suggestions de chansons populaires finissent, par ailleurs, de nous éclairer au terme de ce recueil au contenu fort relevé. Et « que ¡viva Mexico cabrones! »

Les photos suivantes (réalisées sur support argentique) sont de Françoise Major

Chocs culturels

Partenaire de libre-échange avec le Canada et les États-Unis, le Mexique est un pays nord-américain fort différent de ses voisins. À Mexico, l’exubérante culture latine déploie des ailes multicolores. Un Mexique peut aussi en cacher un autre et les chocs culturels s’avèrent nombreux… et inspirants!

Relations amoureuses

« Il y a beaucoup de jalousie, d’affaires très compliquées, des conjoints contrôlants, de la trahison. Des trucs à la fois complexes et enfantins qui me donnaient envie d’écrire à ce sujet. Les garçons peuvent être intenses et ils doivent toujours faire le premier pas. »

L’humour

« Leur humour est une façon d’exprimer une certaine impuissance devant la réalité. Ils détournent tout et c’est vraiment drôle, mais je crois qu’il faut arrêter de rire éventuellement. »

Religion

« Ça peut changer d’une famille à l’autre, mais je crois que la religion est devenue une habitude pour eux. C’est davantage présent qu,ici, mais c’est plus comme une raison de se rassembler, d’être ensemble. Je ne suis pas sûre qu’ils ont une telle ferveur religieuse. « 

La violence

« À la sortie d’un spectacle de la chanteuse féministe Paquita del Barrio, mon copain et moi avons failli être attaqué au centre-ville. Deux hommes menaçants nous ont suivi et se sont approchés de nous. Finalement, l’un d’eux m’a demandé s’il pouvait me prendre dans ses bras. J’étais certaine qu’il allait me voler, mais il nous a laissés partir. »

Corruption

« Ce sont des questions complexes, mais il y a beaucoup de corruption entre les narcos, les gouvernements, la police. Ce qui fait en sorte que les Mexicains ne croient plus aux médias d’information. Ils estiment que les véritables coupables s’en tirenttoujours et ils ont probablement raison. »

Roma

« Quand j’ai vu Roma récemment, j’ai senti qu’il y avait un lien avec moi puisque j’ai écrit une nouvelle (Socorro) qui parle d’une quasi-noyade comme dans le film. C’est une thématique importante, celle de la mère et de la mer. Il y a une transformation qui arrive dans l’eau. Ce film m’a énormément touchée. »

L’avenir

« Selon moi, il y a de l’espoir en ce moment. On le sent chez les gens. en même temps, les problèmes sont grands. La corruption et l’impunité sotn très répandus, mais le nouveau président semble vouloir changer les choses. »

Ses suggestions de lectures mexicaines

Raconte-moi la fin, Valeria Luiselli, Éditions de l’Olivier

« C’est une écrivaine incontournable, une lecture importante qui porte sur le tribunal d’immigration américain qui reçoit les enfants et adolescents qui arrivent seuls aux États-Unis. Très touchant »

¿Te vere en el desayuno?, Guillermo Fadanelli, Almadia

« Je ne sais pas si c’est traduit en français, mais ce sont quatre histoires interconnectées très drôles. C’est très dur aussi. C’est ça Mexico, c’est rigolo avec des personnages fantastiques. »

Mexico quartier Sud, Guillermo Arriaga, Phébus

« C’est lui qui a écrit le scénario du film de Gonzalez Iñarritu , Amores perros, que j’ai revu récemment. C’est un grand film. Son recueil de nouvelles est très bien écrit. Le premier texte est à hurler tellement c’est violent. »

Théâtre : Sombres trentenaires

Lignes de fuite de Catherine Chabot, mise en scène de Sylvain Bélanger


crédit: Christian Blais : FH-Studio

La troisième pièce de Catherine Chabot, l’une des dramaturges les plus intéressantes de la nouvelle génération, aborde le champ sociopolitique. Lignes de fuite place trois couples dans un environnement électro-magnétique anxiogène. Sa pièce la plus sombre, confie l’autrice en entrevue.

Après Table rase et Dans le champ amoureux, Catherine Chabot ouvre l’obturateur de sa caméra hyperréaliste pour toucher au social et au politique. L’amitié, voire l’amour entre femmes, de sa première pièce s’y trouvent, les relations hommes-femmes de son deuxième opus aussi, mais, cette fois, elle nous peint un plan plus large de trentenaires au bord de la crise de nerfs vivant un certain pessimisme face à l’avenir.

Catherine Chabot, qui se définit comme une romantique déçue, estime avoir écrit sa pièce la plus « noire, angoissée, inquiétante ».

« Les personnages sont ironiques, cyniques. Dans ma vie, j’emploie ce cynisme comme couche de protection pour ne pas souffrir. Les personnages de la pièce souffrent. Ils sont dans le détachement à outrance, mais leur humanité se laisse découvrir. Plus la soirée avance, plus on a accès à leur vérité. Leur cynisme est un manque de confiance en soi, dans l’autre et dans le monde.»

Catherine Chabot, crédit: Valérie Remise

Dans cette sorte de Déclin de l’empire américain très contemporain, les êtres de langage que sont les personnages se posent la question de « la gauche versus la droite » au Québec. La dramaturge fait dire à l’un d’eux que les Québécois, les Occidentaux en fait, sont tous de… droite!

Divulgâcheur : les points de suspension seront nombreux dans ce texte. Catherine Chabot possède ce débit rapide et exclamatif de son âge. Comme si le temps pressait tout le temps et qu’il fallait faire porter la voix et la pensée toujours plus loin.

« Les postures de gauche ou de droite sont nourries par des affects, des affaires personnelles qui ne se nomment pas, qui se cachent, croit-elle. C’est un costume qu’on porte. Être de gauche c’est impliquant, c’est mettre le pied dans un processus de changement du monde, mais il faut accepter de prendre en considération l’interlocuteur. »

À l’opposé, la droite peut sembler avoir la vie facile. Ses partisans jouent la carte de la peur, de la victimisation dont est responsable « l’élite », et ils se disent menacés par l’immigration « massive ».

« C’est plus facile d’adhérer à ce discours à la négative, ajoute-telle, plutôt que d’aller vers le positif, d’emprunter notre ligne de fuite collective. Redéfinissons-nous comme société ouverte. Ayons un projet! Je le prends de façon poétique, mais dans la pièce, j’essaie toujours d’amener les idées sur le plancher des vaches.»

Benoît Drouin-Germain, crédit Valérie Remise

Le public qui s’intéresse à son écriture depuis le début ne sera pas dépaysé par les archétypes qu’on retrouvera dans la pièce: trois couples d’amoureux qui vont faire, en quelque sorte, table rase de certaines idées reçues.

« Mon processus travail est extrêmement ancré dans le politique. C’est la politique à l’intérieur des relations. C’est ça qu’on veut voir sur scène et que j’ai constaté avec mon conseiller dramaturgique, Guillaume Corbeil. Il m’aide beaucoup. »

Pendant un an, Catherine Chabote a consulté des doctorants en philo et en physique, une urbaniste, un bûcheron, un avocat. Elle voulait se nourrir du Québec d’aujourd’hui. Un ici-maintenant des jeunes trentenaires après le printemps érable et en plein « vertige » du réchauffement climatique. Depuis ses débuts, Catherine Chabot y arrive en sachant bien s’entourer.

«L’équipe d’acteurs est excellente et les concepteurs aussi. On a Zébulon qui fait sa première scénographie. C’est très impressionnant! L’environnement qu’il a créé est très beau. Il s’intéresse à la communication dans un espace donné, entre acteurs, entre la scène et le public. Il y a quelques miroirs sur scène qui fait en sorte que les spectateurs peuvent se voir. »

Léanne Labrèche-Dor, crédit Valérie Remise

Catherine Chabot demeure cette jeune autrice qui réfléchit, qui lit beaucoup d’essais. La beauté de ses textes réside dans la transposition de ses recherches en des dialogues crus et des postures archétypales des uns et des autres. En toute franchise.

« Quand j’ai commencé à écrire, ça ressemblait à un théâtre-forum. J’appelais ça les chroniques de l’ennui! Il a fallu que j’épure pour en extraire le suc. Je voulais aussi parler de souveraineté, mais finalement cela faisait dévier le propos qui porte plutôt sur l’avenir.»

À LIRE dans le magazine 3900 du CTDA, l’excellent texte de Marie-Sophie Banville : On est « toute » de droite: le fil de ta fureur.

« Ma pièce, poursuit Catherine Chabot, parle de la valeur qu’on s’accorde à soi et aux autres. Il y a vraiment la question de « l’enfer c’est les autres ». Aujourd’hui, les comédiens sont presque forcés à devenir des entreprises qui gèrent cette réalité. Cette marchandisation du monde me déprime beaucoup. Le néo-libéralisme a même pris d’assaut le langage.»

Son propre personnage de Gabrielle dans la pièce a étudié en communications, travaille à Radio-Canada, mais a toujours voulu être actrice.

« Il y a quelque chose dans la gauche qui peut être condescendant parfois par rapport à la banlieue et certains mode de vie, par exemple. Je suis allergique aux cliques et à la bien-pensance. J’ai des idées de justice sociale, mais la gauche qui se prend pour une autre, je trouve ça imbuvable. Quand les masques tombent, d’ailleurs, Gabrielle sera un peu ramenée à l’ordre. »

Après la présentation de ses deux premières pièces à Espace libre – Table rase, écrite en collaboration avec Brigitte Poupart, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin qui sera présentée au Théâtre La Chapelle la semaine prochaine en anglais – Catherine Chabot débarque au Théâtre d’aujourd’hui. Le directeur de la salle qui célèbre ses 50 ans, Sylvain Bélanger, met en scène Lignes de fuite.

« J’ai été chanceuse avec les metteurs en scène. Ce sont des directeurs d’acteurs formidables – les deux premiers étant Brigitte Poupart et Frédéric Blanchette – et Sylvain est tout désigné pour le faire. Il travaille le texte comme une partition. Il est d’une précision parfaite pour faire se rencontrer les personnages. J’en suis honorée. Il m’a fait découvrir des choses que je n’avais pas vues dans mon texte! »

Lignes de fuite est présentée au Théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 6 avril.