Le poète Frédéric Dumont a déménagé, mais il a gardé sa chambre. Survivant à la fermeture de la maison d’édition l’Écrou, il retrouve chez Les herbes rouges la même liberté lui permettant d’être à l’écoute de l’intime et du langage. Ce qui le sauve, ce qui l’aide à maintenir le rythme et le souffle dans sa Chambre minimum, son quatrième recueil.

Le schisme identitaire est le premier livre d’Étienne-Alexandre Beauregard. L’auteur a été formé à l’Université Laval, étudiant en philosophie et en science politique. Il collabore au débat public par l’entremise d’un blogue portant son nom, comme il le fait aussi dans les pages de L’Action nationale. Il a été attaché politique à l’Assemblée nationale du Québec de mai 2019 à septembre 2020. Sous ce manteau nationaliste, un certain jupon identitaire dépasse de ce premier essai.

Adam Basanta
Reina Sofia Geometric Object (after Augusto de Campos and Julio Plaza), 2022 Archival pigment print. Computer-generated aggregate using 44 images from Museo Reina Sofia collection / Impression jet d’encre. Ensemble généré par ordinateur de 44 œuvres de la collection du Museo Reina Sofia. 28 x 20.5 in.

Adam Basanta en est déjà à sa deuxième exposition cette année dans le grand Montréal, si on juge que celui-ci englobe la ville de Laval. Après avoir présenté Futurs possibles à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval, il exhibe des œuvres récentes qui rappellent quelque peu celles offertes dans la même galerie, Ellephant, en 2019, sous le titre de Paysage Passé Futur.

Laboratoire poison, photo: Vincent Arbelet

L’histoire ne nous apprend rien, disent les uns. C’est que nous sommes de mauvais élèves, répondent les autres. Le théâtre documentaire de la Belge Adeline Rosenstein scrute et fouille au-delà des perceptions, clichés et autres souvenirs imprécis. Dans Laboratoire poison, son microscope explore les mouvements de résistance qui ont eu cours pendant la Seconde guerre mondiale, celle d’Algérie et la décolonisation au Congo.

Gabor Szilasi

Gabor Szilasi a 94 ans. Pendant ses 25 années d’enseignement, au Cégep du Vieux-Montréal comme à l’Université Concordia, il a formé des générations de photographes qui, chacun le dira, lui doivent beaucoup. Mais, surtout, avant tout, Gabor Szilasi est photographe. Au cours de la dernière décennie, on a d’ailleurs eu droit à des expositions rétrospectives d’envergure sur son œuvre. C’est lors d’une de celle-ci qu’il rencontre Joannie Lafrenière. Une complicité se crée dont va résulter ce film aujourd’hui sur nos écrans, tout simplement intitulé Gabor.

Eve Pressault dans Le virus et la proie, photos: Christine Bourgier

En avoir ou pas, du pouvoir ? Le virus et la proie de Pierre Lefebvre est un texte coup de poing qui aborde toutes les formes de pouvoir. En long et en large, du plus grand au plus petit. Cette dénonciation de la violence et des injustices a fait l’objet d’un entretien l’an dernier avec son auteur que nous reproduisons ici. La pièce est présentée du 27 au 31 mai dans le cadre du 16e FTA.

Quelqu’une, photo: Éva-Maude TC

Du 26 mai au 5 juin, le 16e OFFTA présente ses nouveaux espaces de création et d’exploration, des laboratoires qui deviendront les spectacles de demain. C’est l’occasion pour le public d’exercer son oeil fouineur avec ce plaisir toujours renouvelé de la découverte. Dans cet esprit, Camille Paré-Poirier présente Quelqu’une en tentant de raconter une mort ordinaire, celle d’une proche.

Re ; Incarnation, photo: Jean Couturier

Le 16e FTA s’est ouvert avec avec la première visite à Montréal de Qudus Onikeku et de son spectacle Re : Incarnation. En entrevue, le chorégraphe nigérian explique qu’au-delà de la danse, c’est une communauté globale d’esprits artistiques qu’il veut créer depuis Lagos. Il s’intéresse aux idées et aux cultures afin de les laisser s’emparer des corps.

Isabelle Vincent et Patrick Hivon dans Cher Tchekhov, photos: Yves Renaud

La salle du TNM était pleine. Quelle sensation après le clairsemé de la pandémie. Parce que le théâtre c’est beaucoup une affaire de foule. Petite foule ou grande foule, la sensation de présence demeure importante. Et là, sur scène, il y avait cette espèce d’auto-procès. L’auteur lui-même s’accuse et se défend dans une conversation avec lui-même où accusations et justifications se succèdent sans se contredire dans Cher Tchekhov de Michel Tremblay.

La conquête du béluga, crédit : Benoît Daoust

Du 25 mai au 9 juin prochains, le 16e FTA ouvre grand les voiles avec un retour important en présentiel. Le festival se montre moins européo-montréalo-centriste et à l’écoute de créateurs et créatrices qui gagnent à être davantage reconnu.e.s. C’est le cas de l’artiste de l’année 2020 en Gaspésie, Maryse Goudreau, qui se consacre depuis dix ans à une oeuvre-archive sur les bélugas. Cette créatrice multidisciplinaire présente au FTA sa pièce écoféministe, La conquête du béluga.

Une nouvelle direction artistique, première présence de plusieurs poètes, des lieux inédits… le 23e Festival de la poésie de Montréal revêt une nouvelle robe conçue avec un tissu qui a démontré ses qualités dans le passé. Un renouveau dans la continuité sou le thème « D’une poésie à l’autre » du 30 mai au 5 juin un peu partout en ville.

Étienne Beaulieu nous offre cette année son plus récent essai, Le Rêve du ookpik. Il compte jusqu’à présent huit livres qui sont essentiellement des études savantes et des essais. Ce dernier genre littéraire, mode libre par excellence, semble bien convenir à celui qui s’est fait aussi connaître comme cofondateur des cahiers littéraires Contre-jour, directeur des Éditions Nota Bene, et directeur de la programmation des Correspondances d’Eastman.

Soleil Launière dans Akuteu, photos: Valérie Remise

L’émergence de la parole autochtone contemporaine est l’une plus belles occurences sur les scènes québécoises depuis quelques années. Et la pièce de Soleil Launière, Akuteu, participe à ce mouvement hétéroclite et luxuriant, sachant autant évoquer la tradition que la vie complexe d’aujourd’hui.

Préfacé par Natasha Kanapé Fontaine, ce livre réunit les textes des membres de Québec Solidaire, les élu.es, surtout, que sont Catherine Dorion, Andrés Fontecilla, Ruba Ghazal, Christine Labrie, Alexandre Leduc, Émilise Lessard-Therrien, Vincent Marissal, Manon Massé, Gabriel Nadeau-Dubois. Michaël Ottereyes vient se joindre à l’ensemble et ajouter son expertise de coresponsable de la Commission nationale autochtone à Québec Solidaire. Tous disent la même chose depuis leurs point de vue particulier; pour faire ce qu’ils envisagent de faire, cette refondation de notre coin de pays, reparti sur des bases nouvelles, il faut l’indépendance, selon eux et elles. Il ne s’agit pas de la faire pour la faire, mais bien pour prendre la direction, collectivement, que demandent les impératifs et urgences de notre présent.

Exposition Ciel à outrances, vue de l’installation, photo: Hubert Hayaud

Expérience sonore immersive, Ciel à outrances est d’abord un recueil de poésie dont Brigitte Poupart, de la compagnie Transthéâtre, s’est inspirée pour créer un univers théâtrale inusité. De nationalité canadienne et américaine et vivant à New York, Madeleine Monette est l’auteure de la suite poétique en question qui a, comme toile de fond, les événements du 11 septembre 2000.

 Paroles amérikoises est le livre de quelqu’un qui, jusqu’à présent, a surtout livré le fruit de ses préoccupations par le biais du documentaire. Il est aussi l’un des premiers livres de la nouvelle maison d’édition de Corinne Chevarier, Stéphane Despatie et Didier Minneci  Cela, déjà, attire l’attention; les premiers ouvrages d’une maison d’édition annonçant en quelque sorte ses couleurs.

Vue partielle de l’exposition Configurations du sensible de Béchard Hudon, Salle Alfred Pellan de la Maison des arts de Laval, 2022. Photo : Richard-Max Tremblay
 

Le duo composé de Catherine Béchard et Sabin Hudon s’emploie depuis un bon nombre d’années à représenter, dans des machines élaborées, ce qui frappe nos sens au plan perceptif. Mouvements et sonorités reproduites servent donc à présenter une plastique en action de ce qui ne nous surprend plus tant cela est quotidien. Le monde bouge et résonne et c’est donc à ce niveau, au ras de ces modalités les plus usitées et normales de ce qui se meut que ces deux artistes veulent poursuivre leur exploration.

Michel Boulanger, arrêt sur image Dans ces rangs de lignes pressées, vidéo d’animation
numérique, 9 minutes, 2022, crédit photo : Michel Boulanger

Michel Boulanger est un artiste que l’engagement premier en dessin et peinture a tranquillement fait dériver vers le numérique, la modélisation 3D et l’animation. Cela s‘est fait sans que la facture des images ait trop été modifiée dans la transition. Passé cette mue, thèmes et intérêts sont demeurés constants. Mais ils ont acquis une tonalité nouvelle quand confrontés aux possibilités qu’offre le film d’animation, comme on peut le constater à la Galerie Occurrence jusqu’au 26 février.

Re:Incarnation, photo: Hervé Véronese Centre Pompidou

Le 16e Festival TransAmériques ouvrira la fenêtre, les vannes, les frontières. Du 25 mai au 9 juin prochains, le FTA reprendra contact avec la planète des arts vivants internationale. Après deux ans de crise sanitaire, les nouvelles codirectrices artistiques de l’événement, Jessie Mill et Martine Dennewald, misent sur un retour en force des productions venant d’ailleurs, tout en maintenant des liens particuliers avec les artistes d’ici.

Ils sont de plus en plus nombreux les centres d’art et de culture de qualité à ouvrir un peu partout sur le territoire du Québec. Quittant Montréal en passant par la 20 pour aller vers la capitale, le voyageur a peu d’opportunités pour visiter des expositions d’art actuel. Passé Saint-Hyacinthe, on compte sur le doigts ces occasions. Mais la région du Centre-du-Québec s‘anime maintenant grâce à l’implication d’acteurs voulant offrir de ces lieux au public. On connaît la Fondation Grantham pour l’art et environnement à Saint-Edmond-de-Grantham. Il faut y ajouter le Carré 150 de Victoriaville qui réunit des équipements pour la salle et l’art de qualité, dans un écrin des plus attrayants.

Dirigé par Vanessa Courville, et soutenu par Stéphane Dompierre, un collectif de neuf autrices se penche sur la fatigue des femmes. C’est un spectre assez large de possibles modes de souffrances qui attend ici le lecteur. Celui ou celle qui attend plaintes et lamentations, sera bien surpris par Maganées. Car le plus cru dans tout cela, c’est qu’il y a ici un ton qui suggère que toutes ces grandes et petites avanies sont les moments banals et répétés du quotidien, qu’elles sont affaires routinières et attendues. Et quelles ont des répercussions qui cimentent et scellent l’identité de chacune des héroïnes.

photo: Yura Forrat

Lancée à voix haute, vibrante à l’écran ou gravée dans un bout d’écorce, la poésie sera, heureusement, toujours sur notre chemin. Pendant les névroses collectives, elle exhale ce qui existe à la fois de déchirant et de lumineux. Vaccin contre l’indifférence et la négligence, réconfort, affranchissement. Voici les 25 recueils qui, chacun à sa manière, nous ont tenus loin des ténèbres en 2021.

Mis à part ceux et celles qui en profitent le plus, y a-t-il encore des gens qui croient que la croissance infinie est possible sur une planète qui ne deviendra pas plus grande comme par magie ? Pour une écologie du 99 % critique, propose et organise la résistance. Les choix et gestes individuels ne seront pas suffisants pour sauver la Terre et ses habitant.e.s, concluent les auteurs de ce livre engagé.

Sang, photo: Jean-François Hétu

L’Association québécoise des critiques de théâtre – section Montréal (AQCT) a élu la pièce Sang, un texte de Lars Norén mis en scène par Brigitte Haentjens, comme meilleur spectacle des saisons 2019-2021. Les critiques ont dévoilé le nom des huit lauréats de ces saisons très particulières, marquées par la crise pandémique.

Platonov amour haine et angles morts, photos: Vivien Gaumand

Le retour de Platonov amour haine et angles morts à la scène est le cadeau de théâtre parfait en ce temps-ci de l’année. Hors commerce, ajouterons-nous. Il s’agit sans aucun doute d’une des meilleurs spectacles présentés au cours des cinq dernières années à Montréal. Et cette version adaptée par Michel Tremblay ajoute des effets comiques à une mise scène baroque de Angela Konrad avec des interprètes qui possèdent leur personnage à la perfection. Ah Tchekhov, que d’inspiration inspirée en ton nom!

Jonathan, la figure du goéland, photos: Marie-Andrée Lemire

Tout le monde connaît et/ou a lu à l’école Le petit prince et Jonathan Livingston le goéland. Le deuxième texte a inspiré Jon Lachlan Stewart pour créer Jonathan : La figure du goéland présentement à l’affiche de la salle Fred-Barry. L’auteur et metteur en scène a imaginé un spectacle où les limites sont transgressées par des interprètes typiques et atypiques en recherche d’émancipation. Voler de ses propres ailes!

Je suis un produit avec Éric Bernier et Houda Rihani, photos: Xavier Cyr

Pour son premier grand rôle au théâtre québécois, la comédienne marocaine chevronnée, Houda Rihani, partage la scène avec le virtuose Éric Bernier dans une comédie noire, Je suis un produit, écrite et mise en scène par Simon Boudreault. Sujet : le marketing. Le public est avisé que le risque d’incendie est très élevé.

Dominique Leclerc dans i/o, photos: Valérie Remise

Après Post humains, Dominique Leclerc s’est promenée dans plusieurs tribunes pour parler de… posthumanisme. Elle a rencontré des experts de toutes sortes qui l’ont amené à pousser plus loin sa réflexion sur l’avenir. Présentement à l’affiche du CTDA, i/o met en scène ses préoccupations sur ce qui restera de la vie après la vie.

En plus de sa participation comme comédienne à la pièce Les filles du Saint-Laurent présentée en ce moment à Paris, Émilie Monnet travaille à la création de Marguerite : le feu – une œuvre relatant la vie de l’esclave autochtone Marguerite Duplessis – qui sera présentée au printemps. Cette artiste multidisciplinaire a créé plusieurs spectacles en une dizaine d’années. Okinum est sa première pièce publiée.

Non de nom, photos : Ariane Plante

Non de nom représente une synthèse du travail de Line Nault depuis 20 ans. C’est à la fois une remise en question de la thématique très actuelle des identités, entre le viscéral et le politique, et un remisage des « identités » artistiques. L’artiste cherche à dépasser les étiquettes et autres idées préconçues qui nuisent au rapprochement entre humains.