Une nouvelle direction artistique, première présence de plusieurs poètes, des lieux inédits… le 23e Festival de la poésie de Montréal revêt une nouvelle robe conçue avec un tissu qui a démontré ses qualités dans le passé. Un renouveau dans la continuité sou le thème « D’une poésie à l’autre » du 30 mai au 5 juin un peu partout en ville.

Étienne Beaulieu nous offre cette année son plus récent essai, Le Rêve du ookpik. Il compte jusqu’à présent huit livres qui sont essentiellement des études savantes et des essais. Ce dernier genre littéraire, mode libre par excellence, semble bien convenir à celui qui s’est fait aussi connaître comme cofondateur des cahiers littéraires Contre-jour, directeur des Éditions Nota Bene, et directeur de la programmation des Correspondances d’Eastman.

Soleil Launière dans Akuteu, photos: Valérie Remise

L’émergence de la parole autochtone contemporaine est l’une plus belles occurences sur les scènes québécoises depuis quelques années. Et la pièce de Soleil Launière, Akuteu, participe à ce mouvement hétéroclite et luxuriant, sachant autant évoquer la tradition que la vie complexe d’aujourd’hui.

Préfacé par Natasha Kanapé Fontaine, ce livre réunit les textes des membres de Québec Solidaire, les élu.es, surtout, que sont Catherine Dorion, Andrés Fontecilla, Ruba Ghazal, Christine Labrie, Alexandre Leduc, Émilise Lessard-Therrien, Vincent Marissal, Manon Massé, Gabriel Nadeau-Dubois. Michaël Ottereyes vient se joindre à l’ensemble et ajouter son expertise de coresponsable de la Commission nationale autochtone à Québec Solidaire. Tous disent la même chose depuis leurs point de vue particulier; pour faire ce qu’ils envisagent de faire, cette refondation de notre coin de pays, reparti sur des bases nouvelles, il faut l’indépendance, selon eux et elles. Il ne s’agit pas de la faire pour la faire, mais bien pour prendre la direction, collectivement, que demandent les impératifs et urgences de notre présent.

Exposition Ciel à outrances, vue de l’installation, photo: Hubert Hayaud

Expérience sonore immersive, Ciel à outrances est d’abord un recueil de poésie dont Brigitte Poupart, de la compagnie Transthéâtre, s’est inspirée pour créer un univers théâtrale inusité. De nationalité canadienne et américaine et vivant à New York, Madeleine Monette est l’auteure de la suite poétique en question qui a, comme toile de fond, les événements du 11 septembre 2000.

 Paroles amérikoises est le livre de quelqu’un qui, jusqu’à présent, a surtout livré le fruit de ses préoccupations par le biais du documentaire. Il est aussi l’un des premiers livres de la nouvelle maison d’édition de Corinne Chevarier, Stéphane Despatie et Didier Minneci  Cela, déjà, attire l’attention; les premiers ouvrages d’une maison d’édition annonçant en quelque sorte ses couleurs.

Vue partielle de l’exposition Configurations du sensible de Béchard Hudon, Salle Alfred Pellan de la Maison des arts de Laval, 2022. Photo : Richard-Max Tremblay
 

Le duo composé de Catherine Béchard et Sabin Hudon s’emploie depuis un bon nombre d’années à représenter, dans des machines élaborées, ce qui frappe nos sens au plan perceptif. Mouvements et sonorités reproduites servent donc à présenter une plastique en action de ce qui ne nous surprend plus tant cela est quotidien. Le monde bouge et résonne et c’est donc à ce niveau, au ras de ces modalités les plus usitées et normales de ce qui se meut que ces deux artistes veulent poursuivre leur exploration.

Michel Boulanger, arrêt sur image Dans ces rangs de lignes pressées, vidéo d’animation
numérique, 9 minutes, 2022, crédit photo : Michel Boulanger

Michel Boulanger est un artiste que l’engagement premier en dessin et peinture a tranquillement fait dériver vers le numérique, la modélisation 3D et l’animation. Cela s‘est fait sans que la facture des images ait trop été modifiée dans la transition. Passé cette mue, thèmes et intérêts sont demeurés constants. Mais ils ont acquis une tonalité nouvelle quand confrontés aux possibilités qu’offre le film d’animation, comme on peut le constater à la Galerie Occurrence jusqu’au 26 février.

Re:Incarnation, photo: Hervé Véronese Centre Pompidou

Le 16e Festival TransAmériques ouvrira la fenêtre, les vannes, les frontières. Du 25 mai au 9 juin prochains, le FTA reprendra contact avec la planète des arts vivants internationale. Après deux ans de crise sanitaire, les nouvelles codirectrices artistiques de l’événement, Jessie Mill et Martine Dennewald, misent sur un retour en force des productions venant d’ailleurs, tout en maintenant des liens particuliers avec les artistes d’ici.

Ils sont de plus en plus nombreux les centres d’art et de culture de qualité à ouvrir un peu partout sur le territoire du Québec. Quittant Montréal en passant par la 20 pour aller vers la capitale, le voyageur a peu d’opportunités pour visiter des expositions d’art actuel. Passé Saint-Hyacinthe, on compte sur le doigts ces occasions. Mais la région du Centre-du-Québec s‘anime maintenant grâce à l’implication d’acteurs voulant offrir de ces lieux au public. On connaît la Fondation Grantham pour l’art et environnement à Saint-Edmond-de-Grantham. Il faut y ajouter le Carré 150 de Victoriaville qui réunit des équipements pour la salle et l’art de qualité, dans un écrin des plus attrayants.

Dirigé par Vanessa Courville, et soutenu par Stéphane Dompierre, un collectif de neuf autrices se penche sur la fatigue des femmes. C’est un spectre assez large de possibles modes de souffrances qui attend ici le lecteur. Celui ou celle qui attend plaintes et lamentations, sera bien surpris par Maganées. Car le plus cru dans tout cela, c’est qu’il y a ici un ton qui suggère que toutes ces grandes et petites avanies sont les moments banals et répétés du quotidien, qu’elles sont affaires routinières et attendues. Et quelles ont des répercussions qui cimentent et scellent l’identité de chacune des héroïnes.

photo: Yura Forrat

Lancée à voix haute, vibrante à l’écran ou gravée dans un bout d’écorce, la poésie sera, heureusement, toujours sur notre chemin. Pendant les névroses collectives, elle exhale ce qui existe à la fois de déchirant et de lumineux. Vaccin contre l’indifférence et la négligence, réconfort, affranchissement. Voici les 25 recueils qui, chacun à sa manière, nous ont tenus loin des ténèbres en 2021.

Mis à part ceux et celles qui en profitent le plus, y a-t-il encore des gens qui croient que la croissance infinie est possible sur une planète qui ne deviendra pas plus grande comme par magie ? Pour une écologie du 99 % critique, propose et organise la résistance. Les choix et gestes individuels ne seront pas suffisants pour sauver la Terre et ses habitant.e.s, concluent les auteurs de ce livre engagé.

Sang, photo: Jean-François Hétu

L’Association québécoise des critiques de théâtre – section Montréal (AQCT) a élu la pièce Sang, un texte de Lars Norén mis en scène par Brigitte Haentjens, comme meilleur spectacle des saisons 2019-2021. Les critiques ont dévoilé le nom des huit lauréats de ces saisons très particulières, marquées par la crise pandémique.

Platonov amour haine et angles morts, photos: Vivien Gaumand

Le retour de Platonov amour haine et angles morts à la scène est le cadeau de théâtre parfait en ce temps-ci de l’année. Hors commerce, ajouterons-nous. Il s’agit sans aucun doute d’une des meilleurs spectacles présentés au cours des cinq dernières années à Montréal. Et cette version adaptée par Michel Tremblay ajoute des effets comiques à une mise scène baroque de Angela Konrad avec des interprètes qui possèdent leur personnage à la perfection. Ah Tchekhov, que d’inspiration inspirée en ton nom!

Jonathan, la figure du goéland, photos: Marie-Andrée Lemire

Tout le monde connaît et/ou a lu à l’école Le petit prince et Jonathan Livingston le goéland. Le deuxième texte a inspiré Jon Lachlan Stewart pour créer Jonathan : La figure du goéland présentement à l’affiche de la salle Fred-Barry. L’auteur et metteur en scène a imaginé un spectacle où les limites sont transgressées par des interprètes typiques et atypiques en recherche d’émancipation. Voler de ses propres ailes!

Je suis un produit avec Éric Bernier et Houda Rihani, photos: Xavier Cyr

Pour son premier grand rôle au théâtre québécois, la comédienne marocaine chevronnée, Houda Rihani, partage la scène avec le virtuose Éric Bernier dans une comédie noire, Je suis un produit, écrite et mise en scène par Simon Boudreault. Sujet : le marketing. Le public est avisé que le risque d’incendie est très élevé.

Dominique Leclerc dans i/o, photos: Valérie Remise

Après Post humains, Dominique Leclerc s’est promenée dans plusieurs tribunes pour parler de… posthumanisme. Elle a rencontré des experts de toutes sortes qui l’ont amené à pousser plus loin sa réflexion sur l’avenir. Présentement à l’affiche du CTDA, i/o met en scène ses préoccupations sur ce qui restera de la vie après la vie.

En plus de sa participation comme comédienne à la pièce Les filles du Saint-Laurent présentée en ce moment à Paris, Émilie Monnet travaille à la création de Marguerite : le feu – une œuvre relatant la vie de l’esclave autochtone Marguerite Duplessis – qui sera présentée au printemps. Cette artiste multidisciplinaire a créé plusieurs spectacles en une dizaine d’années. Okinum est sa première pièce publiée.

Non de nom, photos : Ariane Plante

Non de nom représente une synthèse du travail de Line Nault depuis 20 ans. C’est à la fois une remise en question de la thématique très actuelle des identités, entre le viscéral et le politique, et un remisage des « identités » artistiques. L’artiste cherche à dépasser les étiquettes et autres idées préconçues qui nuisent au rapprochement entre humains.

Les sorcières de Salem, photos de la pièce: Gunther Gamper

Sarah Berthiaume et Édith Patenaude revisitent le classique d’Arthur Miller, Les sorcières de Salem, en pensant à aujourd’hui. Aux femmes d’aujourd’hui. Écrite en 1953, la pièce contestait la chasse au sorcières du maccarthysme en se basant sur un événement s’étant déroulé plus de 250 ans auparavant. Les sorcières peuvent-elles encore voler ?

Les filles du Saint-Laurent, toutes les photos de répétition : Valérie Remise

C’est une rareté au théâtre : assister à un extrait de pièce déjà prête des mois avant sa présentation à Montréal. Tout aussi particulier est le fait que l’équipe du texte de Rébecca Déraspe en collaboration avec Annick Lefebvre, Les filles du Saint-Laurent, et mis en scène par Alexia Bürger se soit prêtée à ce jeu quelque heures à peine avant de s’envoler vers Paris où le spectacle sera à l’affiche du Théâtre de la Colline du 4 au 21 novembre.

Le théâtre reçoit une bonne part du gâteau avec l’annonce des lauréat.e.s des Prix du Québec 2021 en culture et en sciences. Le dramaturge Michel-Marc Bouchard, la directrice du TNM Lorraine Pintal et l’auteur-compositeur-interprète et comédien Michel Rivard, dont on se souvient du spectacle récent L’origine de mes espèces présenté entre autres chez Duceppe, ont été honorés.

Kairos et Uno Zero Zero Uno d’Andrea Peña, photo : Romain Lorraine

Toutes les fois qu’on visite une exposition ou qu’on assiste à un spectacle dans l’un des 25 lieux chapeautés par les 19 Maisons de la culture (MDLC) de Montréal, on constate qu’il s’agit d’une richesse incalculable pour la vie culturelle sur l’île. Cet automne seulement, mille activités en grande partie gratuites – spectacles, expositions, médiation culturelle et résidence d’artistes – ont lieu dans une maison près de chez vous. Sortez!

Pendant que le débat fait rage sur la cession ou non du territoire de l’île de Montréal aux Européens au 16e siècle, l’anthropologue Roland Viau lance de nouvelles et intéressantes hypothèses dans son plus récent essai : Gens du fleuve, gens de l’île. Hochelaga en Laurentie iroquoienne au XVIe siècle. L’histoire est toujours à réécrire, dit-on, surtout d’un point de vue du mode d’occupation et du concept de propriété du territoire.

Éric Mathieu, photo: Chantale Lecours

Le troisième roman d’Éric Mathieu cristallise un style unique nageant dans les eaux glauques du subconscient. Dans la solitude du terminal 3 décrit le passage à l’âge adulte d’un jeune homme troublé, anxieux et dépendant affectif. À peu près tous les personnages souffrent de la solitude dans ce récit mystérieux, hanté par la figure maternelle.

Olivier Aubin dans Vers solitaire, photos: Charles Lafrance

Rare spectacle à avoir eu lieu en zone rouge pandémique l’an dernier, Vers solitaire se poursuit jusqu’au 30 octobre dans les rues du centre-ville. Quatre metteuses et metteurs en scène, quatre interprètes, mais un.e seul.e à la fois face à un.e seul.e spectatrice.teur. Également, un seul auteur et directeur artistique, Olivier Choinière, s’imposant ici en véritablement maître de l’art de la déambulation.

Maxime Denommée, photo: Rolline Laporte

Maxime Denommée met en scène Ulster American à La Licorne. Cette pièce de David Ireland, traduite par Français Archambault, fait s’affronter des cultures et des idéologies issues des États-Unis, de l’Irlande et de la Grande-Bretagne. Une triade anglo-saxonne où le machisme et l’hypocrisie forment un couple explosif.

Thao Nguyen Phan, Becoming Alluvium, 2019, vue d’installation à Occurrence dans le cadre de MOMENTA 2021. Photo : Jean-Michael Seminaro

Thao Nguyen Phan est une artiste vietnamienne qui dit vouloir créer – dans un amalgame qui réunit peinture, installation, vidéo et performance – des champs théâtraux. En ceux-ci, prennent corps des histoires aux références anciennes et des réalités actuelles. Becoming Alluvium, à la galerie Occurrence, donne de cette volonté un exemple saisissant.

BUSH Gallery (Gabrielle L’Hirondelle Hill, Peter Morin, Tania Willard) + les enfants, la famille, le territoire et les chiens, vue de l’exposition MOMENTA x OPTICA DIFFRACTION. DE LA LUMIÈRE ET DU TERRITOIRE, 2021. Matériaux divers.
Avec l’aimable autorisation des artistes. Crédit photo : Paul Litherland

Lors de notre dernière recension, nous avons couvert l’exposition de Bertrand Carrière. Elle faisait partie du programme satellite de Momenta. Biennale de l’image. La thématique principale de l’événement, Quand la nature ressent, a guidé le choix des commissaires Stefanie Hessler, Camille Georgeson-Usher, Maude Johnson et Himali Singh Soin. La présente exposition, Diffraction. De la lumière et du territoire, tenue à la Galerie Optica, est une des déclinaison de cette perspective englobante. Elle réunit les œuvres des artistes autochtones Gabrielle L’Hirondelle Hill, Peter Morin et Tania Willard, alliés sous la bannière BUSH Gallery.