OFFTA: Vitesse de croisière atteinte

Good Boy, photo: Christian Leduc

Après 13 ans, le OFFTA a atteint sa vitesse de croisière. L’assistance aux spectacles s’est maintenue à 92 %, avec plus de deux tiers de représentations à guichets fermés, du 24 mai au 2 juin. La pertinence d’un événement complémentaire au FTA ne fait pas de doute aux yeux du directeur Vincent de Repentigny eu égard aux résultats, mais aussi par rapport au soutien offert aux artistes émergents.

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Théâtre: Brigitte Haentjens vue par…

Avec Ce qui se trame, la dramaturge Mélanie Dupont a réalisé 12 entretiens autour du théâtre de Brigitte Haentjens avec de fidèles collaboratrices.teurs de la metteuse en scène et autrice. De splendides photos d’Angelo Barsetti accompagnent ce livre qui offre des pistes intéressantes au sujet de la création théâtrale et dévoile les complicités au cœur du travail et de la pensée de Brigitte Haentjens. Nous lui avons demandé de décrire comment elle voit certaine.e.s de ces créatrices.eurs qui partagent avec elle la même passion pour le théâtre.

photo: Angelo Barsetti

Littérature: Jonathan Charette remporte le prix Émile-Nelligan

Le recueil Ravissement à perpétuité (Le Noroît) de Jonathan Charette est couronné du prix Émile-Nelligan 2018. Il s’agit de la 40e remise de ce prix prestigieux depuis 1979. Doté d’une bourse de 7500 $, il souligne le travail d’un.e poète de 35 ans ou moins.

Ravissement à perpétuité est le troisième recueil du poète aujourd’hui âgée de 36 ans. Également publiés au Noroît, ses autres titres incluent Je parle arme blanche (Prix de poésie des collégiens en 20130 et La parade des orages en laisse (2015).

Mêlant habilement un regard amusé et ahuri, un récit éclaté et une aventure en pays luxuriant, Jonathan Charette recherche ici « une euphorie perpétuelle », une « collection d’étincelles » dans une sorte de « fête clandestine ». Le poète oeuvre aux sources du langage pour en extraire des couleurs inédites, surprenantes.

Les deux autres finalistes au prix Émile-Nelligan cette année étaient Émilie Turmel (Casse-gueules, Poètes de brousse), et Daphnée Azoulay (Le pays volant, Les Herbes rouges), elles reçoivent chacune une bourse de 500 $.

Le jury 2018 était composé de José Acquelin, France Mongeau et présidé par Gérald Gaudet.

FTA : Théâtre d'(h)auteur

Granma, Trombones de La Havane, photo: Doro Tuch.

Il y a toujours un.e auteur.e au théâtre, au singulier ou au multiple, à la mise en scène ou à la dramaturgie. Le 13e FTA a célébré du 22 mai au 4 juin l’importance du texte. Dans un monde qui nous tombe des mains devant tant de préjugés, de clichés, de courtes vues, d’humeurs et de bruits, le théâtre reste une agora où la pensée peut éclore et se déployer, où s’élever ne signifie pas rabaisser. Non pas pour pérorer, montrer son nombril ou ses connaissances. Non. Parce que simplement, le public, donc le monde, en a cruellement besoin.

FTA: Cow-boy et dentelles

Cutlass Spring est présentée ce soir au Théâtre Prospero.

Cutlass Spring, le nouveau né de Dana Michel, sort de ses tripes comme Yellow Towel et Mercurial George auparavant, trois spectacles, en tout, qui se promènent sur la planète. L’artiste montréalaise continue d’étonner brillamment, et de détonner aussi face aux formes classiques et même contemporaines, avec sa façon bien à elle d’allier danse, théâtre et performance.

FTA : Un(e) président(e) et des ministres non élus au Québec!?!

Fruit d’une initiative fort bienvenue, porté par une activité citoyenne sans précédent, le projet Constituons! de Christian Lapointe est un animal politico-théâtral à deux têtes qui ne s’entendent pas toujours bien ensemble. Pourtant, le résultat final, le texte de cette Constitution citoyenne du Québec, écrit par une quarantaine de Québécois, représente une véritable avancée politique qui impose le respect, voire l’admiration.

Constituons!, photo: Alexis Chartrand

FTA: L’humanité

Soifs matériaux est présentée à Espace GO jusqu’à lundi.

Soifs matériaux de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin est un spectacle immense, un condensé puissant de l’oeuvre humaniste de Marie-Claire Blais.

Un spectacle de quatre heures, c’est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup si l’on considère les défis dramatiques posés par un texte littéraire qu’assument avec intelligence tous les artisans de la pièce, mais peu aussi, si l’on ajoute dans l’équation l’univers complexe développé dans les 10 romans qui forment le « décalogue » entrepris il y a plus de 20 ans par la romancière québécoise.

S’il n’y a pas, à proprement parler, de commandements dans Soifs, on pourrait en retenir un qui ressemblerait au « aimez-vous » christique, une sorte de vœu et d’espoir de la grande romancière pour « que notre joie demeure », comme dit le personnage de Vénus. À l’exemple de tous les autres, la jeune femme possède ses parts d’ombre même si elle en appelle de tout son cœur chantant à une fête pour tous.

C’est le lieu de Soifs matériaux qu’ont délimité Denis Marleau et Stéphanie Jasmin dans leur mise en scène. Une maison au bord de la mer où se rassemblent et se déposent toutes les voix humaines. Après une introduction de certains personnages principaux, comme Renata et Daniel, le récit englobera peu à peu une vingtaine d’autres récitants et autant de visions parallèles. Des voix qui s’entrechoquent parfois, mais qui sont surtout, chacune à leur façon, à la recherche de sens.

Le monde décrit par Marie-Claire Blais, et respecté à la lettre dans le spectacle, est celui d’aujourd’hui. Le caractère prémonitoire de l’oeuvre nous rattrape plusieurs fois durant la représentation. Un exemple: la romancière québécoise a écrit Soifs, le premier roman de la série, avant que les images du petit rescapé de la mer Elián González, déchiré entre ses familles américaine et cubaine, – à qui fait penser le personnage de Julio dans la pièce – n’émeuvent le monde entier.

On reconnaît les grands artistes à une esthétique et une vision, certes, singulières de l'(in)humanité, mais aussi à un sixième sens aiguisé qui attrape dans le plus infime de l’air des tragédies à venir: tueurs en série, remontée de l’extrême droite américaine, du racisme et de la misogynie, problèmes environnementaux, périls des migrants, etc. C’est ce à quoi on assiste dans Soifs matériaux.

Personne n’écrit comme Marie-Claire Blais. Ni en littérature, ni au théâtre. Denis Marleau et Stéphanie Jasmin l’ont bien compris. Les personnages de la pièce parlent à la troisième personne, ce qui permet le déploiement de la portée philosophique et du souffle poétique du matériau d’origine. Les vidéos impressionnistes en arrière-plan ajoute une texture pertinente au récit et les éclairages aux couleurs de l’intellect nous gardent dans un cocon où la pensée est constamment en mouvement.

La fluidité de la parole de la romancière, pratiquement sans ponctuation à l’écrit, est transposée à la scène de façon sensible. Lire Marie-Claire Blais, ou l’entendre sur scène, c’est avoir l’impression d’une seule et même voix répartie en dizaines et centaines de composantes, en autant d’expériences troublantes, joyeuses, désespérées ou résilientes. Des voix distinctes partageant, toutefois, un même bateau à la dérive.

Les personnages bien définis par le texte et la mise en scène n’enlèvent rien au fait qu’il s’agit d’une partition extrêmement difficile à interpréter. Il est d’autant plus agréable de la voir couler de source dans la bouche d’interprètes extraordinaires. Quand peut-on rêver de faire jouer ensemble des talents comme ceux d’Emmanuel Schwartz, Anne-Marie et Sophie Cadieux, Fayolle Jean, Dominique Quesnel, Marcel Pomerlo, Sébastien Dodge, Christiane Pasquier, notamment?

Celles-ci et ceux-là, interprètes, metteurs en scène, musiciens et concepteurs ont réalisé un grand moment de théâtre basé sur la parole unique de Marie-Claire Blais, d’ailleurs présente dans la salle lors de la première vendredi soir.

Dira-t-on aride ici ou monocorde là? Disons simplement que Soifs matériaux existe heureusement à l’abri des facilités du moment et résiste aux diktats du divertissement à tout prix et à tout instant.

C’est une invitation lancée à l’imagination du public avec comme objectif de transcender toutes les soifs de justice, de vengeance, de paix, d’amour, de spiritualité, de mort ou de sexe également. Ces femmes et ces hommes pétris de contradictions, braves et faibles, passionnés et froids, sont totalement imparfaits. On peut qu’espérer que leur humanité survivra aux colères et aux préjugés, aux petitesses et aux rêves trop fous.

L’espoir reste ici vivant dans la fraîcheur de l’enfant, dans l’idée d’une possible communauté et d’une pensée généreuse. Non, comme dit Denis Marleau, « rien de l’enfer ou du paradis » n’échappe à Marie-Claire Blais. C’est pourquoi son grand art mérite d’être largement partagé, d’être lu et entendu. Aujourd’hui et demain.

FTA: Haute pression

Cuckoo est présentée à la 5e Salle de la Place des arts jusqu’à dimanche

Photo; Radovan Dranga

Entre art contemporain et théâtre, Cuckoo du Coréen Jaha Koo réussit la jonction entre la technologie, l’économie mondiale et la solitude humaine qui en découle. Une oeuvre à la fois légère et tragique. Une forme de théâtre documentaire originale et édifiante.

Théâtre: Les mutants au FTA

Le 13e FTA accueille cette année des mutants jusqu’au 4 juin prochain. La terre change, ses habitants aussi. Devant un futur incertain, les artistes ont créé des pièces et chorégraphies se glissant parfaitement dans le thème de cette année, Sortir de soi. Cette extraction nous amène des personnages étranges, hauts en couleurs, des humains numériques, à tout le moins métamorphosés, des créatures dénaturées ou presque humaines. Voyez plutôt:

Théâtre : Un OFFTA besogneux

Au boulot! Quand tout semble aller mal, on peut se terrer ou relever les manches. Besogneux, le 13e OFFTA présente une vingtaine de spectacles jusqu’au 2 juin, qui parlent de travail et de jeu, de vulnérabilité et de résilience, de levers de soleil et de fins du monde. Dans l’inconfort et la différence, les artistes à tête chercheuse qui œuvrent dans les arts vivants tenteront de tisser de nouveaux liens entre la scène et le public, entre le présent et le futur.

Laborious Song de Daina Ashbee, photo: David flores Rubio.