FTA: Haute pression

Cuckoo est présentée à la 5e Salle de la Place des arts jusqu’à dimanche

Photo; Radovan Dranga

Entre art contemporain et théâtre, Cuckoo du Coréen Jaha Koo réussit la jonction entre la technologie, l’économie mondiale et la solitude humaine qui en découle. Une oeuvre à la fois légère et tragique. Une forme de théâtre documentaire originale et édifiante.

Trois autocuiseurs de riz sous pression et un homme seul. Jaha Koo raconte sa vie d’une voix monocorde. Il ne joue pas, mis à part, pendant ce spectacle d’une heure, quelques mimiques amusées. Ce qu’il raconte n’est pas amusant. Preuves documentaires à l’appui, incluant enregistrements de déclarations politiques, vidéos de manifestations violentes et de suicides, l’artiste de 34 ans démontre qu’une crise effarante secoue son pays d’origine, la Corée du Sud, depuis plus de 20 ans maintenant.

Jaha Koo pointe du doigt un homme, Robert Rubin. L’ancien Secrétaire du Trésor américain sous Bill Clinton serait l’architecte de cette tragédie humaine – la Corée souffre du second plus haut taux de suicide au monde parmi les pays industrialisés -, avec le Fonds monétaire international. Le FMI a accordé un prêt de 55 milliards de dollars US en 1997 dans le but non avoué de ralentir la croissance extraordinaire de ce tigre-asiatique-devenu-petit-minou-dégriffé.

Vivant à l’étranger depuis six ans, l’artiste nous apprend ce que n’écriront pas le Washington Post ou le New York Times – qui soutient, notamment, que Robert Rubin est aujourd’hui adoré par les Sud-Coréens – est que le dit prêt contenait, en petites lettres, une condition essentielle: que Séoul maintienne des taux d’intérêts élevés par la suite. Résultat: surconsommation, compétition effrénée, pertes d’emplois massives, dépressions, suicides, etc.

Le lien avec des autocuiseurs de riz? La haute pression ainsi maintenue sur la population.

Insoutenable, parfois, au point où l’un des bons amis de l’artiste – qui vit à l’étranger depuis six ans – s’est suicidé. Jaha Koo nous fait comprendre que les Coréens sont devenus – depuis ce tristement célèbre jour de « l’humiliation nationale » en 1997 – plus néolibéraux que les Américains eux-mêmes. L’autocuiseur sous pression de marque Cuckoo, du titre, représente le nec plus ultra technologique pour les 52 millions d’habitants de ce pays. Il sauve temps, argent, en plus de faire la conversation.

Dans la pièce, les machines se parlent, se disputent et s’envoient au diable. Cet humour mêlé à de la musique entraînante n’occulte pas, cependant, des images parfois horrifiantes projetées sur l’écran en arrière-scène. Et des faits tout aussi choquants.

Jaha Koo mêle adroitement le superficiel et le tragique, mais son message reste clair: les habitants de la Corée du sud sont depuis trop longtemps compactés, tels des galettes de riz, par une machine, voire une machination, qui a permis à d’autres d’en profiter et de maintenir le pays dans un état de servitude déguisé en paradis capitaliste.

Cuckoo est une pièce de théâtre engagé qui dénonce un système financier international abject continuant, malheureusement, de faire des ravages humains, ici et ailleurs.

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