LITTÉRATURE: La pomme d’Adam

Adam a la pomme, c’est-à-dire qu’il est l’élu d’une femme, son épouse, qui lui a donné pas seulement une, mais deux chances dans la vie. Malgré la maladie, il a la pêche aussi, il est le plus fortuné des hommes même s’il l’ignore. La narratrice de Une deuxième chance pour Adam, elle, a presque tout d’une sainte. Entre la chance et le courage, le très beau roman de Felicia Mihali nous apprend l’amour conscient.

Une deuxième chance pour Adam représente une deuxième vie pour A Second Chance, publié en 2014 par Linda Leith, que son autrice Felicia Mihali a traduit elle-même en français au début de 2019. La romancière et éditrice d’Hash#ag vient d’ailleurs de publier son neuvième roman dans la langue de Vigneault, Le tarot de Cheffersville.

Après un accident cérébral qui le réduit à l’intelligence d’un enfant de dix ans, Adam réapprend à vivre. Son épouse devient, à toutes fins pratiques, sa mère. Elle assume cette responsabilité avec résignation. Mais pas seulement. La narratrice est humaine. Le passé du couple la hante et elle marche sur un fil entre le ras-le-bol total et sa grande capacité d’aimer.

Elle narre leur vie à l’aide d’allers-retours dans le passé, de leurs relations avec leur fille, Sara, de leurs amis et de leur vie d’exilés. D’origine roumaine, Adam et sa femme poursuivent tant bien que mal leur cohabitation. Avec ses hauts et ses bas, ses routines nécessaires et ses changements radicaux causés par la maladie.

« Parfois, j’ai une vision étrange de son cerveau, là où s’est dissimulé un ennemi sournois. Pour moi, la matière visqueuse de son crâne a pris la dimension féerique d’une forêt mythique. J’imagine souvent que je m’y promène avec Adam, parmi les troncs des arbres millénaires, à la corolle géante. Nous sommes à la recherche des trésors cachés à leur racines. Sauf que les sentiers qui y mènent son abondamment couverts de mauvaises herbes, de fougères, de ronces violentes. Notre quête est ralentie par cette broussaille agressive, impossible à éradiquer. »

L’épouse s’impatiente parfois devant l’inaptitude de ce mari qui, on le comprendra plus loin, n’a pas toujours été honnête avec elle. Mais cette femme généreuse en revient toujours à un regard empreint d’indulgence et d’empathie. Désormais seule maître à bord, la narratrice peut redresser la barre à son gré, élaguant ce qui l’irritait des habitudes de son conjoint dans le passé.

Présent de l’indicatif

Le roman fort bien construit et écrit dans une langue directe au présent de l’indicatif nous enveloppe dans l’intimité du couple. Leur vie est une aventure en terrain inconnu. Un périple où l’incertitude reste présente, à la fois exaltante et désespérante. Enseignante, la narratrice trouve dans le travail un échappatoire à l’infantilisation de son mari.

Felicia Mihali sait décrire cette vie de doutes constants avec justesse et humour. Malgré ses lourdes responsabilités, son travail, son mari, la narratrice est une femme du temps présent. Une femme qui pardonne, mais qui revendique aussi sa juste place.

« J’étais déçue et, oui, mortellement blessée. Mais la peine de Peter me responsabilisait. Pourquoi les hommes supportent-ils si mal la trahison de leur épouse? Cette pratique est-elle si nouvelle dans notre vie sociale que les maris n’ont pas encore acquis la capacité de la surmonter? Eh bien, une femme a aussi le droit de tromper! Les hommes n’ont pas l’exclusivité de l’adultère.« 

Petite vie, constate-t-elle. Et c’est là que la romancière excelle. Aussi bien dans la description d’une recette culinaire traditionnelle de son pays ou des rituels du couple avant de s’endormir. La science de l’autrice trouve sa force dans les émotions que sous-tendent les gestes les plus petits comme les plus grands.

Néo-Québécois

Une deuxième chance pour Adam s’avère aussi une magnifique plongée dans les réalités néo-québécoises. Le regard de ceux et celles qui ont migré nous aide à mieux comprendre ce qui nous réunit tous et toutes lors du voyage dans l’inconnu que représente la maladie et dans un pays où le froid de l’hiver et la froideur des gens sont souvent intraitables.

Au bout du chemin, migrants depuis quelques années ou depuis des millénaires finiront par se retrouver et se reconnaître. Peu importe qu’on ait une, dix ou cent chances de prouver notre humanité et l’amour conscient que cela exige.

« Nous ne sommes plus immigrants si nous mettons en terre l’un des nôtres. Nous commençons à appartenir à ce pays.

Felicia Mihali

Une deuxième chance pour Adam

Hash#ag

167 pages

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