Catégorie : Littérature

LITTÉRATURE: L'ombre du loup

L’un des meilleurs romans de 2019 est aussi l’un des plus actuels. Tristement. L’apparition du chevreuil d’Élise Turcotte décrit avec style la peur des uns faces aux menaces des autres. L’autrice a écrit un suspense sur la résilience et le courage qui s’opposent à la violence aveugle des carnassiers. Un manuel de survie pour les proies vivant dans l’ombre du loup.

LITTÉRATURE: José Claer, transexplorateur

José Claer, photo Marie-Pierre Drolet

La diversité sexuelle ouvre de nouveaux champs artistiques et littéraires. De nouveaux territoires lexicaux et narratifs, explorés par des artistes de plus en plus nombreux à évoluer en marge des concepts cisnormatifs. José Claer est de ceux-là. Son plus récent recueil Mordre jusqu’au sang dans le rouge à lèvres nous donne accès à une réalité crue, fantasmée, métaphorique, luxuriante. La sienne.

LITTÉRATURE: Vincent Giudicelli, manieur de feu

Vincent Giudicelli est un auteur français que nous a fait heureusement découvrir Annika Parance éditeur. Son roman Cardinal Song est paru en 2017 et son recueil de nouvelles Il faisait beau et tout brûlait, cet automne. L’écrivain, ses personnages et ses récits sont tous brûlants d’une véritable fièvre, d’un feu, souvent, de dernier recours.

LITTÉRATURE: Autrices étoiles

La maison d’édition La Mèche n’en est pas à son premier collectif. Après trois intéressantes cartographies du territoire, voici qu’elle se lance dans les étoiles avec douze autrices ayant chacune un signe astrologique différent. Mais c’est davantage une constellation de l’intime qu’une carte du ciel qu’ont planifiée Sébastien Dulude et l’astrologue en chef Ariane Lessard.

FTA: L’humanité

Soifs matériaux de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin est un spectacle immense, un condensé puissant de l’oeuvre humaniste de Marie-Claire Blais. La pièce reprend l’affiche du 24 janvier au 16 février à Espace GO.

Un spectacle de quatre heures, c’est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup si l’on considère les défis dramatiques posés par un texte littéraire qu’assument avec intelligence tous les artisans de la pièce, mais peu aussi, si l’on ajoute dans l’équation l’univers complexe développé dans les 10 romans qui forment le « décalogue » entrepris il y a plus de 20 ans par la romancière québécoise.

S’il n’y a pas, à proprement parler, de commandements dans Soifs, on pourrait en retenir un qui ressemblerait au « aimez-vous » christique, une sorte de vœu et d’espoir de la grande romancière pour « que notre joie demeure », comme dit le personnage de Vénus. À l’exemple de tous les autres, la jeune femme possède ses parts d’ombre même si elle en appelle de tout son cœur chantant à une fête pour tous.

C’est le lieu de Soifs matériaux qu’ont délimité Denis Marleau et Stéphanie Jasmin dans leur mise en scène. Une maison au bord de la mer où se rassemblent et se déposent toutes les voix humaines. Après une introduction de certains personnages principaux, comme Renata et Daniel, le récit englobera peu à peu une vingtaine d’autres récitants et autant de visions parallèles. Des voix qui s’entrechoquent parfois, mais qui sont surtout, chacune à leur façon, à la recherche de sens.

Le monde décrit par Marie-Claire Blais, et respecté à la lettre dans le spectacle, est celui d’aujourd’hui. Le caractère prémonitoire de l’oeuvre nous rattrape plusieurs fois durant la représentation. Un exemple: la romancière québécoise a écrit Soifs, le premier roman de la série, avant que les images du petit rescapé de la mer Elián González, déchiré entre ses familles américaine et cubaine, – à qui fait penser le personnage de Julio dans la pièce – n’émeuvent le monde entier.

On reconnaît les grands artistes à une esthétique et une vision, certes, singulières de l'(in)humanité, mais aussi à un sixième sens aiguisé qui attrape dans le plus infime de l’air des tragédies à venir: tueurs en série, remontée de l’extrême droite américaine, du racisme et de la misogynie, problèmes environnementaux, périls des migrants, etc. C’est ce à quoi on assiste dans Soifs matériaux.

Personne n’écrit comme Marie-Claire Blais. Ni en littérature, ni au théâtre. Denis Marleau et Stéphanie Jasmin l’ont bien compris. Les personnages de la pièce parlent à la troisième personne, ce qui permet le déploiement de la portée philosophique et du souffle poétique du matériau d’origine. Les vidéos impressionnistes en arrière-plan ajoute une texture pertinente au récit et les éclairages aux couleurs de l’intellect nous gardent dans un cocon où la pensée est constamment en mouvement.

La fluidité de la parole de la romancière, pratiquement sans ponctuation à l’écrit, est transposée à la scène de façon sensible. Lire Marie-Claire Blais, ou l’entendre sur scène, c’est avoir l’impression d’une seule et même voix répartie en dizaines et centaines de composantes, en autant d’expériences troublantes, joyeuses, désespérées ou résilientes. Des voix distinctes partageant, toutefois, un même bateau à la dérive.

Les personnages bien définis par le texte et la mise en scène n’enlèvent rien au fait qu’il s’agit d’une partition extrêmement difficile à interpréter. Il est d’autant plus agréable de la voir couler de source dans la bouche d’interprètes extraordinaires. Quand peut-on rêver de faire jouer ensemble des talents comme ceux d’Emmanuel Schwartz, Anne-Marie et Sophie Cadieux, Fayolle Jean, Dominique Quesnel, Marcel Pomerlo, Sébastien Dodge, Christiane Pasquier, notamment?

Celles-ci et ceux-là, interprètes, metteurs en scène, musiciens et concepteurs ont réalisé un grand moment de théâtre basé sur la parole unique de Marie-Claire Blais, d’ailleurs présente dans la salle lors de la première vendredi soir.

Dira-t-on aride ici ou monocorde là? Disons simplement que Soifs matériaux existe heureusement à l’abri des facilités du moment et résiste aux diktats du divertissement à tout prix et à tout instant.

C’est une invitation lancée à l’imagination du public avec comme objectif de transcender toutes les soifs de justice, de vengeance, de paix, d’amour, de spiritualité, de mort ou de sexe également. Ces femmes et ces hommes pétris de contradictions, braves et faibles, passionnés et froids, sont totalement imparfaits. On peut qu’espérer que leur humanité survivra aux colères et aux préjugés, aux petitesses et aux rêves trop fous.

L’espoir reste ici vivant dans la fraîcheur de l’enfant, dans l’idée d’une possible communauté et d’une pensée généreuse. Non, comme dit Denis Marleau, « rien de l’enfer ou du paradis » n’échappe à Marie-Claire Blais. C’est pourquoi son grand art mérite d’être largement partagé, d’être lu et entendu. Aujourd’hui et demain.

LITTÉRATURE: Camera obscura

Premier roman malheureusement passé inaperçu l’automne dernier, Les chambres obscures de Jean-François Villeneuve publié par Lévesque Éditeur, mérite l’attention. Ce récit filial parle avec justesse de la recherche de la vérité dans un monde où elle s’avère de plus en plus floue et, en filigrane, de la vie des exilés volontaires ou non, des apatrides, des réfugiés, au moment où l’on préfère détourner le regard de leur sort.