DANSE : Seul.e.s ensemble

Vega est l’un des astres les plus brillants de l’univers. Pour Emmanuel Jouthe, voilà une belle image et une inspiration pour lancer quatre interprètes en orbite autour d’une étoile imaginaire. Sa chorégraphie Vega fera briller ses danseurs et danseuses comme si ils et elles agissaient et interagissaient, seul.e.s ensemble.

Emmanuel Jouthe se préoccupe depuis ses débuts, il y a presque 12 ans, à réduire ou modifier l’espace interstellaire qui peut exister parfois entre la scène et le citoyen, comme il aime bien dire.

« J’essaie de créer des rencontres à travers une vision artistique. J’aime aussi qu’on ait une autre perspective sur ma démarche en invitant le citoyen à participer à l’expérience de la création. Vega respecte toutes les bases de mes projets. Je crée un poème sur corps qui, par la suite, amènera une médiation. »

Dans Vega, les spectateurs et spectatrices seront donc placé.e.s face à un système planétaire qui pourra paraître étrange ou déséquilibrant au départ, mais quand on y pense, absolument tout dans le cosmos, comme sur la terre, tourne autour de quelque chose ou de quelqu’un.

« J’essaie de visiter des territoires différents d’une pièce à l’autre. Si je fais une allusion à l’étoile Vega, c’est que j’avais l’idée de contraindre le danseur à un espace très précis, c’est-à-dire de lui faire connaître, depuis qu’il vit et que la vie est vie sur notre chère planète, la réalité de l’orbite. C’est très concret, on gravite tous autour d’une étoile. »

Élise Bergeron, Rosie Constant, James Phillips, Marilyne St Sauveur tournent donc autour d’une étoile symbolique, imaginaire.

« Le fait de graviter autour d’un point dans quatre orbites différentes, je crois qu’on peut dire qu’on est vraiment dans quelque chose de contemplatif. Il n’y a rien qui se situe au premier niveau dans cette idée. »

Lois de la physique

Le chorégraphe fera toutefois se courber les lois de la physique afin de permettre des rencontres entre les quatre planètes.

« Il y a alignement des astres, comme on dit. Ces points de réunion me permettent de créer une trame avec Vega. Par le hasard et le désir, il survient certaines rencontres et c’est là que ma proposition prend son sens. Mais ce sont toujours de brefs moments. »

Ce terrain de jeu particulier lui a permis de réfléchir au mouvement, dans sa constance et sa permanence ou impermanence.

« L’idée c’est de ne jamais s’arrêter. Au début, on avait des marques au sol pour délimiter le terrain, mais une fois que le corps avait intégré l’orbite, il pouvait explorer son espace-temps. »

Quand Emmanuel Jouthe travaille, il n’y rien d’écrit, sinon, souligne-t-il on ne pourrait pas « explorer tous les possibles du corps ». La pièce se construit quelque part entre le connu et l’inconnu, le précis et l’imprécis.

« La faille est quelques chose d’important. Je crée dans les interstices. On connaît la direction où l’on va et le lieu où l’on est, mais le comment pas nécessairement. Je crois beaucoup dans le potentiel intérieur de chacun des artistes qui peuvent proposer des formes en travaillant. Ça peut représenter un défi pour certains interprètes, mais je crois que c’est comme ça que l’art reste vivant. »

L’essai et l’exploration restent donc au cœur de tout voyage créatif entrepris, que l’on tourne autour d’un axe où que l’on voyage entre les planètes. En ce sens, les concepteurs jouent également un rôle prépondérant dans la quête de sens.

« La musique d’Antoine Berthiaume ajoute plusieurs couches de couleurs à la pièce tout en restant en suspension, un peu comme une planète, note-t-il. C’est un trame qui va et qui vient, plutôt tonale, mais qui convient très bien à ce spectacle contemplatif. Et les éclairages de Paul Chambers accompagnent bien la musique. »

Il estime avoir créé avec Vega quelque choses de très apaisant, surtout en juxtaposant tous les éléments du spectacle. Comme tout bouge en orbite, toutefois, la question du regard du public devient un enjeu de création.

« Je me permets de donner plusieurs profondeurs au point focal. Tout est observable parce que tout est fuyant. Il y a une fragilité dans cette proposition, dans le sens qu’elle nécessite une attention différente. C’est la porte d’entrée du spectateur pour atteindre sn propre imaginaire. Pour le public, c’est comme être dans u champ où l’on peut regarder ce que l’on veut puisqu’une c’est une invitation à imaginer. »

Vega n’a rien d’un voyage onirique pour autant. C’est du concret, « quelque peu décalé ». Une offre généreuse des artistes impliqués pour que cela devienne un champ libre aux yeux du public.

« On lâche notre lousse mais on revient toujours à la rigueur de la révolution autour d’un point. On peut soit descendre vers les profondeurs où l’on trouvera une lumière ou effectuer une ascension pour atteindre un moment où l’on se sent libre. On est seuls, ensemble, mais c’est dans la rencontre qu’on existe. J’ai énormément foi en l’imaginaire des gens », conclut le chorégraphe.


Vega est présenté du 25 au 28 novembre au Théâtre rouge du Conservatoire

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