FTA : Théâtre d'(h)auteur

Granma, Trombones de La Havane, photo: Doro Tuch.

Il y a toujours un.e auteur.e au théâtre, au singulier ou au multiple, à la mise en scène ou à la dramaturgie. Le 13e FTA a célébré du 22 mai au 4 juin l’importance du texte. Dans un monde qui nous tombe des mains devant tant de préjugés, de clichés, de courtes vues, d’humeurs et de bruits, le théâtre reste une agora où la pensée peut éclore et se déployer, où s’élever ne signifie pas rabaisser. Non pas pour pérorer, montrer son nombril ou ses connaissances. Non. Parce que simplement, le public, donc le monde, en a cruellement besoin.

Tous des oiseaux, Soifs matériaux et Constituons! resteront des temps forts du 13e FTA qui nous auront permis de reprendre contact avec le théâtre à texte. Avec des écritures dramaturgiques et scéniques fortes, mais, surtout, avec des pensées philosophiques et poétiques qui passent par la parole d’autrices.teurs important.e.s de notre époque.

Tous des oiseaux, c’est du Wajdi Mouawad, dit-on. Comme si les grands dramaturges avaient besoin de faire autre chose que du « eux-mêmes » depuis toujours. Sa parole est incarnée par d’excellents interprètes. Et si le dramaturge et metteur en scène continue de creuser son sillon, face à la conduite du monde, il n’y a aucun doute que les enjeux de cette fable du Moyen-Orient demeurent incompris. Que des choses restent à dire encore et toujours au sujet des différences et des identités. Et que l’homme s’est avéré jusqu’ici un fort mauvais élève dans les cours d’histoire.

Tous des oiseaux, photo: Simon Gosselin.

Ces remarques valent également pour Soifs matériaux. Denis Marleau et Stéphanie Jasmin ont si bien compris Marie-Claire Blais que le texte ample et généreux, ici aussi porté par des actrices.teurs impressionnants, nous transperce de vérité. La grande romancière québécoise et ses complices scéniques se penchent en partie, comme Wajdi Mouawad d’ailleurs, au chevet de « marginaux », peu importe leur rang social, genre, race ou religion. S’ils étaient une force politique, ils surpasseraient en nombre et renverseraient probablement tous les pouvoirs financiers ou politiques. Or, ceci n’arrivera pas. Les laissés pour compte le resteront, même si, heureusement, ils ne laisseront pas tomber.

Et, si alors, on proposait une autre façon de partager et de faire? Avec Constituons!, l’incandescent Christian Lapointe a mené à bon port son initiative citoyenne remarquable. Ce théâtre documentaire a donné naissance à un texte rigoureux et représentatif des citoyens de cette société québécoise dite distincte. Pour la suite du monde, il est à souhaiter que les beaux parleurs de la langue de bois et autres petits faiseurs des pouvoirs osent s’inspirer de cette écriture collective.

Constituons!, photo: Valérie Remise.

Textes percutants, écritures fortes, danses et théâtres du vécu

Les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini ont mis de l’avant avec Quasi niente, le quotidien à fleur de peau de personnes dépressives dans un texte qui résonne de sensibilité. Dans Granma, Trombones de La Havane, Rimini Protokoll nous a présenté quatre Cubain.e.s cultivé.e.s, voire lettré.e.s, dont les expériences personnelles et familiales tracent un portrait mitigé, et d’autant plus intéressant, de la vie avant, pendant et après Fidel Castro.

Démarche documentaire fantaisiste et grave, simple et technologique à la fois, Cuckoo du Sud-Coréen Jaha Koo nous a appris en une heure au sujet de ce pays plus que tout ce qu’on – les médias américains notamment – a voulu nous faire croire depuis 20 ans. Transcender l’histoire officielle et la censure, c’est aussi ce que fait la Polonaise Anna Karasińska dans Fantasia. Les interprètes improvisent sur un texte lu par la metteuse en scène. Une écriture drôle, mais beaucoup plus actuelle et politique qu’il n’y paraît.

On a également constaté au FTA que la gestuelle peut servir le texte comme dans ce Hidden Paradise d’Alix Dufresne et Marc Béland. Pièce faussement ludique où l’analyse rigoureuse que fait Alain Denault des dommages causés par les paradis fiscaux peut littéralement prendre corps sous nos yeux.

Enfin, la performance This Time Will Be Different de Lara Kramer et Émilie Monnet arrivait à point nommé en fin de festival dans le contexte du dévoilement du rapport d’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. En proposant un cérémonial réflexif, les deux artistes réagissent avec sagesse et calme – elle auraient bien pu dire The Fire Next Time comme James Baldwin il y a 55 ans, mais soulignent plutôt que ce sera différent dorénavant – à la pseudo « réconciliation » faisant suite à un autre rapport, celui sur les pensionnats autochtones.

Dans cette pièce, il s’agit de la même histoire coloniale mise à nue page par page au moment où les médias traditionnels s’acharnent, articles après articles depuis des jours, à une entreprise unanime de déculpabilisation en alimentant un faux débat et en attirant toute l’attention sur un seul mot, alors que des millions d’autres attendent réparation.

Le FTA nous a dit, cette année, que les maux existent en diverses formes et couleurs. Peut-être que les pansements ne sont plus suffisants et qu’un grand lavage s’en vient (Bacchantes prélude pour une purge, Marlene Monteiro Freitas). Peut-être que les mots peuvent encore servir. La danse, le théâtre et leurs créateurs s’activent, dans leur chair et dans leurs récits, à lancer un rappel à l’ordre. Pas celui des pouvoirs politiques ou médiatiques, pas celui des hauts cris et des controverses fabriquées.

L’ordre de la pensée. De la tête qui écoute le cœur plutôt que les cotes d’écoute ou les clics, du libre arbitre et du rassemblement citoyen comme rempart aux pires excès de la censure idéologique ou autre, du capitalisme financier, des démagogues de toutes sortes, du racisme et du sexisme à l’ère de L’affadissement du merveilleux (Catherine Gaudet). Un jour, peut-être, dépasserons-nous la peur et la cupidité, (Fear and Greed, Frédérick Gravel).

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