THÉÂTRE: Shakespeare hurlant

MAC(DEATH) , photo: Robert Pelletier

MAC(DEATH) ou Macbeth en heavy metal, ça va de soi. Le metteur en scène Jocelyn Pelletier y travaille depuis quatre ans et après quelques laboratoires de création, voici sa version finale de la plus saignante et de la plus bruyante des pièces de Shakespeare.

À mi-chemin entre concert heavy metal et pièce de théâtre le MAC(DEATH) de Jocelyn Pelletier ne fait pas dans la demi-mesure. Après tout, la pièce originale de Shakespeare non plus. Elle inclut des sorcières, des forces occultes, la soif de pouvoir du roi Macbeth et de sa Lady, la paranoïa, la violence, des éléments qui font croire que tous les excès sont permis en abordant cette tragédie.

« Quand j’ai eu cette idée il y a bientôt quatre ans, ça me paraissait très clair que Macbeth renvoyait logiquement à un tel spectacle. Le métal fonctionne très bien avec les thèmes et le traitement que je voulais en faire. Pour sortir d’un théâtre psychologique, je mets les musiciens en danger par rapport à leurs instruments. C’est dans cette tension-là, qu’on finit par voir le chemin psychologique des personnages. La musique incarne leurs angoisses, leurs désirs bafoués, leurs fantasmes. Les comédiens sont on the edge. »

Son MAC(DEATH) est construit en deux chapitres, précise-t-il. Le premier étant plus musical, et le second plus théâtral. « Ça devient une peu plus abstrait après la mort de Banquo [un général ami de Macbeth que celui-ci fait éliminer]. On pourrait dire que c’est un spectacle musical avec une mise en scène développée », souligne Jocelyn Pelletier.

Jocelyn Pelletier, photo: Jules Ronfard

« Je cherchais une fébrilité chez les comédiens qui doivent se dépasser en quelque sorte en interprétant des personnages et en jouant de la musique. Comme chez Shakespeare, ça devient plus grand que nature et c’est très théâtral. »

Les compositions originales d’Érick D’Orion ont été enregistrées et sont jouées sur scène par lui-même ainsi que quatre autres interprètes: Fanny Migneault-Lecavalier, Maxim Paré-Fortin, Guillaume Perreault et Samuel Bobony.

Chez Shakespeare, Macbeth et sa femme éliminent tous ceux qui leur barrent la route du pouvoir, mais le couple maudit sombre dans la folie en raison de leur paranoïa et de leur culpabilité. La version métal retient les personnage principaux que sont le roi, la reine, Banquo et les sorcières prophétiques.

photo: Maxim Paré Fortin

« Comme me disait Stéphane Lépine, avec qui j’ai travaillé la dramaturgie, c’est un Macbeth qui va a la moelle. C’est assez concentré sur le personnage du roi. On ne pouvait pas inclure tous les personnages et faire durer la pièce trois heures. »

En avant la musique

Travail rythmique, spoken word, lyrisme, musique narrative et chantée, voix gutturales…. le rock prend ici toutes ses couleurs.

« J’ai transposé le texte de Shakespeare dans des chansons en français et en anglais qui se regroupent en tableaux. Je me suis inspiré entre autres de la version d’Heiner Müller pour le rythme et de la version en anglais de base », explique Jocelyn Pelletier.

Photo: Maxim Paré Fortin

Il n’était pas question de de détruire les guitares ou tout autres instrument sur scène, cependant. Le budget ne permettait pas de pousser le rituel rock jusque là, mais l’énergie et le risque sont des éléments présents qui restent en place d’un bout à l’autre de la représentation, assure le metteur en scène.

« Il y a quelque chose de brut et d’authentique dans cette musique qui va bien avec le sujet. La pièce raconte d’ailleurs l’histoire d’un groupe de musique qui doit jouer les tounes d’un album concept autour de Macbeth. Après, ça vire complètement de bord avec une caméra en direct, un court métrage et un rituel dark live. Chez Shakespeare, Macbeth se retrouve tout seul à la fin, il a tué tout le monde. Donc, on va vers un certain dépouillement nous aussi. »

Diplômé du Conservatoire de théâtre de Québec et de l’École nationale à Montréal, Jocelyn Pelletier roule sa bosse dans le milieu théâtral depuis quelques années déjà. Après deux mises en scène à Québec récemment, au Périscope et à la Bordée, il planche sur un sepctacle de médiation culturelle et continue de développer ses propres projets.

« En me promenant, je réussis à tirer mon épingle du jeu pour des projets plus personnels ou particuliers comme MAC(DEATH). Il faut trouver, dans le fond, les bons partenaires, comme La Chapelle dans ce cas-ci. Je suis assez choyé parce que les idées folles que j’ai intéressent des gens. »

Rock on!

MAC(DEATH) est présenté au Théâtre La Chapelle du 9 au 17 mars. Il y aura une rencontre avec les artistes après la représentation du 13 mars.

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