VOIX DE POÈTES: Bertrand Laverdure

 Bertrand Laverdure, photo: Pascal Lysaught

À l’initiative de notre collaborateur, Sylvain Campeau, En toutes lettres entreprend aujourd’hui une série de lectures de poésie pour mettre des mots sur les maux du moment.

Pour cette première lecture, le Poète de la cité de Montréal de 2015 à 2017: Bertrand Laverdure. Poète, romancier, infatigable initiateur et promoteur de projets littéraires, Bertrand Laverdure a publié récemment Lettres en forêt urbaine. Le projet Xanadu. (Mémoire d’encrier) et Un herbier de Montréal des poètes et des bédéistes (La Pastèque), deux livres issus de sa résidence comme Poète de la Cité.

Il a créé le 16 mars sur Twitter le hashtag #covidPoème auquel ont adhéré d’autre poètes pendant une dizaine de jours. Il tient maintenant son #journaldemaquarantaine. Ces projets prendront fin un jour ou l’autre, mais Bertrand Laverdure estime qu’il en restera toujours quelque chose. Comme disait Andrée Chedid, la poésie ne finit jamais.

« Je vis ça dans le moment présent avec mon journal de quarantaine, deux ou trois choses que j’écris chaque jour. L’idée c’est d’écrire pour faire miroir à ce que les gens vivent sur le moment et, surtout, ne pas contribuer à encombrer les étagères de librairie dans un an avec des journaux de confinement. Je fais un exercice de thérapie personnelle sur Twitter. C’est un art éphémère: transposer en poèmes les angoisses et les émotions. »

Il n’y a plus de respirateurs, Bertrand Laverdure

Mains mais, Bertrand Laverdure

La vie et la création ne s’arrêteront pas là, évidemment.

« J’ai plein de projets. J’ai un roman au Cheval d’août, portant en partie sur ma mère, qui devrait sortir en 2021 et un album illustré, par Catherine Filteau, à La Bagnole sur les arbres aussi. Maintenant, il s’agit de voir comment les éditeurs vont procéder. La traduction de La chambre Neptune (Book*hug) devrait sortir cet été en version électronique et la version papier en août. Toutes les sorties de livres sont reportées en ce moment. »

La pandémie aura des effets sur tout et pour tous, souligne-t-il.

« Les choses qui vont sortir de la crise, selon moi, c’est l’importance donnée au télétravail et au commerce local. Les gens vont comprendre que cela est possible. Mais j’ai surtout peur pour le transport en commun. Les gens auront peur de l’utiliser. Personnellement je marche beaucoup, mais la vedette va être la bicyclette cet été. »

Et la littérature, après?

« L’écriture va changer. L’année 2001 a inspiré plein de gens, par exemple. Ce ne sera pas nécessairement le cas pour tous, mais cette fois, c’est une expérience mondiale que tout le monde vit en même temps. Ça ne s’était pas vu depuis la deuxième guerre mondiale. Je crois que ça va faire une strate dans les livres comme dans les fossiles. Je suis curieux de voir ce qui va en sortir parce que c’est certain que quelque chose va en sortir. »

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Sa suggestion de lecture de confinement:

Les tracts de Gallimard

« À leurs écrivains vedettes, ils demandent de courts essais de six à huit pages. On peut les télécharger gratuitement après les avoir commandés sur le site. C’est de la littérature de circonstance qui réfléchit à chaud sur l’époque. Annie Ernaux, Alessandro Baricco et Sylvain Tesson en ont écrits. »

https://tracts.gallimard.fr/