ARTS MÉDIATIQUES: Au diapason de Nicolas Bernier

Nicolas Bernier est une figure connue des arts médiatiques. Comme artiste sonore, il a été, pendant 10 ans, l’artisan de maintes expérimentations et l’invité de bien des événements de musique nouvelle. Maintenant professeur au département des musiques numériques à l’Université de Montréal, il n’a pas cessé pour autant sa pratique artistique. Son livre, Sur le diapason, porte sur un cycle bien particulier et permet de suivre un artiste hors norme sur le lent sentier de sa création.  

C’est sur une succession d’œuvres produites dans une même lancée auquel le livre de Nicolas Bernier Sur le diapason s’attarde. Il se présente d’ailleurs de manière à respecter au plus près cet objectif. On y retrouve des textes de deux commissaires ayant croisé la route de l’artiste et d’un troisième larron, qui double son travail de conservateur de celui de physicien, à l’écoute du passé de cette discipline et des instruments qui furent développés pour mieux la faire rayonner.

La réalité sensible de ces recherches sur le son n’a pas échappé à Nicolas Bernier. C’est sur ces façons propres de chercher à expliquer le sonore que reposent ses travaux. Remettre le sensible dans l’épaisseur de ces considérations très scientifiques semble être le mandat qu’il s’est donné.

Il est vrai que les instruments qu’ont pu construire les scientifiques pour leurs recherches n’ont pas qu’une valeur pour la science, ils apparaissent eux-mêmes comme des œuvres de l’imagination, des pièces à investir pour réveiller leur potentiel artistique. On voit en eux plus que leur valeur proprement scientifique; une aura les nimbe qui dit toute la ferveur des chercheurs, toute leur sensibilité occupée à traquer ce dont est fait le son, comment il émane des objets et des choses, comment il en vient jusqu’à titiller nos sens.

Les textes des collaborateurs à cet écrit viennent ponctuer les moments de ce cycle de création entre son, science et lumière, comme l’annonce le sous-titre sur la page-titre du livre. Sur une période qui va de 2012 à 2016, mais dont les recherches préliminaires précèdent cette période, Nicolas Bernier nous montre les étapes menant à une série dont le titre commun est frequencies.

Son intérêt est d’abord éveillé par le diapason qui est à la fois un instrument de musique, apte à donner le ton à une performance, à offrir un point de départ, et un appareil scientifique pour l’étude des sons et de leur résonance. C’est dans le creuset de ces deux mondes, scientifiques et artistiques, que l’artiste va puiser son inspiration et il en résulte des œuvres et des performances qui chevauchent les mondes de l’acoustique et du numérique. La mécanique sonore rencontre ainsi sa fabulation par l’absorption et la résurgence digitale.

Pour le reste, les sections sont ponctuées de ses propres textes qui introduisent les multiples déclinaisons de ces frequencies. Cela permet de littéralement entrer dans l’atelier et même dans la tête du créateur. Son travail, avoue-t-il, est souvent le résultat d’une longue gestation. Par contre, lorsque les idées sont devenues claires et l’objectif, bien identifié, la fabrication comme telle de l’oeuvre peut prendre un mois.

Nicolas Bernier a donc conçu ce livre pour nous faire comprendre le processus, pour qu’on l’accompagne en quelque sorte. Cela explique les références, en images comme en mots, à des résidences, à des rencontres avec des lieux, des textes historiques et des gens, à une exploration pré-travail qui consiste à s’immerger en des écrits et des recherches sur les propriétés du son comme de la lumière. On en vient à comprendre comment cette gestation peut s’opérer grâce au descriptif des œuvres du cycle, adroitement présentées, et aux nombreuses images qui composent la seconde moitié de l’ouvrage.

De plus, une fois l’objet conçu, il faut penser présentation. Ces actions musicales, comme il les nomme, peuvent être bruitistes, improvisées, combinées avec des éléments acoustiques ou électroacoustiques. Il avait privilégié la vidéo dans le passé. Maintenant, c’est la pure et simple lumière, blanche, un rien clinique, pure certes, cette autre manifestation ondulatoire, qui vient nimber les œuvres. En représentation ou en galerie, elles ont été exhibées et expérimentées dans le cadre de nombreux festivals consacrés à la création acoustique, numérique, sonore et visuelle.

En plus de cela, Nicolas Bernier a été de maintes aventures artistiques, allant jusqu’à travailler au théâtre avec Denis Marleau et sa troupe, ou avec d’autres artistes comme Isabelle Hayeur pour qui il a créé la musique de la vidéo installation Ascension. Sa discographie commence aussi à prendre de l’importance. Elle se compose parfois des effets sonores des œuvres créées pour la performance ou la galerie; parfois aussi elles sont purement musicales.

Nicolas Bernier, Music for a Piano :

https://nicolasbernier.bandcamp.com/album/music-for-a-piano

Les différents moments de frequencies :

Nicolas Bernier

Sur le diapason. Autour d’un cycle de création entre son, science et lumière

Les presses du réel

176 pages

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