LITTÉRATURE: Le livre de l’été

Faussement léger, vraiment profond. Voici le livre de l’été qu’on déguste un verre de rosé à la fois. Avec Le complexe de Salomon publié par Alto, Hélène Vachon propose 12 nouvelles en moins de 100 pages. Des histoires aigre-douces, ironiques ou franchement hilarantes qu’on prendra plaisir à relire afin de ne pas trop déprimer devant un monde à l’envers.

Ça commence en sortant de prison. En s’éloignant du confinement que l’on a vécu, on s’identifiera sans peine au protagoniste de L’arrêt 139. L’ex-détenu se meurt pour une seule chose, une cigarette, mais, pour arriver à ce plaisir coupable, il devra supporter impassiblement les remarques désobligeantes d’un vieil homme cruel et raciste avant l’arrivée de l’autobus.

Et ça se poursuit avec une mère qui aime trop et mal sa fille par trop soumise. Mais encore, dans la troisième nouvelle, Intelligence artificielle, une bouteille d’eau interactive nous démontre l’absurdité mi-numérique mi-vous-n’êtes-qu’un-numéro du futur qui nous attend.

Dans Les enfants du silence, on se croirait retomber dans l’univers des Nullipares, l’excellent recueil de récits dirigé par Claire Legendre, en ayant accès aux pensées d’une femme qui n’a pas d’enfant.

« La plupart des gens de mon âge ont grandi dans un parc d’un mètre sur deux, entre une gardienne assoupie et un canard en plastique. Nous en avons gardé une attirance farouche pour la solitude et une tendance lourde à l’introspection. Nous n’avons sans doute prononcé notre première phrase audible que vers trois ans et demi, et peu d’entre nous ont ambitionné de faire les Olympiques à quatorze ans, d’inventer le capteur à ultrasons pour aveugles ou de fabriquer un désodorisant à base de fumier de vache.

Nous sommes les enfants du silence. Nous n’attendons pas de la vie qu’elle nous donne tout. »

Sous haute surveillance est une autre histoire de taule où la laideur des hommes prend toute la place. Incompréhensible, inquiétante, dérangeante. Mais Hélène Vachon ne se limite pas aux endroits fermés, elle voyage aussi comme elle le démontre avec Malentendant et malentendu, uns histoire rigolote au possible au sujet d’un vieil écrivain danois.

L’autrice se fait par la suite fort émouvante dans Le vieux chien, puis nous ramène à l’époque des dénonciations actuelles avec Suspect ou, autrement dit, quand la bonté et la générosité deviennent matières à critiquer dans un monde où tout le monde a peur de tout le monde… ou presque!

« Qu’ajouter? Que le vertu est inaltérable et l’histoire sans fin. »

Entre psys est la suite logique de la nouvelle précédente en ce qu’elle creuse ce qui cloche entre les humains. Ce dialogue entre hommes cultivés et fins analystes est réjouissant. Deux hommes malheureux qui aiment vivre parce que « l’ordre et la beauté peuvent naître de la violence et du chaos. »

Riche et sage comme Salomon, raconte la légende.La nouvelle qui donne son titre au recueil se passe des nos jours sous la pluie battante. Une averse réunit le riche et les pauvres sous un même abri. Sans que cela ne paraisse ce merveilleux texte ancré dans une réalité toute simple nous parle de cupidité, d’orgueil, d’égoïsme, de jalousie, de renoncement, de persévérance. N’est pas nécessairement riche et sage le Salomon en question.

Comble de sagesse, cependant, le recueil se termine sur le Désenchantement. Celui de l’autrice, sans doute un peu, et de l’écrivain autrichien Stefan Zweig disparu en 1942. Et on se met à espérer que, ce qui semble se répéter à notre époque, le désamour, la méfiance, la haine et la violence dans les rapports humains, ne soit pas un ultime avertissement: « vous aviez ce pouvoir et vous n’avez rien fait ».

Douze histoires pour notre temps où, devant l’urgence, Hélène Vachon n’écrit pas un mot de trop. Elle manie l’art de la nouvelle surprenante et percutante à la perfection. Bien écrit, structuré et rythmé, ce recueil est brillant.

En outre, rires et sourires ne figurent pas ici sur la liste des personæ non gratæ. Ces fables modernes ne manquent pas de nous prévenir et de nous faire percevoir la possibilité de faire les bons choix, soit ceux d’embrasser un arbre, un chat ou un être humain le plus rapidement possible.


Hélène Vachon

Le complexe de Salomon

Alto

104 pages

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