LITTÉRATURE: Des Métis québécois ?

Dans cet essai sur les hommes libres, Bois-Brûlés, Half Breeds du nord-ouest du Québec, Guillaume Marcotte s’intéresse à ce qui pouvait bien les caractériser et fonder leur identité. Cette recherche prend un relief assez intéressant, dans un contexte où le statut de Métis ne semble pouvoir être attribué à personne au Québec, convaincus que tous sont que, si c’est là une réalité tangible pour les habitants des Prairies, personne ici ne peut revendiquer ce titre. Après avoir lu De freemen à Métis, l’histoire retrouvée des gens libres entre la Baie-James et Montréal, il faudra peut-être réexaminer tout cela.

C’est un filon peu exploré que l’auteur s’emploie à investiguer. Il s’agit pour lui de voir si n’existe pas un fil qui relierait ces hommes libres du Québec aux Métis. Ceux-là n’auraient-ils pas, d’une certaine façon, contribué à l’existence et au développement de la nation de ceux-ci?

Nous sommes dans ce contexte à une période de l’histoire du Canada où il commence à être difficile de parler encore de coureurs des bois. Tout ce qui les caractérisait, cette activité commerciale jumelée à un certain type d’existence empreinte de liberté et d’accommodements avec les nations autochtones, se trouve trop profondément altéré par le passage du temps et les changements dans les rapports commerciaux pour qu’on puisse encore les qualifier ainsi.

Se profilerait donc maintenant un autre type de vie dite sauvage, dont on connaît mieux les tenants et aboutissants dans l’ouest du pays, mais dont on croirait à tort qu’on en trouve guère de traces au Québec. Cela explique que ce qui intéresse le chercheur à savoir davantage leur existence dans un corridor qui va, grosso modo, de la Baie James, en fait Moose Factory, à Montréal, en passant par l’Outaouais et ses affluents.

Les multiples visages que ces gens peuvent prendre, les identités diverses qu’ils revêtent, parfois au gré du contexte et de leurs intérêts propres, sont en fait dus à cette relative proximité avec la région de la vallée du Saint-Laurent. Le peu de cas que la recherche a pu faire d’eux, à l’avantage de freemen des Prairies et des Rocheuses, peut aussi être compris à la lumière de ce voisinage.

L’auteur est ici d’une méticulosité extrême. Il écume les fonds disponibles, documents de mariages, archives de toutes sortes et rapports de la Compagnie de la Baie d’Hudson, pour affiner le portrait de ces gens, de leurs relations, familiales comme commerciales. Cet homme libre est celui qui a rompu son engagement avec ladite Compagnie, seule à seule à partir de 1821, alors que sa rivale, la Compagnie du Nord-Ouest, est forcée de fusionner avec elle.

Cet ex-employé, souvent doté d’une épouse autochtone, peut alors se targuer de son expérience, de ses alliances et de son réseau pour faire cavalier seul, commercialement parlant. La proximité du territoire qu’il arpente pour son labeur, avec les centres que sont Bytown et Montréal, se révèle un autre atout qu’il sait mettre à profit.

L’examen scrupuleux que fait Guillaume Marcotte de leurs activités peut devenir un peu lassant, il faut le dire. Mais il met en relief le fait que ces hommes et ces femmes se targuent en fait d’identités multiples et cumulatives, qu’ils se réclament de l’une ou de l’autre selon les contextes.

Le fait même de ne plus être à l’emploi de la Compagnie de la Baie d’Hudson, qui les définit en bonne partie, n’est même pas définitif, tant il appert que des contrats de courte durée ou même des retours en son giron sont possibles. Car ces hommes et ces femmes lui font en quelque sorte concurrence et celle-ci cherche des moyens de réduire cet impact négatif, quitte à les amadouer, en y allant de toutes sortes d’accommodements.

Cet ouvrage vient combler un manque. Il pourra assurément servir à ceux qui cherchent à embrasser les multiples facettes des identités canadiennes et québécoises. Et il apportera éventuellement de l’eau au moulin pour ceux et celles qui voudraient réclamer un statut de Métis au Québec.

Ou simplement pouvoir se dire à eux-mêmes ce qu’ils et elles sont et d’où ils et elles viennent!


Guillaume Marcotte

De freemen à Métis, l’histoire retrouvée des gens libres entre la Baie-James et Montréal

Presses de l’Université Laval, 2021

343 pages