Divers: Chute libre, la spirale de la condition humaine

La chorégraphe et cinéaste Dana Gingras a collaboré avec Marie Brassard (texte et narration) pour créer Chute libre, un film immersif présenté à la SAT jusqu’au 27 avril. Cette expérience allie l’intelligence d’une forme maîtrisée par la réalisatrice à la qualité de la réflexion de la dramaturge pour créer un continuum narratif convaincant sur la réalité organique de la condition humaine.

Dana Gingras n’en finit pas de chuter. La chorégraphe et cinéaste s’intéresse à ce qui se passe entre le début et la fin. Du geste, de l’amour, de la vie. Elle en a fait un très beau film immersif, Chute libre, qui use d’effets cinétiques tout en faisant s’agiter nos neurones.

« L’idée de la chute est à la base de ma pratique chorégraphique depuis 25 ans, dit-elle. Les danseurs travaillent par opposition à la gravité, mais le fait reste que le corps chute, même en marchant. Quand la SAT m’a proposée de faire un film pour le dôme, j’ai tout de suite pensé qu’on pourrait voir ce que ça signifie de tomber. »

Amies depuis longtemps, Dana Gingras et Marie Brassard se sont mises à réfléchir à ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui tombe d’un édifice, qui tombe endormi ou amoureux. Le vertige, l’horreur. Une métaphore de la fin qui termine toute vie humaine, même si parfois, l’espoir permet de « chuter vers le haut », comme le suggère le film.

« C’était important d’avoir ce contraste avec la spirale vers le haut aussi, croit la cinéaste. C’est une façon de sentir que la gravité est une spirale. La gravité pré-existe toute l’énergie qu’on trouve dans la forme de la spirale. Je pense que ça rend la chute plus viscérale pour le spectateur. »

Les références cinématographiques abondent dans les effets dessinés par Dana Gingras et son équipe: que ce soit Vertigo d’Alfred Hitchcock et les compositions abstraites des classiques de Busby Berkeley. « La première inspiration étant le film Anémic cinéma de Marcel Duchamp et Man Ray qui comprend spirales et texte », ajoute-t-elle.

Au total, les trois danseurs.euses – Olivier Lemieux, Sovann Rochon-Prom Tep et Esther Rousseau-Morin – ont effectué une soixantaine de mouvements différents sur trampoline et au sol pendant le tournage afin de créer une mosaïque corporelle impressionnante. Selon Dana Gingras, ces formes abstraites touchent à quelque chose de plus éthéré.

« Dans le passage de la vie à la mort, il y a potentiellement, chaque seconde, des esprits qui émergent ou qui meurent. L’espace entre la vie et la mort, c’est une question métaphysique qui m’intéresse personnellement. La multiplication des corps évoque ça pour moi. Il n’y a pas vraiment de finalité dans le film. »

La dôme de la SAT lui a permis de maximiser les mouvements des danseurs et l’effet de spirale. « Dans un sens, ce lieu limite la créativité, mais dans l’autre, ça ouvre toutes sortes de possibilités aussi. »

Pour voir la bande annonce:
http://microclimatfilms.com/films/chute-libre/

Marie Brassard

Dana Gingras savait qu’en faisant appel à Marie Brassard pour le texte et la voix, elle aurait toute la matière nécessaire pour initier l’expérience immersive.

« Elle s’est inspirée des neuf cercles de l’Enfer de Dante. Marie a écrit un récit personnel où l’effet de sa voix et la fait que les spectateurs soient couchés au sol assure une qualité hypnotique au film. Sa voix convoque des images. »

Marie Brassard ajoute que son expérience passée avec des chorégraphes l’a aidée à trouver la « dramaturgie » dans la proposition immersive de son amie qu’elle a connue lors de ses tournées à l’international.

« Dana travaille sur la chute depuis longtemps. On en a beaucoup parlé. La chute c’est aussi une métaphore pour l’acte de créer. Se laisser tomber dans la mort, l’inconnu et la vie aussi. J’ai créé une structure qui s’inspire de celle de Dante. En choisissant l’image d’une personne qui chute d’un édifice, il m’est venu celle du 11 septembre. Cela nous a marqués universellement. Se jeter dans la mort, ça donne le vertige juste d’y penser. »

Plus philosophiquement, la dramaturge et autrice s’est aussi demandée ce que serait la chute si celle-ci n’avait jamais de fin.

« On se met dans cet état quand on crée une nouvelle oeuvre. En tant qu’artiste, aussitôt qu’on a un nouveau projet, on y est confronté. On croit que ce processus sera sans fin. »

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