Théâtre: Cr#%# d’oiseau cave… « quelque chose de plus doux »

La pièce Cr#%# d’oiseau cave est présentée à La Licorne jusqu’au 25 mai.

Michel-Maxime Legault. Photo: Julie Rivard

Après ses remarquables mises en scène de Centre d’achats (Emmanuelle Jimenez) et Les bâtisseurs d’empire ou le Schmürz (Boris Vian), Michel-Maxime Legault nous offre Cr#%# d’oiseau cave, une traduction de Stupid Fucking Bird de l’américain Aaron Posner. Malgré le titre, dans cette adaptation hallucinée de La mouette de Tchekhov, le metteur en scène s’intéresse, tout comme le célèbre dramaturge russe d’ailleurs, aux multiples soubresauts des relations humaines, y cherchant quelque chose… « de plus doux », comme le dit le texte. Entretien d’une grande franchise avec un artiste fort occupé.

Question: Aaron Posner se spécialise dans des adaptations audacieuses de Tchekhov. En fait, il le met au goût du jour et prouve que ce dont il est question reste toujours pertinent aujourd’hui. Comment vous est venue l’idée de le traduire ici?

Michel-Maxime Legault: Catherine Lavoie avait repéré ce texte à Chicago et m’en a parlé. Benjamin Pradet l’a traduit et adapté au Québec. C’était très concluant. En amoureux de Tchekhov, Denis Bernard a embarqué là-dedans. Ensuite, j’ai pris du temps pour monter la distribution, un bon trois mois. Robert Lalonde joue un auteur et Danielle Proulx, une actrice de renom. Autour d’eux, il y a des interprètes un peu moins connus puisque le texte se penche notamment sur la notoriété et l’art. Une des questions qu’on se pose est: si l’art est impopulaire, est-ce que ça veut dire que c’est moins bon? J’avais envie d’aborder ça. Pour avoir travaillé avec certaines vedettes dans le passé, je me suis demandé pourquoi, pour attirer des gens dans la salle, on prend des artistes connus. Des fois ça marche, d’autres fois, moins bien. Il faut se questionner là-dessus au théâtre dans le but de mieux servir le texte.

Q: Il y a d’ailleurs beaucoup d’apartés et d’adresses directes au public, duquel on attend parfois qu’il réponde. C’est très particulier.

MML: L’interaction avec le public est importante. En répétition au début, je posais la question: est-ce que c’est Robert Lalonde et Danielle Proulx ou leur personnage qui parlent? On a donc beaucoup travaillé le niveau de jeu. Une théâtralité se développe, mais on joue constamment sur une fine ligne dans la pièce.

Q: Le texte parle de l’art, de son importance, de son interprétation, de l’amour, du couple, de ce « à quoi ça sert », comme si tout ça devait « servir » quelque chose… Et on en « discute » avec les spectateurs parfois.

MML: Comment briser le quatrième mur sans que le public ne se sente menacé, c’était l’un des défis de notre production. Les spectateurs ne veulent pas nécessairement être des acteurs. On ne veut pas les agresser. On a travaillé dans le sens d’ouvrir le débat public. Ils ont la possibilité de se prononcer, mais sans les faire participer comme tel. Je ne voulais pas aller là. J’ai envie de faire du théâtre humain, pas uniquement qui s’adresse aux gens du milieu. Monsieur et madame tout le monde, pour moi c’est important.

Extrait de la pièce:

« Pis ce qui est crissement ironique, tsé, c’est que peu importe à quel point le monde entier est en train de se désagréger, ce que la plupart du monde veut vraiment, au fond-fond-fond, là, c’est juste se coller contre quelqu’un d’autre la nuit pis peut-être juste réussir, juste peut-être, réussir à toute oublier, au fond, toute oublier ce qu’on sait déjà. Vous le savez ce que je veux dire. Je le sais que vous comprenez. »

Q: Faire réfléchir est une mission du théâtre, mais on peut y arriver de diverses façons finalement. Même s’il semble plus difficile de surprendre le spectateur de nos jours.

MML: Il faut se poser la question à qui on parle et à qui on a envie de parler. Moi, je me pose personnellement la question si je fais du théâtre pour la critique, les directions de théâtre afin d’être réengagé ou pour le public. On peut s’y perdre. Le choix des textes est important pour ça. Je me demande toujours si une humanité en ressort pour ne pas tomber dans l’exercice de style. C’est important de prendre le temps de réfléchir à notre vision du monde. Le spectacle est une fresque de réflexions. Tout le monde peut y trouver son compte, tout dépendant des personnages.

Q: Comment avez-vous travaillé avec les interprètes justement?

MML: C’était important pour moi d’avoir des artistes qui dégagent une grande humanité et d’échanger avec eux plutôt que d’imposer mes choix. C’est un projet plus collectif, une réflexion collective et une rencontre magnifique.

Q: Est-ce qu’un texte aussi fort peut faire en sorte de limiter les choix pour la mise en scène?

MML: J’ai tout enlevé. On essayait de mettre une chaise et ça ne marchait pas. Ça faisait trop préparé. C’est un lieu hyper épuré avec des éclairages de Cédric Delorme-Bouchard, on connaît son talent, qui découpent l’espace. Ce texte repose sur les artistes, alors je n’avais pas envie de mettre de l’argent sur les décors et les accessoires. On s’appuie sur les acteurs. Puis, la Licorne permet la proximité avec eux.

Q: Le texte alterne les moments d’humour et d’autres, plus sérieux, mais selon ce que vous dites, le travail s’est fait dans le plaisir?

MML: Je connais Robert Lalonde depuis dix ans, on est des amis, et j’avais travaillé avec Danielle Proulx dans Centre d’achats. J’avais envie de continuer notre dialogue. Je me suis entouré de gens – Roxane Bourdages, François-Xavier Dufour, Catherine Lavoie, Sasha Samar et Richard Thériault – qui me passionnent et que j’avais envie de connaître davantage à travers les sujets abordés dans la pièce.

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