LITTÉRATURE: Vincent Giudicelli, manieur de feu

Vincent Giudicelli est un auteur français que nous a fait heureusement découvrir Annika Parance éditeur. Son roman Cardinal Song est paru en 2017 et son recueil de nouvelles Il faisait beau et tout brûlait, cet automne. L’écrivain, ses personnages et ses récits sont tous brûlants d’une véritable fièvre, d’un feu, souvent, de dernier recours.

Vincent Giudicelli a beaucoup voyagé et il continue de le faire tous les jours, ne serait-ce que sur le web ou entre les pages d’un atlas. Son roman Cardinal Song et son recueil de nouvelles Il faisait beau et tout brûlait traversent une bonne partie du globe, des États-Unis à l’Australie, en passant par l’Afrique, la Terre de feu et l’Europe.

Ses personnages s’y cherchent et se trouvent ou, encore, en croisent d’autres qu’ils suivront parfois. Tous et toutes en quête d’un ailleurs meilleur. Jusqu’au bout de monde, s’il le faut. Surtout, au bout du monde.

« J’ai passé pas mal de temps à bouger, dit-il en entrevue depuis Paris. J’ai toujours cette envie du lointain, une certaine nostalgie du lointain. J’ai toujours envie de découvrir ce qui ne se trouve pas directement sous les yeux. »

Cardinal Song est un road novel où le protagoniste poursuit Marie, femme instable, fascinante, faisant un peu penser à la Betty de 37°2 le matin, le roman de Philippe Djian. Le récit baigne dans l’amitié, les voyages et le rock. On trouve même une playlist des chansons évoquées dans le livre à la fin.

« Ça voyage beaucoup dans le roman. Il y a cette envie de savoir ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. J’ai écrit Cardinal Song dans une période déprimée. J’avais envie de voyager. Ça faisait du bien d’écrire sur des lieux où j’avais envie d’aller.  »

Sauce Giudicelli

Son recueil de nouvelles, Il faisait beau et tout brûlait, décrit aussi la vie de gens qui sont à la croisée des chemins, entre élans amoureux et angoisses, sous le regard d’un ciel absolu. La musique s’y fait moins omniprésente, mais reste une inspiration pour l’auteur.

« J’écris toujours en écoutant de la musique. On pourrait me qualifier de monomaniaque puisque je peux écouter le même morceau pendant deux mois. Ça me transporte dans une atmosphère que je veux rendre sur le papier. Je réinterprète à ma sauce des bribes de chansons en anglais que j’essaie de rendre à l’écriture. Je me crée aussi des défis avec des mots pour créer une sorte d’émulsion, comme des couleurs qui me passeraient devant les yeux et dont je me sers. »

Pour ce comédien, scénariste et journaliste musique, le cinéma arrive souvent en deuxième couche comme inspiration. Sur StreetView, également, il consulte beaucoup d’images pour la description des lieux narratifs.

« On peut choisir sa rue carrément, même si Internet, c’est un peu froid comme médium. Dans la vie, je passe mon temps à éponger ce que les gens disent, aussi. La description qu’on me fait d’une personne qui existe peut devenir un personnage. »

Nouvelles

Dans Il faisait beau…, Vincent Giudicelli a écrit une nouvelle au final renversant: Franchies les frontières. Le récit porte sur les vacances d’une mère et de son fils handicapé en Tunisie. Sans dévoiler la fin, on peut dire que l’auteur y explore également les états limites tout en conservant un certain flou artistique.

« La nouvelle peut être vue comme un thriller ou encore comme le récit d’une schizophrénie. Ce qui est intéressant avec les nouvelles, c’est qu’on peut jouer avec le style. C’est agréable de se frotter aux classiques de référence comme, disons ici, David Lynch. »

Comme chez le cinéaste américain, les personnages giudicelliens cherchent à pousser plus loin leur quête, quitte à se faire mal, afin de voir si ce qu’il y a de l’autre côté des frontières, combler un besoin, un désir, une passion.

Dans une ville de bout du monde, comme Punta Arenas au Chili, deuxième nouvelle du recueil, intitulée Région XII, on sent que, peut-être, tout y est possible même si « rien ne se tient », pensera un personnage.

Vincent Giudicelli, photo: Nicolas Louis

« Devant le monde tel qu’il est, on s’arrache les cheveux, on ne comprend plus rien. Oui, rien ne se tient. On va progressivement vers l’appauvrissement de la pensée et du langage. Avec Facebook, en 12 ans, les rapports entre les gens ont complètement changé. Les bébés développent des syndromes autistiques en étant en contact avec les tablettes. Sans parler comme un vieux con, il faut admettre qu’on est dépassé par la vitesse de l’époque. »

Rebelles

Ses personnages ne sont pas suicidaires pour autant. Rebelles, oui. Ils cherchent et trouvent, par moments, des éclaircies, des oasis dans le désert ou face aux vents du large. Souvent à deux.

« L’idée du couple pour recommencer quelque chose et pour construire m’apparaît comme une belle idée. Partir tout seul pour refaire sa vie c’est davantage réservé à des mercenaires ou des repris de justice qui veulent se faire oublier. La solitude a un temps. Pour se connaître, il faut savoir rester seul, mais il y a un moment où on doit apprendre à s’adapter à quelqu’un, à échanger. « 

Dans la troisième nouvelle, Kim essaie de se raisonner. Elle se dit que ça va, que ça peut aller.

« C’est le côté mondialisé de l’angoisse qui revient dans ce texte. C’est parfois pessimiste ce que je fais, mais j’attends encore de lire le grand roman sur la béatitude. On peut se dire, dans notre petit confort, que ça va aller, mais on peut aussi se demander pourquoi on a des doutes et des peurs. Il faut apprendre aux gens à être curieux. »

Sans cette ouverture nécessaire, craint-il, les raisons de se réjouir de la condition humaine se feront de plus en plus rares.

« Ce qui me pousse à écrire c’est un peu la colère. J’essaie de remettre les choses à leur place. C’est bien la révolte. Je suis révolté par les gens qui ne le sont pas. On est dans une société d’enfants, en fait, on n’est pas trop adultes. On se dit d’accord avec d’autres sans regarder si c’est vrai ou pas, sans se remettre en question. Être adulte c’est essayer de progresser. »

Là-aussi, difficile d’entrevoir le progrès en voyant les gens marcher dans la rue, ajoute-t-il.

« Il faut arrêter de faire les zombies en regardant un téléphone. Dans notre vie quotidienne, on n’écoute plus les gens qui nous entourent. C’est un combat quotidien qu’il faut mener pour être présent. On va vers une société désincarné. Il y a de quoi être angoissé. »

Son prochain roman sera donc… noir. Inspiré d’un fait divers français. Déjà, 300 pages au compteur, beaucoup pour un auteur qui n’aime pas lasser le lecteur. Avec sa maîtrise du beat, pardon du rythme, ce serait pour le moins étonnant.

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