THÉÂTRE: Le Quat’Sous citoyen

Photo: Jean Gagnon

La vie des théâtres se poursuit. En coulisses, sur scène, en salle de répétition, notamment, mais sans spectateurs. Depuis trois ans, le Quat’sous rejoint le public d’une autre façon avec ses agoras. La vision du directeur artistique Olivier Kemeid passe par un théâtre citoyen. Encore plus en temps de pandémie. Trois nouvelles balados sont disponibles, mettant en vedette Evelyne de la Chenelière, Webster et une autre avec Marie-Thérèse Fortin, dès jeudi.

Olivier Kemeid anime les agoras du Quat’sous depuis trois ans maintenant. Ces balados apparaissent des plus pertinentes en lien avec le thème de la présente saison: Résistance. L’ancien étudiant de Sciences Po y voit une façon de contribuer aux débats de société en relation avec la programmation, pour l’instant suspendue, du théâtre de l’Avenue des Pins.

« Ça renoue avec la couleur et le mandat que je veux nous donner qui est de créer des liens forts avec la cité. On est bouleversé par ce qui arrive en ce moment. Dans le plus récent épisode avec Marie-Thérèse Fortin, j’y fait mention de l’ancienne présidente de Médecins sans frontière, Joanne Liu, qui, forte de son expérience de la gestion du virus Ébola en Afrique, disait que la plus grande erreur commise là-bas et jamais pardonnée, puis répétée au Québec au début de la pandémie, est de ne pas pouvoir enterrer nos morts. C’est impardonnable, rien ne peut l’excuser. »

Certaines salles se sont lancées dans les webdiffusions en cet âge covidien avec plus ou moins de succès. Olivier Kemeid, lui, préfère continuer en balados-agoras produites par Magnéto, ce qui le rapproche davantage d’un média de l’urgence comme la radio.

« C’est un art en soi la production de pièces pour l’écran. J’ai toujours eu un lien très fort avec la radio. Ma première télé, je l’ai eu à l’âge de 19 ans. Quand j’ai vécu un an sur un voilier, le rapport au monde, c’était aussi par la radio. En temps de crise, de guerre par exemple, la radio répond bien aux besoins. La radio c’est la voix et la profondeur du propos. »

Lors du lancement de la programmation en septembre, une saison d’un seul mois faut-il rappeler, dans le cadre du Festival international de littérature, Marie-Thérèse Fortin a lu au Quat’sous un texte portant sur la vieillesse écrit par Simone de Beauvoir. On l’entendra dans l’épisode 12 de l’agora disponible dès jeudi.

Olivier Kemeid, photo: Maxyme G. Delisle

http://www.quatsous.com/agora/

« Ça parle de l’exclusion des personnes âgées de la société. Avec ce qui se passe avec les aînés durant la pandémie, c’est bouleversant d’actualité. Dans la conversation avec Marie-Thérèse, on a commenté l’infantilisation des aînés, et aussi, du fait d’être une actrice vieillissante, la raréfaction des rôles, entre autres. C’est à la fois très personnel et universel. »

L’épisode 11 contient une rencontre avec l’artiste hip hop et historien Webster où celui-ci discute de racisme, de pouvoir et de privilèges. Le Quat’sous accueille en résidence cette année la compagnie La sentinelle de Tatiana Zinga Botao.

« Comme grand spécialiste de l’histoire des Noirs au Québec, Webster nous a parlé de la condition des siens ici. On a échangé aussi sur la condition des acteurs.trices noir.es et de ses origines puisque son père vient du Sénégal, ainsi que de sa jeunesse à Limoilou. L’agora c’est un pas de côté sans obligation de parler absolument de théâtre,qui peut être écouté même si on n’a pas vu le spectacle. »

L’espace entre nous, photo: Olivier Bousquet

Dans l’épisode précédent, la dramaturge Evelyne de la Chenelière s’entretenait avec Olivier Kemeid de « Ce lien qui nous unit », malgré ces temps difficiles. Diffusé en marge de la saison de la résistance du Quat’Sous, Evelyne de la Chenelière parle du vide que nous cherchons à combler en ce moment et de la mural autour du même sujet, L’espace entre nous, créée conjointement avec l’artiste Cyndie Belhumeur et l’organisme MU.

Les années passées, pour la pièce Chapitres de la chute, portant sur la faillite d’institutions financières américaines, Olivier Kemeid s’était entretenu avec un économiste. D’autres épisodes parlaient de l’importance de la prise de parole (Annick Lefebvre), de l’histoire , de l’écriture de Laurent Gaudé, d’immigration, etc.

D’autres agoras seront également offertes en 2021.

Anniversaire

La résistance au Quat’sous c’est aussi souligner les 65 ans d’existence du théâtre qui a également 11 et 55 ans. Son jeune âge, il le doit au bâtiment actuel érigé en 2009. Son âge d’or, il le doit à sa création comme compagnie itinérante en 1955, dans le prolongement du fameux Théâtre de la Roulotte de Paul Buissonneau. Puis, c’est le 3 décembre 1965 que le lieu a ouvert ses portes au public, en présentant La Florentine, de l’auteur français Jean Canolle.

« Le Quat’sous, en 65 ans, a traversé des périodes ardues. Certainement, la pandémie sera un des moments le plus durs de son histoire, mais je suis conscient qu’il survivra avec bien d’autres institutions. Elles ont reçu du soutien, c’est bien. Mon souci se porte cependant vers les artistes qui ne sont pas liés directement à des organismes ou à des institutions. Certain.es sont sur la paille et en détresse, dont plusieurs jeunes. C’est ce qui m’empêche d’être vraiment positif. »

S’il y a reprise des spectacles d’ici l’été prochain, la saison alternative – avec des formes courtes – du Quat’sous serait reprogrammée. Pour leur part, les spectacles de cette année ont été remis à la saison 2021-22.