THÉÂTRE : Le couple à la carte

Duo en morceaux, photos: Sylvie-Ann Paré

Avec Duo en morceaux, la metteuse en scène Marilyn Perreault propose un théâtre à la carte à propos de la vie de couple, celui de Philippe et de Clémentine. Chaque représentation est unique puisque les interprètes ont accès à un total de 16 scènes différentes soumises à un tirage au sort du public. Drolatique et original.

Le quatrième mur n’existe pratiquement pas et il n’y a pas non plus de jeu entièrement réaliste dans Duo en morceaux. Les interprètes Jade Barshee, Richard Fréchette, Jon Lachlan Stewart, Maxime-Olivier Potvin, Clara Prieur et Jacqueline van de Geer s’adressent fréquemment au public qui participe à la création du spectacle en tirant au sort 6 à 7 scènes, parmi les 26 disponibles, dont l’ordre de présentation est laissé également au hasard.

Lors de la première médiatique, la pièce s’est ouverte avec une scène de décès, toute en silence, et s’est terminée avec celle de la première expérience sexuelle, presque tout en danse. Entre les deux, on a assisté à la période d’installation du couple, une déclaration amoureuse et une infidélité, notamment. Tout ou presque peut donc survenir durant la représentation, dans l’ordre ou le désordre chronologique de la vie du duo formé par Philippe et Clémentine.

Les scènes font presque toutes rire comportant des dialogues savoureux et, parfois, des gestuelles chorégraphiées. Peu importe le comment du pourquoi ou du quand et du où, la lumière vacillante d’ampoules pendues au plafond nous rappelle la fragilité des émotions, des sentiments et de l’existence humaine. Faisant preuve d’hésitation et de contradictions, les actions des six personnages nous font découvrir les nombreux malentendus, désaccords et disputes qui jalonnent toujours la vie de couple.

Les créatrices des scènes – Marie Béland, Laurence Castonguay Emery, Alix Dufresne, Sophie Gee, Florence Loison, Annie Ranger, Anne Thériault et Isabelle Wéry – démontrent une grande sensibilité au diapason de celle du public qui se reconnaîtra facilement dans plusieurs moments clés des performances. Étant donné l’aspect imprévisible du spectacle, les interprètes se montrent d’ailleurs tous et toutes capables d’improviser.

La musique/bande sonore de Marie-Frédérique Gravel joue ici un rôle important, rythmant les soubresauts d’une vie à deux qui n’est jamais totalement satisfaisante pour aucune des deux parties. L’aspect chorégraphique, quoique réduit à l’essentiel, ajoute un côté poétique au jeu. Les costumes de Sophie El Assaad offrent couleurs et clichés de bon ton, tandis que les tables de nuit multi-usage sont les seuls accessoires utilisés.

Quoique le côté comique et ludique de l’affaire prime, le contenu fort varié et aléatoire des scènes permet un regard oblique aux spectateurs qui peuvent rester en surface ou plonger dans ce qui fait mal à bien y penser. Autrement dit, il se trouve encore des choses à explorer sur la vie de couple, sa pertinence, les notions d’amour et de durabilité Et ce n’est surtout pas parce qu’on en rit que c’est toujours drôle.


Duo en morceaux est présenté au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 12 novembre