DANSE : Entre identité et image

Non de nom, photos : Ariane Plante

Non de nom représente une synthèse du travail de Line Nault depuis 20 ans. C’est à la fois une remise en question de la thématique très actuelle des identités, entre le viscéral et le politique, et un remisage des « identités » artistiques. L’artiste cherche à dépasser les étiquettes et autres idées préconçues qui nuisent au rapprochement entre humains.

Les questions de genres, de races, de religions et de cultures ainsi que la façon de les aborder n’est-elle pas dépassée par les événements ? Avec le spectacle-performance-installation Non de nom, Line Nault cherche à ne point nommer pour aller au-delà des perceptions.

 » La question de l’identité, dans le fond, demeure irrésolue, sans réponse. Qui peut dire qui il ou elle est vraiment ? Le nom, la couleur, l’appartenance ? Si on va au fond des choses, on se rend compte qu’on ne peut jamais fixer notre identité qu’à une seule chose. »

Non de nom en traite avec cinq installations interactives activées par quatre performeurs.ses en présentiel – Audrey Bergeron, Tony Chong, Jessica Serli et Peter Trosztmer – et un autre en distanciel, Alexandre St-Onge. Le public se promène à sa guise entre les différentes sections comme dans un musée. En dehors du spectaculaire ou du virtuose.

Les performeurs activent les installations et l’interactivité avec les spectateurs.trices. Chaque section traite différemment de l’identité. L’interprète entre parfois dans une installation comme s’il entrait dans la matière. À la recherche d’une identité, d’une perception des images, de leur compréhension, bref, de la construction du soi qui, la plupart du temps, est un processus qui nous échappe.

Line Nault, photo: Jean-François Brière

« C’est un peu comme disparaître dans un autre espace-temps, dit la créatrice. Dans l’un des segments, le personnage-danseur se déconstruit et se reconstruit sous nos yeux. On ne sait plus trop ce qui est au passé ou au présent. Notre perception de la personne physique est flouée en quelques sorte. Le spectateur est amené à se demander si ce qu’il regarde ou croit voir est réellement ce qu’il pense que c’est. Les interprètes posent des actions et il y a toujours un dédoublement ou une réversibilité. Sans qu’il soit devant un discours philosophique, le public est amené à douter de ce qu’il voit. C’est ma façon de « ramollir » notre position sur ce qui est vu et perçu. »

Point de vue

Dans cette façon de réfléchir à la grande thématique de l’identité, Line Nault cherche à changer la perspective, aidée en cela par la technologie qui, parfois, peut s’avérer casse-gueule. Elle a, cependant, développé une méthode de travail avec une firme technologique afin d’obtenir des outils conçus en fonction d’une approche philosophique du projet.

L’artiste travaille depuis 20 ans avec les technologies interactives. Elle a touché à la danse/théâtre et à la performance aussi, si bien qu’elle a développé une approche basée sur les interstices entre les disciplines, plutôt qu’une hybridité ou un collage entre elles.

« Les médiums sont co-dépendants dans ce que je fais. L’un ne va pas sans l’autre pour que la lecture soit complète. J’aime faire parler le corps ou faire bouger les mots en m’éloignant de la normalité des disciplines et des codes, que l’on soit artiste ou spectateur.trice. »

Il n’y a pas de dramaturgie chronologique dans Non de nom, mais une volonté d’ouvrir un terrain de jeu permettant au public de dessiner son propre tableau.

« Il a cette possibilité d’explorer ce travail sur la durée, même si avec les mesures sanitaires on ne pourra pas dépasser l’heure et demie de présence. Mais l’œuvre n’est jamais la même. Les performeurs n’abordent jamais le lieu de la même façon. Chaque fois, c’est une exploration pour eux aussi. Il n’y a pas de chorégraphie comme telle. C’est moins un spectacle que l’observation d’une étrange maisonnée. »

Alors l’identité, celle dont on aime tant parler sans trop savoir de quoi il s’agit ? Fondamentale ou surfaite? Nécessaire ou futile? Communion ou division?

 » Être une non-identité ou non-catégorie, il y a une réelle liberté là-dedans. On a un besoin relatif de l’identité dans l’existence, mais ça ne devrait jamais causer des conflits », conclut Line Nault.


Non de nom est présentée dès 17h30 à l’Agora de la danse (édifice Wilder) jusqu’au 13 novembre.

INFOS: agoradanse.com