Catégorie : Arts

FTA: La révolution est morte, vive la révolution!

Granma. Trombones de La Havane est présentée aujourd’hui et demain au Monument-National, ainsi que les 2, 4 et 5 juin à Québec.

Granma. Trombones de La Havane. Photo: Ute Langkafel

Stefan Kaegi et Rimini Protokoll (Berlin) nous refont le coup d’un théâtre documentaire qui surprend par l’étendue et la générosité de son regard. Deux ans après 100 % Montréal qui avait révélé aux spectateurs montréalais du FTA des aspects insoupçonnés d’eux-mêmes, Granma. Trombones de La Havane nous propose un voyage dans le temps qui ne tente nullement de justifier une idéologie ou une autre, mais de comprendre où en est la population cubaine aujourd’hui avec ses désillusions et ses rêves.

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Théâtre: Les mutants au FTA

Le 13e FTA accueille cette année des mutants jusqu’au 4 juin prochain. La terre change, ses habitants aussi. Devant un futur incertain, les artistes ont créé des pièces et chorégraphies se glissant parfaitement dans le thème de cette année, Sortir de soi. Cette extraction nous amène des personnages étranges, hauts en couleurs, des humains numériques, à tout le moins métamorphosés, des créatures dénaturées ou presque humaines. Voyez plutôt:

Théâtre : Un OFFTA besogneux

Au boulot! Quand tout semble aller mal, on peut se terrer ou relever les manches. Besogneux, le 13e OFFTA présente une vingtaine de spectacles jusqu’au 2 juin, qui parlent de travail et de jeu, de vulnérabilité et de résilience, de levers de soleil et de fins du monde. Dans l’inconfort et la différence, les artistes à tête chercheuse qui œuvrent dans les arts vivants tenteront de tisser de nouveaux liens entre la scène et le public, entre le présent et le futur.

Laborious Song de Daina Ashbee, photo: David flores Rubio.

Littérature: Pluie de poètes sur Montréal

Le Festival de la poésie de Montréal fête son vingtième anniversaire avec une vraie bonne averse de poètes jusqu’au 2 juin. Le FPM a vraisemblablement décidé de se lâcher lousse, de se fendre la poire, de s’éclater, bref. Les poètes mêmes ont clairement voulu mettre le paquet. Les plus expérimenté.e.s se frotteront aux plus jeunes. Les formes anciennes et nouvelles boiront dans les mêmes vers. La musique les feront toutes et tous danser.

FTA: Improvisation mixte comparée ou le pouvoir d’évocation du théâtre

Fantasia est présentée jusqu’à dimanche au Centaur.

La metteuse en scène polonaise Anna Kasrasińska « joue » au théâtre ou plutôt avec les codes théâtraux dans Fantasia. Cette courte forme imaginative fait beaucoup rire. Un exercice de laboratoire scénique sans quatrième mur, sans texte, voire sans pièce. Toujours accessible et sympathique.

THÉÂTRE: FTA De la vie des ombres

Quasi niente est présentée à l’Usine C jusqu’à samedi.

Après des prestations remarquables en 2016 au FTA couronnées par un prix de la critique, le duo italien composé de Daria Deflorian et d’Antonio Tagliarini nous revient avec Quasi niente (Presque rien), un spectacle empreint de respect et de tendresse au sujet de la solitude des dépressifs et autres névrosés. Ces ombres qui parlent et se demandent comment rejoindre la réalité. « Pourquoi et comment toujours vivre, vivre, vivre si on ignore quoi regarder? ». Une pièce poétique, touchante.

FTA: 46 chromosomes

Tous des oiseaux est présenté jusqu’à lundi au Théâtre Jean-Duceppe

Tous des oiseaux, photo: Simon Gosselin

La nouvelle pièce de Wajdi Mouawad, Tous des oiseaux, est un grand texte interprété par de merveilleuses.x actrices.teurs dans une mise en scène dépouillée qui ne se risque jamais à venir embrouiller les enjeux complexes représentés. Un spectacle de quatre heures qui passe très vite, fort émouvant par moments et tout autant édifiant le reste du temps. Tous des oiseaux est une merveilleuse fable sur le pardon qui ne viendra pas consoler des hommes et des femmes obstiné.e.s, aveugles et sourds à la présence de l’autre.

Littérature: Passages à vide

David Homel, Portrait d’un homme sur les décombres, traduit par Jean-Marie Jot, Leméac, 268 pages

Le nouveau roman du montréalais David Homel, Portrait d’un homme sur les décombres, rend compte de la pensée affairée d’un journaliste qui a bien vécu, connu une carrière passionnante, mais qui, vieillissant, surnage dans une relation amoureuse platonique avec des enfants dont les faits et gestes deviennent préoccupants.

Littérature: France Vézina et l’avenir du monde

En 50 ans d’écriture, France Vézina s’est faite rare. Chaque offrande de sa part s’avère donc un cadeau tombé du ciel. La poète, dramaturge et romancière (Osther, le chat criblé d’étoiles) marche, d’ailleurs, toujours la tête en l’air, tentant de capter l’indicible. Avec Le génie de l’enfance, paru à l’automne, elle démontre encore une fois sa pertinence, son extrême sensibilité et sa foi en la force des enfants pour sauver le monde.

Littérature: Scènes de la vie conjugale

Tove Jansson, Fair-Play, traduit par Agneta Ségol, La Peuplade, 141 pages

Un roman beau et tendre, attaché aux petits gestes et aux grandes émotions de la vie d’artiste. Tove Jansson, la créatrice des Moumines, célèbres personnages de la littérature jeunesse, a écrit un livre qui décrit si bien la plénitude d’un amour conscient, sans presque jamais prononcer le mot.

Deux artistes, Jonna et Mari, partagent un grenier, qui relie leurs ateliers respectifs, ainsi qu’une maison sur une île peu accessible de Finlande. Leur vie est faite de hauts et de bas comme tous les mortels sur cette terre. Elle est aussi le lieu d’intenses moments de création, de merveilleux partages philosophiques et de rencontres mémorables.

Le travail reste au centre de leurs activités et de leurs préoccupations quotidiennes. En ce sens, cette plongée dans la vie d’artiste que peut s’autoriser Tove Jansson, elle-même autrice, illustratrice et peintre morte en 2001 à 86 ans, ouvre une fenêtre fascinante sur la quête quasi obsessive-compulsive des créateurs. Cet appétit ne cesse jamais, ne connaît ni paresse ni repos.

« Elles ne se demandaient jamais: tu as bien travaillé aujourd’hui? Il est possible qu’elles se soient posé cette question il y a vingt ou trente ans, mais elles avaient appris à ne pas le faire. il y a des espaces vides que l’on doit respecter, des périodes, souvent longues, où l’image s’esquive, où les mots refusent de se présenter et au cours desquelles on a besoin de tranquillité. »

La relation entre les deux femmes n’est pas non plus un fleuve sans écueils. Les frictions nombreuses n’empêchent en rien, toutefois, les réconciliations. La durabilité de cette amitié résulte, en fait, d’un immense respect, d’une véritable relation d’égale à égale permettant les petites inimitiés autant que les grands échanges philosophiques.

Les deux artistes adorent passer leurs soirées à visionner des films de cinéastes qu’elles considèrent comme des invités: Fassbinder, Chaplin, Truffaut, Bergman, Renoir… Elles ont aussi des amis en chair et en os qui apparaissent et disparaissent comme des personnages de théâtre: Helga, l’admiratrice, Wladyslaw, le marionnettiste polonais, Mirja, l’apprentie,

Un voyage de couple aux États-Unis résultera en des scènes cocasses et étranges, le fruit de véritables chocs culturels. Mais là aussi, leur curiosité et la noblesse de leurs sentiments l’emportent sur quelconque regard oblique qui prendrait les Américains, dont la suave femme de chambre Verity, de haut.

Nous avons affaires à deux femmes remarquables. Attentives au moindre soubresaut de la nature, curieuse de la vie et des êtres sur lesquels elles portent un regard toujours surpris. Les nombreux dialogues et le style direct de Tove Jansson sont à l’image de cette grande dame: sincère, juste et tendre.

Le roman, publié en 1989, était son dernier pour adultes. Un testament magnifique au sujet d’un amour tout en suggestion et complicité, sans voyeurisme ou intrusion dans l’intimité des corps.

« Elle (Jonna) se lança dans une longue explication sur l’importance de l’illustration, le travail bien soigné, la concentration, le besoin de tranquillité pour mener à bien un bon travail.

Mari l’écouta à peine. Une idée audacieuse était en train de prendre forme dans son esprit: celle d’une solitude, rien qu’à elle, paisible et pleine de possibilités. une fantaisie que l’on peut se permettre quand on a le bonheur d’être aimé »

D’après le moteur de recherche le plus utilisé dans le monde qui a fait de ses inventeurs des milliardaires, l’adjectif « conjugal », signifie toujours en 2019, « relatif à l’union entre le mari et la femme ». Combien de temps encore avant d’en arriver au fair-play?