Littérature: Passages à vide

David Homel, Portrait d’un homme sur les décombres, traduit par Jean-Marie Jot, Leméac, 268 pages

Le nouveau roman du montréalais David Homel, Portrait d’un homme sur les décombres, rend compte de la pensée affairée d’un journaliste qui a bien vécu, connu une carrière passionnante, mais qui, vieillissant, surnage dans une relation amoureuse platonique avec des enfants dont les faits et gestes deviennent préoccupants.

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Littérature: Se fondre dans le paysage

Le deuxième roman de l’Islandais Gyrðir Elíasson que publie La Peuplade, Au bord de la Sanda, nous ramène en pays de connaissance. Après la faune imaginaire du petit Sigmar dans Les excursions de l’écureuil, le romancier explore la flore inspirante d’un peintre à l’automne de sa vie. Un  magnifique récit contemplatif sur la solitude et la mort. 

Publié en 2007 en Islande, Au bord de la Sanda fait penser au très beau roman Sweetland du Terre-Neuvien Michael Crummey. Vastitude, paysage non pas de fin, mais de début du monde en présence d’un homme solitaire vivant une certaine paix intérieure, malgré les nombreux remous du climat et de la nature sauvage autour de lui.

Gyrðir Elíasson place en quelque sorte une caméra sur l’épaule d’un peintre anticonformiste qui, dans un monologue intérieur, nous glisse des confidences à l’oreille . L’artiste vit dans une roulotte en pleine nature sur le bord de la rivière Sanda, en Islande. Il côtoie quelques vacanciers estivaux qui ont aussi leur propre caravane, mais le peintre, lui, y est à demeure. Et seul, très seul.

L’homme souhaite se consacrer entièrement à son art de peintre paysager. La Terre de Glace semble le combler avec ses ressources naturelles: une forêt, la toundra, un cours d’eau calme. L’Islande est une île de volcans et de rivières nées de l’ère de glaciaire. Un lieu propice à l’introspection et aux questionnements existentiels.

Pendant le récit, le narrateur reçoit quelques visites: un collectionneur d’art arrogant, son fils inquiet, le garde forestier. Ces fréquentations, toutefois, l’indisposent. Il préfère, de loin, observer la nature ou en faire carrément partie.

Et nous avec lui. Grâce à un texte descriptif et attentif, écrit au présent, nous nous fondons dans le paysage, dans cette contrée rude, mais belle comme les glaciers qui l’abreuvent. Le peintre en rêve la nuit, le jour. Peut-être ne fait-il que cela? Il lui arrive d’ailleurs de douter de ce qu’il fait, voit et entend.

« La luminosité à l’intérieur est plus blanche que d’habitude à cause de la neige au dehors; c’est une clarté froide et inhumaine. » Gyrðir Elíasson, Au bord de la Sanda

Solitude

Ce récit suscite des frissons occasionnés par la profonde solitude du narrateur tout en ouvrant nos sens à ce qui l’entoure, au seuil d’une étendue sans fin, presque vierge. Le narrateur et le lecteur contemplent un espace inimaginable, impossible à limiter à un seul tableau, quelque chose comme le seuil de l’au-delà.

Loin des bruits de la ville et des rumeurs mondaines, Gyrðir Elíasson a écrit un superbe roman des origines, comme un portrait des premiers hommes, abrasifs d’un côté, mais, sur l’autre face, aussi polis que les pierres du Nord. Dans ce roman émouvant, il émerge une sagesse nourrie du territoire lui-même.

La narrateur fait partie de ces humains occupés à survivre, mais qui éprouvent cet urgent besoin de créer. À l’aide de tout ce qu’ils respirent, voient et entendent, ils peuvent rêver mieux. Cet espoir, nous le partageons tous à un moment ou un autre de notre folle vie urbaine. Tout quitter, respirer, exister.

Et même si l’imagination semble surnager, parfois, dans un esprit divaguant, personne ne pourra s’emparer de cette liberté. Jamais.

« Sans aucun doute suis-je égoïste aussi, et mieux loti en étant tout seul. Les peintres ne peuvent s’intégrer nulle part, même s’ils s’y efforcent. Le fait de transférer ce qui vous passe par la tête sur une toile n’est tout simplement pas pris au sérieux au-delà d’un certain point, et c’est peut-être la réaction normale d’une société qui vise, ouvertement ou pas, à une réussite matérielle. Non loin d’ici, en amont, près du volcan, une rivière tumultueuse a été domestiquée au profit de cette société, transformée en énergie électrique et en finances. Le plus honnête serait sans doute, pour nous les hommes, de reconnaître à quel point nous sommes malhonnêtes. »


Gyrðir Elíasson, Au bord de la Sanda, Traduit par Catherine Eyjólfsson, La Peuplade, 160 pages

Théâtre: Une Licorne équitable en 2019-2020

Huit artistes prenant part aux productions de la saison
2019-202 à La Licorne

On en parle trop ou pas assez, selon le point de vue. Les plus récentes statistiques démontrent que la situation ne s’est guère améliorée depuis trois ans à Montréal en ce qui a trait à l’équité pour les femmes au théâtre. Il faut tout de même rapporter les bonnes nouvelles quand c’est le cas. La Licorne réalisera l’équité entre le nombre de femmes et et d’hommes à l’écriture et à la mise en scène la saison prochaine. Sans compter les reprises, mais incluant les 5 à 7, les 14 nouvelles productions des deux salles de la rue Papineau constitueront une affiche « équitable » en 2019-2020.

THÉÂTRE: Les prospections du Prospero

Sylvie Drapeau, Carmen Jolin, Paul Ahmarani, Maxime Denommée et Marie-Pier Labrecque. Photo: Émilie Lapointe

Le Théâtre Prospero est lieu de prospection. Sous la direction de Carmen Jolin, la saison 2019-2020 continuera de fouiller sous les apparences et les ambiguïtés du monde actuel. La salle principale du théâtre de la rue Ontario proposera des textes forts aux sujets profonds: des réflexions philosophiques et spirituelles (Les enivrés), une affection trouble entre un adulte et un enfant (Le principe d’Archimède), l’amour véritable (La maladie de la mort), les questions éthiques (Becoming Chelsea), la tragédie d’être femme (Mourir tendre), le monde de l’art (Mademoiselle Agnès).

Théâtre: (Re)construire aujourd’hui

Pas question de se reposer sur les lauriers d’un 50e anniversaire bien occupé au Centre du Théâtre d’aujourd’hui. Le directeur artistique Sylvain Bélanger a plutôt choisi de se relever les manches en 2019-2020 et de tendre les bras vers la(les) communauté(s) d’un Québec divisé par mille questions plus ou moins existentielles. Le CTDA se demande ce que l’on peut (re)construire et/ou (re)commencer ensemble aujourd’hui. D’ailleurs, des travaux de rénovation repousseront le début de la programmation jusqu’à la mi-novembre.

Sylvain Bélanger, photo: Valérie Remise

Théâtre: Ardente, La Chapelle!

Lucy M. May + 7Starr, ANIMA/DARKROOM, photo: Guillaume Bastien

Si le Théâtre La Chapelle ne prend pas feu en 2019-2020, ce ne sera pas faute d’étincelles semées par son directeur Olivier Bertrand. Ce lieu de découvertes allumées ramènera aussi en scène des créateurs ayant fait leurs preuves – Mani Soleymanlou, Queen Ka, Stéphane Crête, Natasha Kanapé Fontaine, Martin Faucher, Renée Robitaille et Michel Faubert notamment – qui cherchent toujours à renouveler leur boîte de feux d’artifice. Dans tous les domaines: cirque, théâtre, danse, musique, art multidisciplinaire ou numérique.

Théâtre: GO aux Femmes!

Les louves

Six autrices et cinq metteuses en scène sont derrière les six spectacles que présentera Espace GO en 2019-2020. Cette réjouissante programmation concoctée par Ginette Noiseux reprendra deux succès de la saison qui vient de se terminer et débutera avec une première mondiale en français, Les louves de l’Américaine Sarah DeLappe, pièce finaliste au Prix Pulitzer 2017 en théâtre.

Littérature: France Vézina et l’avenir du monde

En 50 ans d’écriture, France Vézina s’est faite rare. Chaque offrande de sa part s’avère donc un cadeau tombé du ciel. La poète, dramaturge et romancière (Osther, le chat criblé d’étoiles) marche, d’ailleurs, toujours la tête en l’air, tentant de capter l’indicible. Avec Le génie de l’enfance, paru à l’automne, elle démontre encore une fois sa pertinence, son extrême sensibilité et sa foi en la force des enfants pour sauver le monde.

OFFTA: Vitesse de croisière atteinte

Good Boy, photo: Christian Leduc

Après 13 ans, le OFFTA a atteint sa vitesse de croisière. L’assistance aux spectacles s’est maintenue à 92 %, avec plus de deux tiers de représentations à guichets fermés, du 24 mai au 2 juin. La pertinence d’un événement complémentaire au FTA ne fait pas de doute aux yeux du directeur Vincent de Repentigny eu égard aux résultats, mais aussi par rapport au soutien offert aux artistes émergents.

Théâtre: Brigitte Haentjens vue par…

Avec Ce qui se trame, la dramaturge Mélanie Dupont a réalisé 12 entretiens autour du théâtre de Brigitte Haentjens avec de fidèles collaboratrices.teurs de la metteuse en scène et autrice. De splendides photos d’Angelo Barsetti accompagnent ce livre qui offre des pistes intéressantes au sujet de la création théâtrale et dévoile les complicités au cœur du travail et de la pensée de Brigitte Haentjens. Nous lui avons demandé de décrire comment elle voit certaine.e.s de ces créatrices.eurs qui partagent avec elle la même passion pour le théâtre.

photo: Angelo Barsetti