Errances, photo : Emmanuelle Boileau

Toujours imaginatif, tendance utopiste, l’OFFTA a lieu cette année du 22 au 32 mai à Montréal. Le festival joue avec les dates et les lieux. Les artistes aussi. Sans limites, comme il se doit. Ainsi, les sujets les plus graves ou comiques, poétiques ou irrévérencieux s’entremêlent dans la programmation. Comme la performance déambulatoire Errances de Mélanie Binette qui traite du deuil.

L’exil bénéfique. Marie-Claire Blais a écrit l’essentiel de son oeuvre ailleurs. Loin de ses origines. Comme elle vit depuis longtemps aux États-Unis, ce pays l’a particulièrement inspiré dans l’écriture de sa série de 10 romans remarquables Soifs. Lise Gauvin l’y a rejointe afin de stimuler ses réflexions sur sa vie et son art. Les deux amies se sont vues également à Québec, Montréal, Paris et Cape Cod, Les lieux de Marie-Claire Blais.

Figure majeure de notre littérature, Hélène Dorion pourrait se reposer sur ses lauriers. En 37 ans de publication, elle a beaucoup écrit et reçu des honneurs mérités. Mais ce serait mal la connaître. L’autrice aime le danger, le risque. Avec son roman Pas même le bruit d’un fleuve, elle continue ses recherches, mais elle va, surtout, ailleurs. Elle y a trouvé un sentier ouvert aux quatre vents et aux mystères de l’amour.

Le prolifique Louis-Philippe Hébert nous arrive avec six nouvelles, réunies dans le recueil Essais cliniques aux laboratoires Donadieu, qui hument parfaitement l’air du temps présent. Même que, dans bien des cas, elles ont précédé le vent sifflant en ce moment sur nos têtes. Voici le regard unique d’un conteur-né qui, avant qu’il ne soit trop tard, nous donne, maintenant que nous le lisons, des pistes de réflexions pour l’après.

Le deuxième roman de Mélissa Grégoire aborde la délicate question de la dépression de façon attentive et courageuse. Dans une période de réclusion comme la nôtre, cette démarche empreinte de sincérité est d’autant plus bienvenue que le mal-être de l’âme peut attaquer insidieusement les personnes en isolement tout en restant l’objet d’énormément de tabous.

Au moment où l’on se pose beaucoup de questions sur l’après-pandémie, voici deux excellents romans qui fictionnalisent des réponses possibles. Science-fiction, dystopie, anticipation, peu importe l’étiquette, Grégoire Courtois et Olga Ravn décrivent des mondes où la valeur humaine ne tient plus qu’à sa fonction de travailleur ou, en fait, d’esclave d’un pouvoir obscur, froid, machiavélique. Le travail, quand on ne sait plus à quoi ou à qui il sert, arme ultime et aliénante du capitalisme sauvage.