Catégorie : Littérature

Littérature: Jonathan Charette remporte le prix Émile-Nelligan

Le recueil Ravissement à perpétuité (Le Noroît) de Jonathan Charette est couronné du prix Émile-Nelligan 2018. Il s’agit de la 40e remise de ce prix prestigieux depuis 1979. Doté d’une bourse de 7500 $, il souligne le travail d’un.e poète de 35 ans ou moins.

Ravissement à perpétuité est le troisième recueil du poète aujourd’hui âgée de 36 ans. Également publiés au Noroît, ses autres titres incluent Je parle arme blanche (Prix de poésie des collégiens en 20130 et La parade des orages en laisse (2015).

Mêlant habilement un regard amusé et ahuri, un récit éclaté et une aventure en pays luxuriant, Jonathan Charette recherche ici « une euphorie perpétuelle », une « collection d’étincelles » dans une sorte de « fête clandestine ». Le poète oeuvre aux sources du langage pour en extraire des couleurs inédites, surprenantes.

Les deux autres finalistes au prix Émile-Nelligan cette année étaient Émilie Turmel (Casse-gueules, Poètes de brousse), et Daphnée Azoulay (Le pays volant, Les Herbes rouges), elles reçoivent chacune une bourse de 500 $.

Le jury 2018 était composé de José Acquelin, France Mongeau et présidé par Gérald Gaudet.

Littérature: Pluie de poètes sur Montréal

Le Festival de la poésie de Montréal fête son vingtième anniversaire avec une vraie bonne averse de poètes jusqu’au 2 juin. Le FPM a vraisemblablement décidé de se lâcher lousse, de se fendre la poire, de s’éclater, bref. Les poètes mêmes ont clairement voulu mettre le paquet. Les plus expérimenté.e.s se frotteront aux plus jeunes. Les formes anciennes et nouvelles boiront dans les mêmes vers. La musique les feront toutes et tous danser.

Littérature: Scènes de la vie conjugale

Tove Jansson, Fair-Play, traduit par Agneta Ségol, La Peuplade, 141 pages

Un roman beau et tendre, attaché aux petits gestes et aux grandes émotions de la vie d’artiste. Tove Jansson, la créatrice des Moumines, célèbres personnages de la littérature jeunesse, a écrit un livre qui décrit si bien la plénitude d’un amour conscient, sans presque jamais prononcer le mot.

Deux artistes, Jonna et Mari, partagent un grenier, qui relie leurs ateliers respectifs, ainsi qu’une maison sur une île peu accessible de Finlande. Leur vie est faite de hauts et de bas comme tous les mortels sur cette terre. Elle est aussi le lieu d’intenses moments de création, de merveilleux partages philosophiques et de rencontres mémorables.

Le travail reste au centre de leurs activités et de leurs préoccupations quotidiennes. En ce sens, cette plongée dans la vie d’artiste que peut s’autoriser Tove Jansson, elle-même autrice, illustratrice et peintre morte en 2001 à 86 ans, ouvre une fenêtre fascinante sur la quête quasi obsessive-compulsive des créateurs. Cet appétit ne cesse jamais, ne connaît ni paresse ni repos.

« Elles ne se demandaient jamais: tu as bien travaillé aujourd’hui? Il est possible qu’elles se soient posé cette question il y a vingt ou trente ans, mais elles avaient appris à ne pas le faire. il y a des espaces vides que l’on doit respecter, des périodes, souvent longues, où l’image s’esquive, où les mots refusent de se présenter et au cours desquelles on a besoin de tranquillité. »

La relation entre les deux femmes n’est pas non plus un fleuve sans écueils. Les frictions nombreuses n’empêchent en rien, toutefois, les réconciliations. La durabilité de cette amitié résulte, en fait, d’un immense respect, d’une véritable relation d’égale à égale permettant les petites inimitiés autant que les grands échanges philosophiques.

Les deux artistes adorent passer leurs soirées à visionner des films de cinéastes qu’elles considèrent comme des invités: Fassbinder, Chaplin, Truffaut, Bergman, Renoir… Elles ont aussi des amis en chair et en os qui apparaissent et disparaissent comme des personnages de théâtre: Helga, l’admiratrice, Wladyslaw, le marionnettiste polonais, Mirja, l’apprentie,

Un voyage de couple aux États-Unis résultera en des scènes cocasses et étranges, le fruit de véritables chocs culturels. Mais là aussi, leur curiosité et la noblesse de leurs sentiments l’emportent sur quelconque regard oblique qui prendrait les Américains, dont la suave femme de chambre Verity, de haut.

Nous avons affaires à deux femmes remarquables. Attentives au moindre soubresaut de la nature, curieuse de la vie et des êtres sur lesquels elles portent un regard toujours surpris. Les nombreux dialogues et le style direct de Tove Jansson sont à l’image de cette grande dame: sincère, juste et tendre.

Le roman, publié en 1989, était son dernier pour adultes. Un testament magnifique au sujet d’un amour tout en suggestion et complicité, sans voyeurisme ou intrusion dans l’intimité des corps.

« Elle (Jonna) se lança dans une longue explication sur l’importance de l’illustration, le travail bien soigné, la concentration, le besoin de tranquillité pour mener à bien un bon travail.

Mari l’écouta à peine. Une idée audacieuse était en train de prendre forme dans son esprit: celle d’une solitude, rien qu’à elle, paisible et pleine de possibilités. une fantaisie que l’on peut se permettre quand on a le bonheur d’être aimé »

D’après le moteur de recherche le plus utilisé dans le monde qui a fait de ses inventeurs des milliardaires, l’adjectif « conjugal », signifie toujours en 2019, « relatif à l’union entre le mari et la femme ». Combien de temps encore avant d’en arriver au fair-play?

Littérature: Le printemps de Harlem

Mémoire d’encrier vient de faire d’une pierre deux initiatives: remettre le romancier américain Wallace Thurman en avant-plan en confiant la traduction de son roman Infants of the Spring aux bons soins de Daniel Grenier.

Ce sont vraiment des enfants, ou plutôt des adolescents, ces artistes en devenir qui vivotent dans une maison baptisée Niggerati à Harlem. Vu de l’extérieur, il s’agit d’un édifice à logements comme tous les autres, mais où règnent, à l’intérieur, des effluves de gin et une joyeuse cacophonie entretenue par Raymond, le protagoniste principal et alter ego de l’auteur, chanteurs, poètes, artistes visuels et autres rêveurs qui font la fête et refont le monde jusqu’aux petites heures du matin.

Malgré une oisiveté qui deviendra délétère dans ce cocon créatif, c’est un roman traversé par l’espoir qu’a écrit par Wallace Thurman en 1932. Malgré un horizon bouché, les personnages ne cessent de croire en leurs moyens, même limités, ayant la certitude qu’ils ont quelque chose à dire à leurs contemporains.

Dans cette histoire superbement traduite en une langue vivace par Daniel Grenier, le futur écrivain Raymond déborde d’ambition, mais l’époque ne vibre pas au diapason de sa pensée avant-gardiste. Roman de dialogues, aussi, y sont exposées plusieurs idées, notions, visions qui n’ont presque rien perdu de leur pertinence 87 ans plus tard.

« Raymond réfléchissait à leur situation. Il pensait à la franche camaraderie qui s’était développée entre eux. Et il s’est demandé, brièvement, s’il n’était pas au fond comme les autres Noirs qu’il connaissait, ceux qui se considéraient si honorables de posséder une femme blanche. Non. Il n’était pas comme eux. Les Blancs, pour lui, n’avaientpas l’attrait de la nouveauté. L’amitié qu’il ressentait pour certains d’entre eux n’était pas non plus quelque chose d’étrange dans sa vie. Il avait été élevé parmi eux et il avait connu, grâce à l’environnement dans lequel il était venu au monde, autant de Blancs que de Noirs. Il n’aurait su en déifier aucun, pas plus qu’il n’aurait su déifier un Noir. Ils étaient tous des créatures de la Terre, il en aimait quelques-uns et n’avait rien à faire du reste. »

Au Niggerati, survit une colonie artistique diversifiée : Raymond, donc, l’écrivain qui procrastine, Pelham, le peintre cuisinier, Eustace, le chanteur d’opéra frustré; leurs amis de passage, Paul l’étrange poète, Samuel le blanc gauchiste radical, Bull, le baraqué en colère; puis, surtout, Stephen le grand ami de Raymond, Blanc empathique, mais fuyant. Se joignent au noyau, selon les circonstances de petites amies et, Euphoria, l’incontournable maîtresse des lieux et ex-militante amère.

Le roman explore les relations entrecroisées entre ces personnages fascinants qui parlent beaucoup, souvent à travers leur chapeau, mais qui nous donnent un aperçu instructif de ce qui se tramait à l’époque à New York. Ces jeunes artistes désabusés partagent des rêves qu’ils savent pratiquement inaccessibles. Mais ils le font avec passion, intelligence et persévérance. Sans illusions, mais toujours en marche, comme le cours de l’Histoire.

Wallace Thurman

Wallace Thurman était très critique envers la qualité artistique et la survivance des œuvres des artistes noirs de son époque. Cynique, il s’est fait néanmoins le témoin sur plus de 220 pages d’une effervescence dynamique, d’un creuset où bouillonnaient des initiatives bienvenues et des idées nouvelles sur la littérature et l’art. Véritable personnage, l’édifice de Harlem décrit dans le roman est un symbole important, un phare qui illumine une Amérique, encore aujourd’hui, raciste et trop souvent ignorante de son histoire et de ses trésors culturels.

Le romancier possède un rythme soutenu et un style vivant, quoique classique et simple. Riches, les dialogues révèlent un concentré de sa pensée. La narration omnisciente lui permet aussi d’ajouter son grain de sel. Les enfants du printemps est une lecture accessible, extrêmement éclairante sur une période de l’histoire des arts américaine peu connue chez nous.

Nous y avons droit à un pan de la créativité éclatante de la culture afro-américaine qui fera ensuite place à des grands maîtres comme James Baldwin, Maya Angelou et Toni Morrison. En complément, le livre nous offre une bibliographie sélective et deux courtes études du mouvement artistique surnommé la Renaissance de Harlem (1921-1935), signées par le traducteur Daniel Grenier et le professeur Jean-Philippe Marcoux.

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Littérature: Alexie Morin, Joséphine Bacon et Robyn Maynard lauréates aux Prix des libraires

Photo: Justine Latour, © Le Quartanier

Les voix de femmes ont triomphé cette année à la remise des Prix des libraires 2019. Alexie Morin (pour son roman Ouvrir son cœur publié au Quartanier), Joséphine Bacon (pour son recueil de poèmes Uiesh – Quelque part, Mémoire d’encrier) et Robyn Maynard (pour son essai Noires sous surveillance, traduit par Catherine Ego et également chez Mémoire d’encrier) ont vu leurs efforts récompensés par ces Prix remis annuellement par l’Association des libraires du Québec. .

Littérature: Gilles Archambault, écrivain véritable

Gilles Archambault, Tu écouteras ta mémoire, Boréal, 133 pages.

Gilles Archambault ne souffrirait pas qu’on dise qu’il a une voix discrète. Dans la vie ou en littérature. Dans le sens d’À voix basse (1983), il écrit depuis 1963 en faisant preuve d’Une suprême discrétion. Pour ce grand amateur de musique, pas que le jazz détrompez-vous, il importerait surtout de reconnaître que sa voix n’émet pas de fausse note. Elle n’a pas besoin de crier pour se faire comprendre. Elle n’a pas à passer à la télévision pour s’exprimer. C’est celle d’un véritable écrivain.

Littérature: Hélène Frédérick, adolescence explosive

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Hélène Frédérick, la nuit sauve, Verticales, 178 pages

Le troisième roman d’Hélène Frédérick, la nuit sauve, se déroule en pleine campagne québécoise. L’autrice, qui vit en France depuis 12 ans, possède une langue et un style qui lui sont propres et qu’elle utilise pour raconter la violence du passage vers l’âge adulte d’une jeunesse attachante, mais inquiète. À la fin de l’année scolaire, ces ados vont foirer dans un champ de blé d’inde pour faire un périlleux pied de nez aux interdits.